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VENDREDI SAINT. AU CHEVET DE L’HUMANITÉ BLESSÉE

Pour ce qui la concerne, l’Eglise redécouvre avec force sa vocation soignante. A quoi bon se soucier du salut de l’âme si celui du corps n’est pas pris en compte ? Il ne s’agit plus d’être simplement proches de malades dépourvus de consolation spirituelle comme autrefois. Le XIXesiècle avait été marqué par un vigoureux essor des « cornettes blanches ». En 1913, 28% du personnel des hôpitaux était encore constitué de religieuses. Il n’est plus question d’organiser désormais des « bataillons » de sages-femmes, d’aides-soignantes, de pharmaciens et de médecins chrétiens, pour générer une « contre-culture catholique de la santé ». C’est d’ailleurs, là aussi, l’expérience des camps de concentration qui avait aidé un jésuite, le Père Riquet, à éviter d’orienter les structures catholiques de la santé dans une aventure solitaire, perdue d’avance.

Du côté laïc, l’heure n’est plus non plus à la contestation du bien-fondé du point de vue chrétien ou à la minimisation de son approche éthique. Elle est perçue comme devant concourir au bien public.  La Consultation éthique nationale l’a montré. La pastorale de la santé est aujourd’hui reconnue. Elle est aidée dans son financement par l’Etat. Elle est considérée comme un partenaire crédible. Son expérience du soin, souvent dans les proximités les plus rudes à assumer, notamment actuellement les décès, participe de l’effort national. Au chevet d’une humanité blessée, la solidarité s’impose. Comme parfois le silence.

L’expérience contemporaine, notamment la crise du SIDA, a convaincu les responsables chrétiens qu’il valait mieux suivre des mesures d’intérêt public, tout en discutant pied à pied une approche purement basée sur la prophylaxie. Mais avec l’épidémie de coronavirus, un pas supplémentaire semble avoir été franchi. De part et d’autre, autorités étatiques et ecclésiastiques ont été dans leur rôle : produire de la réflexion, susciter des lieux de rencontre, provoquer un large engagement de tous les acteurs de la santé, échanger des informations vitales pour des décisions prises en commun. Et souvent aussi, se recueillir ensemble. 

Ainsi pour Paris, le choix du diocèse aura été d’affecter des prêtres disponibles et mobiles auprès des hôpitaux en tension. L’épreuve de la souffrance impose une dignité, un respect et un silence, qui malheureusement, dans les cas extrêmes, ne peut être que la seule réponse. 

Pour les chrétiens, cette expérience est celle du chemin de croix vers la lumière de la résurrection de Pâques. Après les attentats de 2001 – mais on aurait aussi pu le dire pour 2015 et aujourd’hui –  Sœur Emmanuelle avait commenté l’agonie de Jésus en croix,  en faisant cette prière : « A chaque heure du jour, ce jour, qui est aussi une nuit, des humains entrent dans la mort qu’elle qu’en soit la cause : maladie, suicide, attentat, accident… Pour les agonisants, Père des miséricordes, pitié ! Pour les victimes qui tombent dans les attentes, pour leur famille, Esprit de compassion et d’amour, pitié ! Aux auteurs des attentats, Père, pardonne -leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font ».

                                                                                   Jean-François Petit

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