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Vendredi saint. « Humilié, il n’ouvre pas la bouche »

Lectures

 lire les textes ici
« Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. » (Lc 23, 46)

Introduction

Vendredi saint
La mort couvre aujourd’hui d’un voile obscur toute l’existence
Elle rejoint ainsi les morts vécues tout au long de chacun de nos chemins
Nos échecs, nos ruptures, nos pertes
Ces moments de vide atroce qui nous ont enfouis au plus profond de l’abîme
Ces moments qui ont marqué dans nos vies un avant et un après.

Nous vivons aujourd’hui une sorte de vide collectif
Nous espérons qu’il en ressorte une nouvelle manière de vivre ensemble
Mais pour que la nouveauté radicale jaillisse
Il faut commencer par faire l’expérience radicale du vide.

Ce vide qui permet au grain semé de se transformer dans les entrailles de la terre
Ce vide qui est silence, silence absolu, silence assourdissant
Ce vide qui arrête le temps, qui fige l’espace, et qui paralyse nos corps
Ce vide qui détruit l’illusion, qui anéantit l’avenir et qui efface l’horizon.

Si nous cherchons trop vite la sortie,
Nous reproduirons le déjà connu
Rien de nouveau, de radicalement nouveau, ne pourra émerger.

Laissons-nous aujourd’hui emporter au plus profond de l’abîme
Laissons le silence nous dépouiller de tous les mots qui cherchent trop vite la consolation
Laissons-nous transporter dans l’obscurité du non-sens.

Pour nous y conduire, pas des mots, 
Juste quelques images et quelques sons
Pour nous aider à regarder et écouter le silence.

Les images proposées sont accompagnées d’un mot ou d’une phrase
Qui ne cherchent ni à expliquer ni à décrire
Ils ne sont que des échos à faire résonner.

Si cette traversée du vide suscite en vous d’autres mots
nous vous invitons à les partager sous forme de prière, 
Expression de la vie attendue quand la mort nous envahit.

Mais avant laissons-nous regarder par les images, 
laissons-nous porter par la musique
pour faire taire nos mots et nos pensées
et laisser pénétrer au plus profond de nous-mêmes le silence.

Elena Lasida

Edvard Munch, Le cri, 1893, Nasjonalmuseet, Oslo

Chant

Ouvrez les portes du silence K 181 (B. Quenot)

Ouvrez les portes du silence
L’Esprit vient vous parler
Par-delà les cris de la violence
Et de l’absurdité.
Ouvrez les portes du silence
La parole se tait.

Dieu nous parle par son absence, 
lorsque les mots ne pourraient pas.
L’Esprit souffle dans le silence, 
là où les mots n’ont plus de voix.


Suivez les sentiers de la peine : 
L’Esprit vient nous sauver 
Il est là, déjà il vous entraîne 
Où vous n’osiez aller.
Suivez les sentiers de la peine :
La parole se tait.

Passez au désert des souffrances 
L’Esprit vient vous guider 
Aux chemins de nouvelles naissances 
Vers des sources cachées.
Passez au désert des souffrances :
La parole se tait.

« Ouvrez les portes du silence, la parole se tait »

Abbaye de Sylvanès, Jean-François Ferraton, mai 2018

« Silence de Dieu qui rend la nuit plus noire »

Martin Basdevant

« Silence de Dieu qui ressemble à l’absence »

Pierre de Grauw

Commentaire

Partageons maintenant les mots, les prières suscitées par ces images et sons, à la suite de ce commentaire.

Ce jour, nous regardons le Christ en croix…
Et le chemin jusqu’à la croix semble suivre notre propre itinéraire.
Humilié, il n’ouvre guère la bouche. Jésus est ce grand prêtre, ce serviteur souffrant, qui accepte de prendre sur lui les épreuves de son peuple.
Tous ensemble, nous disons oui à la croix à travers cet enthousiasme populaire à accompagner les personnels soignants tous les jours à 20 h.
Nous portons aussi dans le silence de nos vies la douleur de ceux qui ont un membre malade et qui ne peuvent l’approcher en ces instants difficiles et/ou ne peuvent l’accompagner en sa dernière demeure.
Sur la croix, le Christ assume nos angoisses. Il assume la brutalité de la maladie et les difficultés à vivre une vie normale.
Dans le silence de sa croix, le Christ assume notre espérance.

José Mandiangu

Chant

BERGER DU SILENCE H 169 (N. Colombier)

Silence de Dieu, au jardin d’agonie,
Silence de Dieu, qui rend la nuit plus noire, 
Silence de Dieu quand la coupe est à boire
Tu es l’enfantement d’une autre vie
Où la mort est changée, un matin, en victoire
Dieu, berger du silence
Silence de Dieu, quand l’Arbre meurt en croix
Silence de Dieu, tu deviens cette sève
Silence de Dieu, qui vit et qui relève
Tu donnes le fruit mûr du Golgotha
Qui germe en son tombeau, se redresse et se lève
Dieu, berger du silence
Silence de Dieu, qui alourdit nos croix
Silence de Dieu, au temps de nos souffrances
Silence de Dieu, qui ressemble à l’absence
Tu es saison d’hiver et de vents froids
Où germe en notre sol, lentement, ta Semence
Dieu, berger du silence

Écouter : Berger du silence

Homélie

Le vendredi saint est le jour du grand silence. Seul jour où l’eucharistie n’est pas célébrée, et où le saint sacrement est absent des tabernacles. D’une certaine manière depuis quelques semaines nous expérimentons une sorte de « vendredi saint forcé », rien à voir cependant avec ce que nous vivons aujourd’hui.
Ce jour est celui de l’acquiescement au silence de Dieu. Dans la mort du Christ, Dieu semble quitter l’humanité. Pour les apôtres, il ne reste rien que l’absence de celui auquel ils ont cru, la déception et le désarroi devant leur espérance déçue. 
Vivre le vendredi saint c’est expérimenter cette absence, ce silence du tombeau fermé mais, à l’inverse des disciples, avec l’espérance profonde que nous donne le baptême. Marqués par la mort et la résurrection du Christ, chaque vendredi saint est pour nous l’occasion d’une écoute confiante de la Parole. Si nous lisons la Passion selon st Jean, ce n’est pas pour contempler le récit d’un supplice, mais parce que nous sommes convaincus que Dieu est présent dans sa Parole. 
Nous ne sommes pas seuls à partager cette conviction. Nos frères juifs nous enseignent cette présence. Heureux qui murmure sa loi jour et nuit dit le psaume 1. Peut-être avez-vous déjà croisé ces juifs murmurant la Parole. Le texte lui-même porte les mots, mais la Parole en tant que telle n’existe que proclamée, ou murmurée. 
Ce silence apparent du vendredi saint est pour tous l’occasion d’une redécouverte de la présence de Dieu dans sa Parole. C’est pourquoi, même seuls chez vous, prenez le temps de la proclamer ou de la murmurer, qu’elle résonne en vous comme la présence du Christ qui parle à chacun, qui accompagne ce jour de douleur vers la joie de la résurrection.
Le vendredi saint, jour de jeûne et de prière, jour d’écoute et de silence, est entre tous ce jour donné pour nous préparer à la joie de Pâques que nous fêterons demain soir. 
Vivons donc du mieux que nous pouvons ce jour comme une grâce qui nous est faite, et qu’au cœur de ce confinement il soit pour chacun comme une pause, comme une retraite choisie dans cette retraite forcée, comme un jour de paix et d’espérance au cœur de notre monde désorienté.

Alexandre Denis

Prières

– Le virus nous impose le désert.                
Toi le Christ, tu nous invites depuis si longtemps au désert pour plonger dans le silence de l’âme où se cachent les perles et les énergies de la vie. 
Là tu nous donnes rendez-vous.
– Le virus nous impose le désert.  
Toi le Christ, du haut de ta croix, tu nous convoques à lutter contre le mal, le malheur, la maladie, l’épidémie et les inégalités sociales si injustes. Là tu nous donnes rendez-vous.
– Le virus nous impose le désert. 
Toi le Christ, du haut de ta croix, tu nous invites à déserter les puissants de ce monde pour communier à la fragilité des vieux, des malades, des handicapés, des sans-toit, des exclus, des exploités. Là tu nous donnes rendez-vous.
– Sur le grand marché de la vente des armes, des produits de luxe destinés aux privilégiés, Toi le Christ, du haut de ta croix, tu nous invites à produire des masques en tissus destinés à tous. Là tu nous donnes rendez-vous.
– Le capitalisme sauvage a tout mondialisé, surexploité hommes, femmes, enfants en délocalisant ici pour produire là bas, et ce à bas coût, et ce pour la sacro-rentabilité, la sacro-compétitivité et le profit des seigneurs de la finance. 
Toi le Christ, du haut de ta croix, tu nous convoques au partage du travail, des décisions, des biens et des bénéfices. Là tu nous donnes rendez-vous.
– Après le désert imposé par le virus, reconstruirons-nous une autre société respirable, un autre monde où amour et justice s’embrassent ?
Toi le Christ, du haut de ta croix, tu nous donnes rendez-vous après le virus.

Pierre Castaner

Prions pour les migrants et leur famille. Leur souffrance rejoint celle de Jésus, car eux aussi, voyageurs sur cette terre, doivent porter une croix qu’ils ne comprennent pas. Ils vivent dans l’espérance d’une Pâque prochaine.
Prions plus particulièrement pour les mères de familles hébergées à Paris par l’association SNL, confinées avec un ou deux enfants dans une ou deux pièces.

Bernard Sadier

« On dit que tu nous parles mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles.
Les seules voix que j’entends, ce sont des voix fraternelles qui me disent les paroles essentielles,
mais si c’est toi, ô mon Dieu, qui m’offres ces voix, alors au coeur du silence et de l’absence,
tu deviens, par tous ces frères, parole et présence. Béni sois-tu ! »

Lytta Basset, Paroles pour un temps de vacance

Soulages
CatégoriesNon classé
  1. Monique Royer says:

    Fêter Pâques dans le confinement des personnes atteintes de troubles Alzheimer.
    Comment fêter Pâques dans ce double confinement ?
    Pour nous « les aidants » selon l’appellation courante, tous les textes, commentaires, poèmes parus sur le site de St Merry ont sûrement été un support extrêmement important, et pour moi, qui vit cette situation depuis longtemps, ceci est même l’essentiel. Alors un immense merci à vous tous qui faites vivre ainsi la communauté.
    Dans le confinement de la mémoire, reste bien souvent l’importance de l’instant présent qui permet d’apprécier la beauté de la nature, le parcours des nuages, la couleur du ciel… l’instant présent, c’est être heureux de chanter ensemble ou de regarder des documentaires sur la nature, sur la planète…, de vivre ensemble, de parler des enfants et de la famille, et c’est aussi de prier avec les paroles et les gestes restés inscrits dans la mémoire depuis l’enfance.
    Fêter Pâques pour nous ce sera donc avec vous tous, fêter la vie, fêter Jésus-Christ vivant pour toujours en nous.
    Monique

  2. Lucie says:

    Faire mémoire, oui, se souvenir de nos liens, les vivre et les imaginer pour le temps d’après…. jouer avec le temps… pétrir nos liens pour que la nouvelle forme advienne.
    Et pourquoi pas une célébration zoom sur fond de lutrin de st merry, communauté vivante, après avoir contemplé la béance, ouverte sur la mort qui n’est plus, être présent à ce qui advient. Ce qui advient en ce moment c’est faire vivre les liens grâce à internet. Nous sommes connectés de cœur et la matérialisation possible quand on est confiné chez soi ça peut être internet.

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