Un synode pour l’Europe ?

Peu avant le synode pour l’Amazonie, quelques esprits chagrins s’interrogeaient sur le bienfondé d’une telle démarche. Guy Aurenche, auteur de « Justice sur la terre comme au ciel » aux éditions Salvator, nous livre ses réflexions sur ce synode et ce qu'on pourrait attendre d'un synode pour l'Europe ou pour la France.

Expérimenter l’Universel

« Je crois que ce synode rendra grand service aux peuples qui se croient plus civilisés que les autres », déclarait Emmanuel Laffont, évêque de Cayenne. Il ajoutait : « Une occasion pour le monde romain et européen d’apprendre que d’autres cultures sont capables de parler de vie, de bien être, d’un rapport plus sain à la consommation effrénée ». J’ajouterai : même si ces cultures différentes ne le font pas au nom de l’Évangile.

A ceux qui se moquaient de l’exotisme amazonien dans l’inculturation des cérémonies, le pape a répondu : « Quelle différence y-a-t-il entre porter des plumes sur la tête et la barrette utilisée par certains officiels » au Vatican ?

Comment percevoir les échos de cette rencontre ? Comment les communautés chrétiennes françaises s’en nourriront-elles ? Le projet catholique n’est-il pas d’abord universel ? Il invite non pas à copier ce que d’autres entreprennent, mais à s’en enrichir.

Diversité et inculturation

Certains de ces « officiels » défiguraient l’initiative en critiquant l’inculturation qui aboutirait soi-disant à renoncer à « la doctrine et la pratique de la vérité ». Ont-ils un jour découvert que la rencontre, la vraie, celle qui est le souffle de l’Évangile, impose d’écouter l’autre, d‘attendre quelque chose de lui et d’utiliser chacun des langages compréhensibles par l’autre ? Comme à la Pentecôte lorsque chacun entendait l’autre parler et le comprenait dans sa propre langue.

Ces mêmes officiels, pour dévaloriser le synode, focalisaient les craintes sur une remise en cause universelle de la règle du célibat des prêtres. Et pourquoi pas ? Même si tel n’est pas le but principal de ce synode, nos sœurs et frères amazoniens nous rendraient un grand service en désacralisant des pratiques qui n’auraient jamais dû être sacralisées.

Comment adapter la présence de l’Église catholique « aux spécificités d’un territoire lointain où les marchands de prospérité facile que sont les pasteurs pentecôtistes remplacent les paroisses catholiques » (1) ? Et où la quête du profit maximal par certains groupes agro-industriels entraîne la destruction de la forêt amazonienne et la disparition des cultures locales.

Au service de l’Évangile ?

Ce synode intéresse celles et ceux qui font de l’Évangile une source d’espoir : quelles réformes devons-nous entreprendre pour que, là où nous vivons, la Bonne Nouvelle soit entendue par la population locale ? En Amazonie près de 80% des communautés souffrent d’un manque d’accès aux sacrements, tandis qu’en France des sociétés riches, inégalitaires et déboussolées attendent un témoignage chrétien d’espérance. C’est bien de la proposition de ce témoignage que nous devons toujours repartir, et ce même à Saint Merry. Comment la « sécularisation » invite-t-elle à témoigner d’une Présence qui pousse à la vie, au partage et à la gratuité ?

Lourdes à l’écoute de l’Amazonie

Le journal La Croix présentait comme une « première dans l’histoire de l’Église de France » le fait que les évêques français étaient invités à être accompagnés par deux « autres » personnes de leur choix, qui participeraient à une partie des débats …Il ne faut pas trop demander !

Des responsables de la Conférence des évêques de France, que je rencontrais récemment, disaient vouloir lancer une dynamique d’espérance. En Amazonie près de 85.000 personnes ont participé à la préparation du synode malgré les difficultés de communication. Un document préparatoire a été discuté pendant plusieurs mois par les membres des communautés au cœur de leur diversité. A quand un synode pour la France (ou l’Europe ?) répondant aux questions qui bousculent aujourd’hui convictions et pratiques, en organisant la rencontre et sa préparation selon des modalités vraiment participatives, coresponsables et synodales  ?

Guy Aurenche

(1) La Croix 5 et 6.10.019

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