« Viens vite, viens vite voir le ciel » 

« ...car tout change en quelques instants, trois minutes plus tard tout s’est éteint et c’est bientôt la nuit ». Dernier volet du journal de bord de Jean Verrier
à Figueres, salut à Dali
À Figueres, salut à Dali

Samedi 20 septembre. Nous rentrons d’une petite excursion qui alimentera un bref excursus dans cette chronique arlésienne. C’est que l’Espagne n’est pas loin d’Arles. À partir de Nîmes, des panneaux rappellent que l’autoroute A9, « La languedocienne », suit la Via Domitia, via Montpellier et Béziers. À Perpignan, la A9 devient « La catalane » et il n’est plus question de via Domitia, où sont donc passés les Romains ? Au bout de la route, la frontière, au col du Perthus, n’est qu’à 3 petites heures d’Arles. Mais quand on quitte l’autoroute à la hauteur de Figueres (salut à Dali) ou de Girona, c’est un dédale de routes secondaires à travers campagnes, roseaux et pinèdes, petits villages médiévaux, sites ibériques, grecs et romains.

un petit village qui affiche fièrement son identité catalane
« un petit village qui affiche fièrement son identité catalane »

Nous avions donné rendez-vous à de vieux amis espagnols à « Torre Valentina », un petit coin que nous avons découvert en 1968, au bout de la baie de Palamos. La tour a résisté comme elle a pu à l’invasion des constructions à l’allure brésilienne qui la dominent, et l‘actuel patron de l’hôtel est le petit-fils de celui de 68. Continuité. Ces amis espagnols, nous les connaissons depuis 1954, l’année de la condamnation des prêtres-ouvriers par Rome (mars), du bac (juin), du commencement de la guerre d’Algérie (novembre). Ils étaient alors membres de l’Action catholique ouvrière clandestine, certains avaient fondé une maison d’édition, clandestine elle aussi : Nova Terra. Depuis nous ne nous sommes jamais quittés, il y a eu des allers-retours entre Barcelone et Paris, puis Arles et Barcelone, un peu ralentis ces dernières années. Jeudi, Josep et Maria Montserrat sont venus depuis Barcelone (où Josep a été naguère maire du quartier de Sans) jusqu’à Torre Valentina, et nous sommes allés, aujourd’hui samedi, sur le chemin de notre retour à Arles, dans un petit village qui affiche fièrement son identité catalane, où Josefine, veuve de Lleonard depuis quelque mois, vit entourée de quelques enfants. Ils nous ont fait l’heureuse surprise d’être presque tous là, quatre enfants sur six, avec leurs conjoints. Une belle relève. Nous avions beaucoup à nous raconter et des projets à partager. Excursion géographique mais aussi plongée dans le temps, passé, présent, à venir.

une belle relève
« une belle relève »
une curieuse équipe
« une curieuse équipe »
Il ne reste qu’une barque amarrée le long du quai
« Il ne reste qu’une barque amarrée le long du quai »

Dimanche 21 septembre. Pendant notre absence, bien sûr, Arles ne s’est pas endormie. Vendredi dernier « l’Ambassadrice du riz », portant dans ses bras une gerbe nouvellement cueillie, a remonté le Rhône en barque jusqu’au quai Saint-Pierre de Trinquetaille où elle est montée sur un beau cheval camarguais, blanc comme il se doit, et s’est rendue à l’église entourée de gardians également à cheval. Aujourd’hui il ne reste pour nous qu’une barque amarrée le long du quai. Ce dimanche est aussi celui du Patrimoine : musées, monuments historiques, hôtels particuliers, sites urbains nouveaux sont ouverts au public. Il y a aussi, sur le boulevard, ce matin le corso de la fête du riz et cet après-midi la journée des associations. Pas de quoi s’ennuyer. En allant à la gare pour raccompagner notre amie Christiane, j’ai vu, sur un grand panneau prétendant résumer l’été arlésien qui s’achève, quatre noms qui forment une curieuse équipe : celui du photographe Lucien Clergue, celui du peintre Vincent Van Gogh, celui de l’architecte Frank Ghery, celui de l’empereur Jules César.

 

l’huis par lequel…
« l’huis par lequel… »
…on peut cadrer la façade de l’église
« …on peut cadrer la façade de l’église »
le système très sophistiqué 2
« le système très sophistiqué… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 22 septembre. Mon agenda indique « Automne » à la date du mardi 23 septembre. Ce lundi est donc le dernier jour de « l’été arlésien ». À l’étage, nous allons pousser le carré de bois sur l’huis par lequel on peut cadrer un morceau de la façade de l‘église. Au rez-de-chaussée nous fermerons les lourds volets, tricoterons derrière les barreaux le système très sophistiqué des différents crochets. Et comme pour donner à cette fin de chronique une touche hollywoodienne voici que s’annonce au-dessus des toits de la Roquette, bien visible depuis le fenestrou de la mezzanine, un de ces couchers de soleil qui fait dire au premier qui l’a vu : « Viens vite, viens vite, viens voir le ciel ! » car tout change en quelques instants, trois minutes plus tard tout s’est éteint et c’est bientôt la nuit.

Jean Verrier

Post-scriptum. Je tiens à remercier Pietro Pisarra qui m’a encouragé tout au long de cette chronique, a fait un choix judicieux parmi les photos que je lui ai envoyées, les a découpées et montées, a tout relu attentivement (après Marie), a donné un titre à chaque semaine, excepté celle-ci. 

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