Jésus et la femme de Samarie, qui — à la différence de celle dont il est question dans l’Évangile de Luc (20, 27-40) et dans notre article — a eu seulement cinq maris et non pas sept. Gravure et peinture sur verre, Allemagne (1420 ca), Metropolitan Museum, New York

Une pour sept

Dimanche suivant l’assemblée du 5 novembre, lecture de l’épisode de la femme aux sept maris : la pertinence actuelle de ce récit est rapidement évacuée et nous sommes invités à réfléchir sur ce qui nous fait vivre. Cette femme déjà étrangement silencieuse dans le récit est une deuxième fois priée de se taire.

Elle est pourtant exemplaire d’une vie non vécue : sans volonté propre, sans bien, ni mari ni enfant ; aucun qualificatif pour la sortir de l’anonymat, aucun procès de stérilité, voire de sorcellerie, pour les morts successives… Ni interpellée, ni féconde, elle n’a rien à répondre, c’est un corps muet, une sans-droit.

Doit-elle attendre la résurrection pour vivre ? Sûrement pas dans le scénario imaginé par les sadducéens où les personnages restent entravés, enclavés dans leurs relations identitaires avec un problème de distribution en sus : trop de maris ! La faute à qui ? à cette femme réduite à un emploi de chambre froide qui, ressuscitée, fait désordre ?

Revenons sur terre : on peut imaginer un comité de défense des droits de la femme, des luttes et des paroles de consolation, d’entraide, de compassion, pour l’aider à retrouver une parole et par là une vie personnelle, humanisée. Mais en quoi toutes ces actions nécessaires ont-elles une signature proprement chrétienne ? Est-ce seulement cela que Dieu attend de nous ?

«Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu». N’y a-t-il pas dans cette sentence de Jésus les conditions d’une vie nouvelle, chrétienne, dans un monde humain avec des règles (mais où nous jouons des partitions tronquées, folles, avec des hommes fauchés sans descendance et des femmes «mariées» au prix de leur abjection) mais dans ce monde qui est aussi le monde que Dieu nous a donné, où Il nous veut pleinement vivants dans notre dignité d’enfants de Dieu ?

Rendre cette femme à elle-même et à Dieu, n’est-ce pas cela œuvre de vie ? Ecoutez donc la femme même si elle ne dit rien car c’est elle qui annonce le Dieu des Vivants !

Catherine Charvet

Billet du dimanche 27 novembre 2016

1 Commentaire

  • Les femmes comme faire valoir. C’est connu mais triste, infiniment triste.
    Le « masculinisme » une branche du patriarcat renaît dans la bouche de clercs religieux ou non.
    N’oublions pas non plus que l’histoire est celle des plus forts. Il faut « scruter »les archives concernant les vaincu (e)s, les plus faibles et souvent les plus pauvres (les femmes sont le plus
    souvent la’)pour deviner, tenter de réécrire les récits officiels dominants.
    Merci pour ce bel article.
    Marie Thérèse Joudiou

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