Maître de la Mort de la Vierge d'Amsterdam (cercle), 1485-1500 ca.,huile sur bois (53.5 × 65cm), Rijksmuseum, Amsterdam

Veillée pascale. « Je mettrai en vous un esprit nouveau »

Accueil

Le Christ a traversé la nuit de l’épreuve, la souffrance et la mort… Est-ce la fin de tout ?
Dieu en son Fils est descendu partager nos vies pour nous dire que nous ne sommes pas seuls même si aujourd’hui notre « célébrer ensemble » nous réunit autrement pour vivre la joie du Ressucité. 
La nuit précède l’aube, des ténèbres a jailli la lumière : le Christ nous précède dans la mort et dans la VIE.
Lumière dans nos cœurs qui ne s’éteindra jamais ; lumière que nous pouvons symboliser en allumant une bougie. Ce « feu nouveau », si modeste soit-il, accompagnera la lecture de cette veillée pascale célébrée dans le huis clos de nos confinements, la communion des cœurs et de notre prière. Oui quel que soit le lieu où nous nous trouvons, nous sommes bien réunis au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Sylvie de Bengy

Chant

Voici la nuit P 156-1 (D. Rimaud)
Écouter : Voici la nuit 

« Voici la nuit, 
L’immense nuit des origines. 
Et rien n’existe hormis l’Amour, 
Hormis l’Amour qui se dessine : 
En séparant le sable et l’eau, 
Dieu préparait comme un berceau
La terre où il viendrait au jour. 

Voici la nuit, 
L’heureuse nuit de Palestine, 
Et rien n’existe hormis l’Enfant, 
Hormis l’Enfant de vie divine : 
En prenant chair de notre chair, 
Dieu transformait tous nos déserts
En terre d’immortels printemps. 

Voici la nuit, 
L’étrange nuit sur la colline, 
Et rien n’existe hormis le corps, 
Hormis le corps criblé d’épines : 
En devenant un crucifié, 
Dieu fécondait comme un verger
La terre où le plantait la mort. 

Voici la nuit, 
La sainte nuit qui s’illumine, 
Et rien n’existe hormis Jésus, 
Hormis Jésus où tout culmine : 
En s’arrachant à nos tombeaux, 
Dieu conduisait au jour nouveau
La terre où il était vaincu. 

Voici la nuit, 
La longue nuit où l’on chemine, 
Et rien n’existe hormis ce lieu, 
Hormis ce lieu d’espoirs en ruines : 
En s’arrêtant dans nos maisons, 
Dieu préparait comme un buisson
La terre où tomberait le feu ! » 

Lectures

Toutes les lectures de la veillée pascale

Alexandra N, Christ ardent, 1988-89, huile sur toile (54 x 33 cm)

Sans le feu et sans l’eau.
Méditation

On ne va pas tricher. Ce soir on n’entendra pas le feu pascal crépiter sous le porche. On ne verra pas la lumière se transmettre de main en main depuis la colonne de cire. Ni l’eau fraîche couler sur des fronts à enfanter dans le baptême.

Ce soir c’est la nuit des sens, nuit sans embrassade.

Christ, tu ne nous racontes pas d’histoire pour célébrer la Pâque. 
Christ, ta lumière ne triche pas avec notre monde en feu : la nuit des hôpitaux, des EHPADS, des prisons, des sans-logis, des sans-fête, sans-pain, sans-obsèques, des sans-le-sou, des sans-trêve ou sans-lendemain, des jeunes vies abusées, des coups de feu, des coups bas, des coups tout courts, des récoltes à brûler, des terres et des pandas embrasés, des prix qui flambent, des charpentes en fumée…
Christ, on ne va pas tricher avec la terre éreintée, avec nos âmes desséchées. Tu ne nous berces pas d’illusion. Car tu es la source qui connaît la soif et l’avenir condamné d’une croix.
Mais Christ, ton feu est le phare qui nous réoriente dans la nuit. Au fond de nos demeures, même les plus sombres, ta lumière luit simple comme une bougie à veiller sans bruit.
Ce soir, c’est chez nous que tu célèbres ta Pâques. C’est au fond de notre cœur que tu brises les scellés pour que sourde la communion.
Christ, tu renouvelles nos regards, tu déconfines nos cœurs. Ouvrons nos horizons ! Buisson ardent de vie qui brûle sans consumer, tu détournes nos yeux de l’écran porteur de tant de nouvelles sans nouveau. Comme dans un monde en genèse tu sépares nos sombres confusions du jour et de la nuit. Mieux que Moïse tu déroutes nos exils, avec tact tu frappes sur nos cœurs pour que coule ta vie.
Christ, vrai prochain, tu nous apprends à être proches en ce confinement, tu embrases nos vies pour embrasser ce monde tel qu’il est.
Christ, tu ressources nos vies. Qu’aujourd’hui elles prennent souffle et soin des pépites de vie : les initiatives géniales, les connexions inouïes, les générosités, les patiences infinies, les logis sans sorties, les soignants applaudis, les mercis réunis des humbles et des nantis. Privés de liturgie, c’est notre eucharistie.
Christ, sauveur de nous-mêmes repliés sur nous-mêmes, nous crions vers toi pour choisir la vie libérée, déployée. Oui, ce soir même loin des yeux, en toi nous nous embrasserons, vivifiés en ta source qui coule jusqu’aux confins de nos mondes.
Christ vivant, mystérieusement tu nous ouvres un avenir. Comment répondrons-nous ? 
Béni sois-tu toi qui laisses nos questions grandes ouvertes pour les ouvrir plus encore par ton Souffle de vie nouvelle, feu et eau.

Alexandra N

Chant

Exultet I 111-1 (AELF)
Écouter : Qu’éclate dans le ciel 

Qu’éclate dans le ciel la joie des anges,
Qu’éclate de partout la joie du monde,
Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu :
La lumière éclaire l’Église,
La lumière éclaire la terre, Peuples, chantez !

Nous te louons, splendeur du Père, Jésus, Fils de Dieu !

Voici dans la nuit la victoire,
Voici dans la nuit la lumière,
Voici la liberté pour tous les fils de Dieu :
Ô nuit qui vit la lumière,
Ô nuit qui vit le Seigneur ressusciter.

Amour infini de notre Père,
Suprême témoignage de tendresse,
Vous livrez votre Fils pour sauver tous vos enfants.
Bienheureuse faute d’Adam,
Qui valut au monde pécheur le Rédempteur !

Victoire qui rassemble ciel et terre,
Victoire qui remet le Fils au Père,
Victoire pour l’Église et pour tous ses enfants :
Ô Père, voici votre peuple,
Ô Père, accueillez vos enfants en Jésus-Christ !

Que brille à tout jamais cette lumière,
Que brille dans nos cœurs la joie du Père,
Que brille dans l’Église la joie des fils de Dieu :
Ô nuit si lourde de mystère,
Ô nuit si riche de clarté, ô nuit d’amour !

Psaume 117

Écouter : Alléluia psaume 117

Alléluia, alléluia, alléluia !

Proclamez que le Seigneur est bon
Éternel est son amour
Que le dise la maison d’Israël
Éternel est son amour !

Dans l’angoisse j’ai crié vers lui
Le Seigneur m’a exaucé
Le Seigneur est là pour me défendre
J’ai bravé mes ennemis

Le Seigneur est ma force et mon chant
Le Seigneur est mon salut
Je ne mourrai pas, non, je vivrai
Je dirai l’œuvre de Dieu

Ouvrez-moi les portes de justice
J’entrerai, je rendrai grâce
C’est ici la porte du Seigneur
Tous les justes y entreront

Oui, c’est toi mon Dieu, je te rends grâce
Seigneur, mon Dieu, je t’exalte
Proclamez que le Seigneur est bon
Éternel est son amour !

Dieric Bouts, Résurrection, 1455 ca., tempera sur lin (89.9 x 74.3 cm), Norton Simon Museum, Pasadena

Homélie

Ce soir, nous entrons dans la nuit Pascale.
Cette nuit, unique, est celle par laquelle nous passons pour accueillir la lumière de la résurrection. Dans la tradition juive, il y a quatre nuits : voici ce que dit le Targum de l’Exode :
C’est une nuit de veille et prédestinée pour la libération au nom de du Seigneur au moment où il fit sortir les enfants d’Israël, libérés, du pays d’Égypte. 
« Or quatre nuits sont inscrites dans le Livre des Mémoires :
La première nuit, quand le Seigneur se manifesta sur le monde pour le créer. Le monde était confusion et chaos et la ténèbre était répandue sur la surface de l’abîme. Et la Parole de du Seigneur était la Lumière et brillait. 
Et il l’appela Première Nuit.
La deuxième nuit, quand le Seigneur apparut à Abraham âgé de cent ans et à Sarah sa femme, âgée de quatre-vingt-dix ans, pour accomplir ce que dit l’Écriture : est-ce qu’Abraham, âgé de cent ans, va engendrer et Sarah, sa femme, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanter ? Et Isaac avait trente-sept ans lorsqu’il fut offert sur l’autel. Les cieux s’abaissèrent et descendirent et Isaac en vit les perfections et ses yeux s’obscurcirent à cause de leurs perfections. 
Et il l’appela Seconde Nuit.
La troisième nuit, quand le Seigneur apparut aux Égyptiens, au milieu de la nuit : sa main tuait les premiers-nés des Égyptiens et sa droite protégeait les premiers-nés d’Israël, pour que s’accomplît ce que dit l’Écriture : Mon fils premier-né, c’est Israël
Et il l’appela Troisième Nuit.
La quatrième nuit, quand le monde arrivera à sa fin pour être dissous ; les jougs de fer seront brisés et les générations perverses seront anéanties et Moïse montera du milieu du désert “et le Roi Messie viendra d’en haut”. L’un marchera à la tête du troupeau et sa Parole marchera entre les deux et moi et eux marcheront ensemble.
C’est la nuit de la Pâque pour le nom du Seigneur, nuit réservée et fixée pour la libération de tout Israël, au long de leurs générations. »
Targum N Ex, 12

Nous reconnaissons dans cette vigile, dans ce passage du samedi au dimanche de Pâques, cette nuit entre toutes ou le Seigneur libère son peuple. C’est le sens de la liturgie de la veillée. 
Les sept textes que nous lisons, ainsi que les psaumes qui leur sont associés, nous font entrer dans le mystère du Salut. 
En partant de la Genèse nous traversons l’Écriture pour arriver à la prophétie d’Ézékiel : Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.
Ces paroles se réalisent dans la mort et la résurrection de Jésus. C’est cela le salut, formulé par saint Paul dans l’épitre aux Romains : nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.
Le salut n’est pas une hypothèse pour l’avenir. Le salut est la vie nouvelle que nous recevons du Christ aujourd’hui. 
C’est aujourd’hui que nous vivons avec lui, 
Aujourd’hui que nous sommes appelés à prier pour nous unir à lui, Aujourd’hui que nous sommes appelés à aimer notre prochain. 
C’est cela la bonne nouvelle.
Tout cela, nous pouvons le vivre aujourd’hui.
Célébrer Pâques, c’est accueillir la bonne nouvelle, c’est-à-dire le Christ lui-même qui se donne en personne à chacun d’entre nous pour nous faire grandir et libérer notre cœur de tout ce qui l’entrave dans son désir d’aimer. 
Que cette fête de Pâques soit pour chacun d’entre nous cette bonne nouvelle ! Qu’elle nous donne de vivre toujours plus profondément la joie de notre baptême et nous donne d’accueillir plus généreusement Jésus, le ressuscité !

P. Alexandre Denis

Maurice Denis, Mystère de Pâques, 1891, huile sur toile (104 x 102 cm), Art Institute Chicago

Méditation

Il aura fallu que le Tombeau soit vide
Pour croire enfin que tu étais venu
Nous aimer jusqu’à la mort
La vaincre et nous sauver.

Il aura fallu qu’une petite bête,
 Invisible à l’œil nu,
Enserre l’humanité entière
Et lui insuffle son venin mortel.

Mais le souffle de l’Esprit 
Ne connait pas de barrières,
Ni l’invincible espérance
Qui veille invisible.

Il fallait comme moine en son monastère,
Ouvert au monde entier, 
Prier,
Aider de loin, par les écoutes de jour et de nuit,
Les plus démunis.
Au dehors, sur les chemins, ou les tentes
Ils creusent dans la douleur
La terre devenue sillons d’exil.
Alors que les animaux, les fleurs, la création
Se protègent  des rigueurs et de la mort.

Ton Tombeau est vide Seigneur.

Il aura fallu cela
Pour nous montrer qu’il faut en passer par là,
Se creuser, se vider de soi,
Afin que tu prennes toute la place
Pour habiter de ton amour,
Le creux de nous-mêmes.
Car en vérité Tu es ressuscité !
Assurément,
Dieu nous donnera un cœur nouveau
Et mettra en nous un esprit nouveau. 

                                                                                                 Jacqueline Casaubon

Intentions de prière

Seigneur nous te confions Christophe et Louise, nos deux catéchumènes, qui voient leur baptême ajourné en raison du confinement.
Au terme de ce long cheminement, donne à chacun d’eux l’assurance de ta présence et le surcroit de patience dont ils ont besoin pour vivre cette attente dans la paix.


Seigneur, cette flamme que nous allumons pour la vigile pascale manifeste le passage des ténèbres à la lumière par ta victoire sur la mort. Ainsi nous emportant dans ton sillage pour rejoindre ton Père, tu nous ouvres l’éternité. Que ce mouvement transforme nos cœurs pour que, illuminés par ta présence, ils fassent rayonner ton amour.

Parmi les personnes qu’affectent la pandémie virale que nous traversons, la solitude pèse durement sur les personnes isolées qui souffrent de troubles psychologiques. Seigneur, aide-nous à trouver des initiatives qui puissent leur apporter le soutien dont ils ont besoin et donne à notre prière une efficience missionnaire.

Que ta résurrection Seigneur donne un élan nouveau aux Églises chrétiennes, Églises réformées, orthodoxes, catholiques et autres pour que l’Esprit saint nous aide à nous retrouver tous unis en ton corps.

Bruno de B.

Christ, pendant ce confinement, ne permets que nous restions chez nous inchangés.
Après le confinement, ne permets pas que nous rentrions chez nous comme avant. 

Alexandra N

Action de grâce

Amis et compagnons de la Terre,
elle est noire la nuit de ce monde
et elle est longue la marche de l’humanité.
Depuis la nuit des temps, nous sortons de l’indicible et nous allons vers l’inconnu.
Et dans la nuit des commencements,
le soleil éclate en mille feux et dansent les étoiles.
Et c’est déjà le feu de la vie.

C’est le feu du buisson ardent
où Moïse ose converser avec le Tout Autre.
C’est le feu d’Emmaüs où les disciples au cœur si brûlant
entrent dans l’intime du fils de l’homme.

C’est le feu de Pentecôte
où L’Esprit Saint entre par effraction,
claque les portes de justice et ouvre grand les fenêtres de liberté.

C’est le feu des disciples qui osent la folie de la foi.
Et c’est le feu de nos vies, de nos folies,
de nos amours les plus fous, de nos créations et de nos inventions.

C’est le feu des artistes, poètes et prophètes
et le feu de l’accouchement où la vie jaillit
et cette nuit, c’est le feu du baptême pour un je t’aime.

C’est la Pâques qui s’annonce sur les ronces de la vie.
Devant ce feu, nous attendons le Christ sorti du tombeau
et de tous les tombeaux qui nous empêchent de vivre, rire et respirer.

Amis et compagnons de la terre,
elle va bientôt s’achever la nuit et nous attendons le Christ ressuscité
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.
Prenons nous par la main et formons autour de ce feu
l’immense chaîne de l’amitié et la ronde de la fraternité,
entrons dans le profond silence intérieur où tout est grâce.

Pierre Castaner

Bénédiction

Seigneur, en ces jours de détresse, tu nous dis encore une fois : « Soyez sans crainte ! ». Notre foi vacille, mais tu ravives notre espérance. Alléluia !
« De toute votre inquiétude, déchargez-vous vous sur lui, car il a soin de vous », nous rappelle Pierre, ton disciple. Alléluia !
Alors, Seigneur, nous te demandons de nous fortifier et de nous bénir, pour que la joie de Pâques demeure en nous et qu’éclate ta gloire. Toi qui es Père, Fils et Esprit Saint.
Alléluia !

Psaume 29

Écouter : Que mon coeur ne se taise pas

Que mon cœur ne se taise pas
Qu’il soit en fête par toi
Et que sans fin, je te rende grâce
Seigneur mon Dieu je te rende grâce



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