Mon sang ouvre le ciel

Une révolte la Nuit Blanche : Job

Je cris encore, Ça fait quarante six minutes je crie Et toujours pas de réponse !

Mon sang ouvre le ciel
Je le sais
Il vient,
Je sais qu’il vient
Mon héros
Le jour où je n’aurai plus ma peau il se dressera sur la poussière,
Et moi aussi je me dresserai comme lui
Et il y aura ma chair
En face de sa chair
Et mes yeux qui le regarderont
Et mon cœur qui brûlera
Et toi il te tuera !

Il s’en passe des choses pendant que je suis mort soi-disant…
Encore assez pour que je retente ma chance de
Me recommencer comme avant,
Avant je courais dans la tendresse,
ça m’allait bien,
Je courais vite,
J’avais peur du noir mais le lampadaire de Dieu m’éclairait.

C’étaient mes jours dorés du milieu de l’automne.
Je tenais Dieu par la main, et mes petits garçons tenaient la main de leur papa.
Mes poches étaient pleines
Admiré comme il se doit,
Beau phénix des hôtes de ce bois,
Ma gloire brillait comme une arme neuve.
Et maintenant je suis la risée des chansons grasses du peuple
Hier encore ils étaient à bout de misère,
Ils suçaient des racines,
Et maintenant c’est moi le minable,
Impuissant et mou !
Ils rigolent et me tombent dessus
Ils se ruent dans mes ruines.
Maintenant je crève,
La nuit m’éteint,
Mon corps se vide
Dans la boue.
Je cris encore,
Ça fait quarante six minutes je crie
Et toujours pas de réponse !
Le vent me pousse au terminus des vivants,
Vie de· double malheur,
Vie de double obscurité
ma peau noircit sur moi,
Le chacal ne jappe que la mort !

Je tiens ! Ris baleine ! Je tiens encore
Parce que j’ai rien fait, et ce que j’ai fait ça ne compte même pas !
Viens voir, vérifie,
Tu verras tous les crimes que je n’ai pas commis,
Tu trouveras rien !
Rien !

J’ai même habitué mes yeux à ne pas regarder les filles,
Tu peux vérifier,
Je ne suis pas un menteur.
Si mes yeux louchent
Si j’ai les mains collantes, qu’on vienne dévorer mes nourritures
Si je bande pour une autre femme que ma femme soit putain de qui voudra.
Si j’exploite ceux qui travaillent que je sois rasé, nu, pelé,
Je sais bien qu’on se vaut tous, tous sortis d’un ventre,
Et jamais j’ai repoussé un pauvre
Jamais j’ai rejeté une fille
Jamais j’ai laissé passer un va-nu-pieds sans lui tricoter des chaussettes,
Jamais j’ai frappé un môme pour l’abimer,
Ou alors qu’on me coupe les oreilles et la queue
Jamais j’ai donné mon cul au soleil,
Jamais j’ai embrassé la Lune,(même pas un tout petit baiser du bout des doigts pour rendre Dieu jaloux)
Trouve quelqu’un à qui j’ai rin donné,
Même un étranger, un exilé, un pédé
Je lui donne mon lit, ma télé, ma brosse à dent
Bon, je râle quand j’en ai marre (comme tout le monde)
Et quand j’ai fait des conneries j’ai peur que ça se sache,
C’est tout !
J’ai tout dit.
Non,
Il y a encore ma terre.
Si elle crie et pleure des flaques de larmes parce que je mange son fruit sans le payer avec ma sueur,
Qu’elle se couvre de chiendent puant et de genêts jaunes.

Jacques Mérienne

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