«A la gauche du Christ, les Chrétiens de Gauche en France de 1945 à nos jours »

Une relecture du colloque.

Etre l’objet même d’un colloque fut une surprise pour une partie de ceux qui ont participé à ces débats mi-mars à l’Institut Catholique de Paris, et cette implication du public valut aux organisateurs critique immédiate du titre, afin de pouvoir passer de l’histoire d’une sensibilité politique, minoritaire, à celle des relations entre engagement spirituel et engagement politique à gauche. Ces hommes qui ont marqué la pensée politique de 1945 à 1968, qui ont donné le ton tant dans l’Action que dans la Presse Catholiques auraient ils ignoré la spécificité des champs politiques et religieux ? Beaucoup s’éloignèrent de l’ancrage du politique dans le religieux.

Le colloque commença par des rappels historiques : pour Mgr Hyppolite Simon il faut reconnaitre et savoir dépasser les paradoxes dramatiques de la Révolution qui exerça la terreur au nom de la Liberté. De même les dialectiques du siècle dernier ont vieilli mais elles méritent de ne pas être oubliées pour ne pas s’y faire enfermer à nouveau, ainsi de l’apogée des sciences humaines auto proclamées appareil philosophique qui renvoient l’Eglise au statut de dernier appareil idéologique d’Etat, ainsi de la lecture marxiste de St Marc, ou de la création d’un gauchisme chrétien fondé sur une relecture du dialogue du peuple élu avec Dieu et, autrement important, politiquement et spirituellement ,de la Théologie de la Libération. L’Eglise a aujourd’hui renoncé au « mandat » et à l’injonction politique, cela ouvre la question de son implication dans les questions d’éthique publique; après Mounier, Ricœur et Levinas, jusqu’où accepter l’autonomie morale de la personne ? Nous naissons citoyens avant de devenir chrétiens, a rappelé l’Evêque de Clermont !

Les témoins engagés qui se succédèrent ensuite, dans la diversité de leurs parcours et de leurs postures sont ailleurs : la dimension politique de l’action sociale, aujourd’hui reconnue par l’Etat qui se décharge et consulte, place l’Eglise devant ses responsabilités, acceptées dans l’exercice «Diaconia». Les textes du magistère ont su dire que l’option préférentielle pour les pauvres portait critique du système libéral, mais elle est aussi critique de la réponse politique « progressiste » traditionnelle quand l’action avec ceux qui sont le plus loin de l’emploi, du logement ou de l’éducation ne tolère ni manichéisme, ni simple action de maintenance, là où c’est de transformation qu’il s’agit.

Jean Baptiste de Foucauld a pu regretter que l’équilibre entre résistance, régulation et utopie qui suppose un rapport souple entre foi et politique n’ai pu être atteint et conservé, pour autant la marque laissée dans le siècle par des prophètes, Gandhi, Martin Luther King, Simone Weil, montre que la dimension spirituelle de la vision politique est audible, et fut entendue chez De Gaulle et Delors. La transition écologique est aujourd’hui un champ où face au libéralisme qualifié joliment de « sans Foi, ni Loi » une conversion est nécessaire. L’hybridation des pratiques, soulignée par le député de Meurthe et Moselle Dominique Potier, entre le champ politique et l’engagement social ou associatif, est porteuse d’une mutation du dialogue entre Démocratie et Spiritualité, qui intègre accueil de la diversité, pluralité dans l’unité, et respect de cette distance qui fonde le discernement.

Philippe SEGRETAIN   – 22/03/2015

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