Une si présente absence

« Dans nos nuits obscures, nous disons souvent : “ô Dieu, où es-tu ? Jésus n’est plus avec nous…” Parfois tous les repères sont effacés, comme dans les camps ou les ghettos en feu… Mais même là, un homme est encore capable d’ajouter ces mots : “Tu as beau m’enlever ce que j’ai de plus cher et de plus précieux au monde, me torturer à mort – je croirai toujours en Toi. Je T’aimerai toujours, toujours – envers et contre Toi !”. Une méditation de Christian Manuel sur le mystère de l’Ascension
Hans von Kulmbach (1480-1522), L'Ascension du Christ
Hans von Kulmbach (1480-1522), L’Ascension du Christ

Jeudi de l’Ascension, une des plus belles fêtes de l’année liturgique, avec Pâques et la Transfiguration… Il y a tout d’abord à l’évocation de cet épisode de la vie du Seigneur comme le surgissement d’une angoisse. Celle qui vous noue la gorge lorsqu’on raccompagne à l’aéroport quelqu’un qu’on aime, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, avec qui on a passé quelques journées merveilleuses et inespérées, et qui s’en retourne sans qu’on sache si on le reverra jamais… Jésus n’est plus là et il faut faire désormais sans sa présence physique incomparable. Mais Il a prévu cette angoisse, et par sa Parole, il a ensemencé nos cœurs avec les graines d’une espérance infinie. Jusqu’à ce qu’Il revienne. Il est ressuscité, il est apparu à ses disciples, il leur a parlé pendant quarante jours du royaume de Dieu, et la rupture finale entre sa vie terrestre et son retour au sein de la vie trinitaire, il la veut glorieuse et évidente, bien différente de sa résurrection qui s’est opérée dans le silence et la nuit du caveau scellé par une grande pierre. Les apôtres se sont dit : « Que s’est-il passé dans le tombeau ? », mais au jour de l’Ascension, le passage est si lumineux, si évident, si indiscutable malgré le caractère surnaturel du phénomène qu’ils observent, que l’angoisse de l’abandon s’en trouve toute diminuée. Les disciples pensent au futur proche annoncé par le Seigneur : attendre ce que le Père a promis ; être baptisé dans l’Esprit saint et recevoir sa force…

Le Maître n’est plus là, mais, pour les disciples, ce n’est pas pour autant le moment du point final. Jésus est né, a vécu et enseigné parmi eux, est mort, est ressuscité d’entre les morts, leur est apparu pour les enseigner encore, et monte aujourd’hui rejoindre ce Père avec lequel il ne fait qu’Un : « Qui m’a vu a vu le Père »… Dernier cadeau du Seigneur à ceux qui l’aiment et le suivent et vont donner leur vie pour Lui : l’apparition des deux anges qui leur confirment la réalité de leur vision et leur ouvrent les espaces d’un nouveau cheminement.

Albrecht Dürer(1471-1528), L'Ascension
Albrecht Dürer(1471-1528), L’Ascension

Jésus leur a dit :… Étape par étape, soyez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre : Jérusalem, la Judée, la Samarie, le vaste monde enfin. Les anges marquent des bornes temporelles à cette injonction qui rassurent notre pauvre nature d’hommes. On en a besoin dans les moments de la vie où tous nos repères paraissent effacés. Dans nos nuits obscures, nous disons souvent : « ô Dieu, où es-tu ? Jésus n’est plus avec nous… » Parfois tous les repères sont effacés, comme dans les camps ou les ghettos en feu… Mais même là, un homme est encore capable d’ajouter ces mots : « Tu as beau m’enlever ce que j’ai de plus cher et de plus précieux au monde, me torturer à mort – je croirai toujours en Toi. Je T’aimerai toujours, toujours – envers et contre Toi ! » Jésus a été enlevé à nos yeux et reviendra de la même manière miraculeuse. Dans l’intervalle, et sans chercher à connaître les délais, il nous est dit de porter sa Parole jusqu’aux confins de la terre… Le Christ récapitule l’Histoire de l’humanité, mais nous aussi dans l’éternité du plus secret de notre être, nous la récapitulons en parachevant avec Jésus l’œuvre de la Création.

Christian Manuel

 

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