Une leçon de tolérance

CoranEffectuant des recherches historiques dans le cadre d’un travail universitaire sur les représentations occidentales de l’homorotisme en terre d’Islam à travers les récits de voyage du XVIe au XIXe siècle, j’ai découvert un dialogue du XVIIe siècle entre un voyageur anglais et un interlocuteur musulman sur la tolérance entre les cultures. Il m’a paru opportun de vous faire partager cet appel au respect des différences, alors que nous sommes en recherche de sens dans un monde qui à du mal à admettre que la vision occidentale des choses de la vie n’est pas l’unique voie du bonheur.

Laurent Baudouin

 

En 1674, le voyageur anglais Edward Brown parcourt l’Egypte ottomane. Son humanisme et son respect des coutumes locales lui gagnent la confiance des habitants dont certains lui livrent leurs pensées. C’est ainsi qu’un de ses interlocuteurs musulmans, Turc d’Egypte, se désole que les Occidentaux se moquent de leur habitude de se raconter des histoires pendant leurs loisirs. Brown écrit :

« Vous voyez, me dit-il, que nous ne sommes pas aussi barbares que le croient beaucoup de Francs [nom donné aux chrétiens d’Occident par les Arabes du Proche-Orient]. C’est vraiment une des pires caractéristiques de votre peuple ; ils sont pleins de vanité et de suffisance ; passionnément attachés à leurs coutumes, ils s’irritent de voir que les autres tiennent aussi aux leurs. Je sais que beaucoup de Francs se moquent de nos histoires et de ce moyen dont nous usons pour alléger nos tourments, et pourtant il me semble que c’est aussi innocent que leurs propres distractions : le vin qu’ils boivent en quantité ou le jeu auquel ils s’adonnent. Et quoique nos histoires soient très différentes des vôtres, c’est du moins ce que l’on m’a dit, il n’y a aucune raison pour qu’elles soient ridicules ou absurdes. Nos mœurs n’ont jamais été les mêmes, nous n’envisageons pas de la même façon la guerre et la paix, notre enseignement et nos plaisirs diffèrent, pourquoi nos histoires devraient-elles ressembler aux vôtres ? Et pourquoi mériteraient-elles le mépris pour la seule raison qu’elles sont différentes ? N’est-ce pas là un trait de vanité ou d’orgueil plutôt que de science et de courtoisie ?”

Je ne pus m’empêcher de reconnaître que ce qu’il disait était tout à fait juste, et j’avoue que rien ne m’a paru plus étrange que de voir nos voyageurs critiquer l’habitude qu’ont les Turcs de se faire lire des histoires ou des récits pendant leurs moments de loisir, alors que si cette même habitude n’existait pas chez les chrétiens leurs livres ne seraient jamais lus. Avec quelle facilité nous voyons la paille dans l’œil des autres et nous ignorons la poutre qui est dans le nôtre ! »

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