Gaza L'étude à la bougie

Un Skype pour s’échapper…

Depuis un an, des membres de St-Merry communiquent par Skype avec les étudiants du département de français de l’Université al-Aqsa de Gaza, dirigé par Ziad Medoukh, aussi écrivain et poète. Joseph Mathivet, qui fait partie des jeunes internautes, dit son plaisir de participer à cette action émancipatrice d’une jeunesse enfermée.

Bonjour de Gaza la vie !
Bonjour de Gaza la vie !

C’était un de mes grands regrets : ne pas pouvoir m’être rendu dans la bande de Gaza lors de mes voyages en Israël. Le contexte politique et sécuritaire de 2011 – au moment de la demande de l’Autorité Palestinienne aux Nations Unies de devenir un Etat souverain  – avait été particulièrement tendu, alors que l’échéance onusienne n’avait malheureusement aucune chance d’aboutir pour les Palestiniens.

Aussi quand Laurent m’a demandé si je serais tenté de faire un Skype avec des étudiants de Gaza, j’ai été tout de suite intéressé et même intrigué. Et puis les questions surgissent intérieurement. Comment s’adresser à des personnes enfermées par une enceinte sur terre et une surveillance armée sur mer et dans les airs ? Parler c’est si simple pourtant, mais c’est aussi dur et courageux. Mais le  courage ne vient pas de moi, il vient de ces jeunes étudiants.

Gaza L'étude à la bougie
Gaza L’étude à la bougie

L’activité de St-Merry, baptisée « Un skype  avec Gaza » a pour principe  d’échanger en langue française avec des étudiants de Gaza Ville. Les étudiants ont tous un professeur, Ziad. C’est un homme engagé et au service de  ses élèves. On le ressent tout de suite quand on parle avec lui. Mon premier  contact Skype avec deux de ses étudiants s’est fait  chez lui. De manière totalement informelle, on a pu échanger et rire malgré une timidité réciproque entre étudiants français et gazaouis.

Du courage il en fallait. En effet, ces étudiants ont soif d’apprendre et une folle envie de pratiquer la langue française, que certains étudient depuis le collège. Et malgré la pression de l’armée israélienne – bombardements, impossibilité de sortir de la bande de Gaza, coupures d’électricité, restrictions de biens qui transitent vers Gaza, etc. – ces jeunes veulent apprendre et travailler. C’est dans ces conditions que filles et garçons se rendent à l’université pour travailler et, sans échapper à leur quotidien, apprendre en espérant un avenir meilleur pour eux et Gaza. Et parfois, nous nous évadons ensemble : eux des murs de sécurité de Gaza pour aller à Paris, moi qui essaie de mieux comprendre et percevoir ce qu’ils vivent. C’est important pour nous, qui sommes heureux de consacrer du temps à ces jeunes qui ne souhaitent qu’échanger dans une langue qu’ils aiment.

Gaza. Soutien des étudiants aux enfants.
Gaza. Soutien des étudiants aux enfants.

Nos conversations Skype s’articulent autour de sujets comme la littérature française, le sport, les sorties à Paris. Les étudiants de Gaza nous demandent souvent ce que nous, étudiants français, nous faisons comme études, ce que nous aimons faire ou ne pas faire. La complicité entre jeunes se fait très vite. Ils nous parlent de leurs goûts, de ce qu’ils voudraient faire plus tard. On arrive même à se moquer gentiment les uns des autres. On se sent vraiment pris dans un moment sincère et de communion. Pas besoin de préparation, chacun vient comme il est et veut être. Les Skype se font souvent à plusieurs voix, cela donne une joyeuse cacophonie.

Et puis c’est le retour à la réalité.

Gaza. Département français Tour Eiffel
Gaza. Département français Tour Eiffel

Ziad prévient qu’une coupure de courant peut survenir. On se dit au revoir et à bientôt, un peu rapidement mais au moins on le dit, cela aussi a du sens, quand on sait qu’une bombe peut nous priver de revoir un étudiant. Parfois les jeunes de Gaza rentrent chez eux pour travailler un examen de français. Une fois chez eux, ils nous envoient un petit message sur Facebook. On garde alors le contact avec leurs publications écrites et photos sur internet. Le lien existe réellement et c’est, je crois, le plus important.

Joseph Mathivet

(article paru dans la revue Parvis de mars-avril 2016 (n° 73) – www.reseaux-parvis.fr)

 

 

 

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