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Un plein engagement pour la fraternité humaine universelle

La tragédie de Conflans-Sainte-Honorine nous interpelle. Que pouvons-nous – que devons-nous – changer dans notre vie quotidienne pour qu’advienne la fraternité humaine dans notre entourage ? À quelles actions pouvons-nous – devons-nous – participer pour humaniser le monde d’aujourd’hui ?

Ces questions sont posées aux enseignants, aux éducateurs, aux parents et aux responsables politiques. C’est-à-dire à toute personne qui se considère un tant soit peu responsable du fonctionnement de la société. Permettre à un enfant de devenir un adulte responsable et un citoyen capable d’esprit critique, est le devoir de tout républicain quelles que soient ses convictions religieuses ou philosophiques.

De la responsabilité des enseignants

Aujourd’hui on rappelle, avec raison, que le système de l’Éducation nationale est un des fondements de la République. Moi-même, j’ai eu le bonheur d’enseigner pendant quarante ans l’histoire et l’éducation civique (et morale) dans différents établissements, collèges puis lycée, avec une proportion d’élèves musulmans de plus en plus élevée au fil du temps (environ 50 % les dernières années). Je n’aurais jamais montré à des collégiens – ni même à des lycéens – les caricatures qui posent problème, particulièrement celle montrant le Prophète dans une position obscène. Elles n’ont pas leur place dans l’école publique laïque, ni même dans la presse destinée à un public familial. 

Taylor Wilcox on unsplash.com

Entre le maître et l’élève doit s’établir une relation de confiance. Elle ne peut exister si, d’une façon ou d’une autre, l’enseignant manque de respect aux jeunes et les choque dans leurs croyances ou celles de leur famille. Pareillement, je n’ai jamais montré de caricatures de Jésus. Pour illustrer un cours sur la liberté d’expression, les caricatures ne manquent pas (on trouve même des dessins de Cabu dans les manuels d’histoire). Quand on montre aux jeunes des dessins antisémites, c’est pour condamner le nazisme qui les a produits.

Quand j’enseignais encore, j’avais fait venir au lycée l’association David & Jonathan. Des élèves m’avaient dit : « Monsieur, vous êtes homo ? » Quand j’avais amené mes élèves à Auschwitz, ils me disaient : « Monsieur, vous êtes juif ? » Quand je faisais un cours sur l’islam, on me disait : « Monsieur, vous êtes musulman ? » J’espère seulement avoir été (un peu) pédagogue en tentant de partager les idéaux de justice et de fraternité avec les jeunes, tout en respectant l’obligation de réserve qui incombe aux enseignants.

Combattre les racines du mal

Voici quelques problèmes qui méritent notre attention.

  • La haine. Après analyse des causes, il faudra trouver des remèdes. Cette tâche reviendra aux enseignants, dirigeants politiques, religions… Simultanément, il conviendra de combattre les individus qui instrumentalisent la haine pour s’emparer du pouvoir ou s’y maintenir.
  • Le blasphème. Dieu n’a pas besoin d’être vengé. Il est le Miséricordieux. Il est le Dieu d’amour. Opposons-nous à ceux qui utilisent Dieu pour soumettre les croyants et imposer une idéologie.
  • La laïcité. Les programmes d’histoire des collèges et des lycées prévoient des cours présentant les religions monothéistes qui ont façonné notre patrimoine culturel et imprégné notre législation, mais aussi les autres grandes religions mondiales. La laïcité vécue en France en application de la loi de 1905 ne s’oppose pas aux religions, mais garantit la liberté de conscience et de culte, ce qui suppose un respect des pratiquants.
  • La législation. En démocratie, la représentation nationale vote des lois auxquelles tous les habitants d’un territoire doivent se soumettre. Aucun code de droit privé n’est supérieur à l’État de droit. Aujourd’hui en France, la législation accorde plus de liberté aux personnes que certaines religions, notamment pour les droits des femmes et la liberté des mœurs.
  • L’extrémisme politico-religieux. Il convient de combattre l’islamisme radical (ou islamo-fascisme) mais aussi l’évangélisme d’extrême-droite (soutien aux présidents américain et brésilien) ; avec Franco on a connu un fascisme qui s’appuyait sur la religion catholique (de même que sur la phalange et l’armée).
  • La théologie et l’exégèse. Marqués par les philosophes des Lumières et les valeurs démocratiques, des théologiens et des exégètes, essentiellement européens et nord-américains, ont aidé les chrétiens au XXe siècle à mieux comprendre les textes bibliques et à combattre les fondamentalismes. Il convient de soutenir les intellectuels musulmans qui s’activent à effectuer le même travail sur les textes coraniques.
  • L’Éducation nationale. Il convient de gratifier le rôle des enseignants dans la République (instruction et éducation à la citoyenneté) et celui des fonctionnaires en général dont l’irrévocabilité doit être un gage de continuité de l’État de droit lorsque des régimes autoritaires veulent remettre en cause la démocratie. L’indépendance de la recherche universitaire et de la pédagogie doit être garantie par rapport aux idéologies et aux religions.
Hommage national à Samuel Paty le 21 octobre à la Sorbonne

Hommage aux enseignants

L’hommage solennel de la Nation aux enseignants, et particulièrement à l’un d’entre eux, est certainement apprécié, à condition qu’il s’inscrive dans la durée. Les enseignants ont choisi leur métier par passion et par amour. Dans une carrière de professeur, on côtoie des pédagogues et des éducateurs admirables. Des femmes et des hommes respectueux des élèves et à leur écoute. Patients et modérés quand les angoisses du monde franchissent les portes des écoles. Modestes aussi – peut-être un peu de trop. Heureux quand les jeunes passent avec succès leurs examens, tristes devant des échecs inattendus. Quand ils rencontrent d’anciens élèves qui leur révèlent tout ce qu’ils leur doivent, ils sont assurément heureux. Ce bonheur leur suffit, jour après jour, à se retrouver en face d’autres élèves avec la conviction qu’ils participent à la formation des jeunes citoyens d’aujourd’hui et des responsables de la société de demain.

Jean-Paul Blatz

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