« Visite à la Fondation Van Gogh »

Vincent, Manon, Jacqueline et les autres

« Van Gogh est partout à Arles et il n’est nulle part ». Mais il n’y a pas que Vincent. Manon, Jacqueline et les autres ont aussi leur place dans le journal de Jean Verrier

« ...et ils jouent à six mains du Mozart, du Rossini, du Rachmaninov »

Samedi 9 août. La douzième édition de l’événement « Les Rues en musique », organisé par le service culturel de la ville d’Arles, bat son plein. Ce soir, c’est sur la Place Paul Doumer à la Roquette que le « MNM Trio » nous offre ses variations musicales. Ils sont trois, ils n’ont qu’un piano, un grand piano à queue, et ils jouent à six mains du Mozart, du Rossini, du Rachmaninov, et quelques arrangements personnels. Nous nous sommes assis au café « La Medina » devant un thé à la menthe. Sous les tilleuls et le ginkgo biloba de la place, le public est nombreux. Des passants s‘arrêtent, des parents oublient un instant le bébé qui s’impatiente dans la poussette, des cyclistes mettent pied à terre, le sourire aux lèvres. Après-demain ce sera Ravel et Debussy dans le Hall de l’Hôtel de Ville, par des solistes de l’orchestre de Nice.

« Bon anniversaire Manon ! »

« on croise encore un de ces oiseaux de carton »

Dimanche 10 août. Manon, l’aînée de nos petites-filles arlésiennes, vit à Liège où elle est sage-femme.
Nous profitons de son passage à Arles pour fêter son anniversaire sur la terrasse de la maison de ses parents.
En montant l’escalier (où l’on a découvert récemment, sous le plâtre, l’inscription « 1672 » gravée dans la pierre) on croise encore un de ces oiseaux de carton peint qui ont tournoyé sous les voûtes de Saint-Merry à Pâques 2012. Depuis la terrasse on domine les toits de la Roquette, avec, en toile de fond, le clocher de Saint-Trophime et la tour de l’Hôtel de Ville. Bon anniversaire Manon !

« …en toile de fond, le clocher de Saint-Trophime et la tour de l’Hôtel de Ville »

« Visite à la Fondation Van Gogh »

« ...devant chaque lieu peint on a placé la reproduction du tableau et les touristes, dont beaucoup de Japonais, se font photographier »

Lundi 11 août. Visite à la Fondation Van Gogh ouverte dans ses nouveaux locaux, à deux pas d’Actes Sud, en avril dernier, avec une exposition temporaire jusqu’au 31 août. Il faut en profiter. Van Gogh est partout à Arles et il n’est nulle part. Nulle part parce qu’aucune des 200 toiles qu’il y a peintes entre février 1888 et mai 1889, un an avant sa mort, n’y est restée. On a compensé cette absence en convoquant des artistes qui s’en sont inspiré et en rassemblant des « produits dérivés » : stylos, magnets, cravates, parapluies, etc. Cette fois, Maja Hoffmann, qui a repris la Fondation, a obtenu le prêt d’une dizaine de toiles du maître, mais en septembre il ne restera plus qu’un autoportrait. Cependant Van Gogh est partout dans Arles : devant chaque lieu peint on a placé la reproduction du tableau et les touristes, dont beaucoup de Japonais, se font photographier en une curieuse mise en abyme. Et il est partout dans la lumière de ce pays qu’il trouvait « aussi beau que le Japon par la limpidité de l’atmosphère et les effets de couleur gaie ». C’est cela qu’il nous a aidés à voir, loin de toutes les « reproductions ».


« Van Gogh est partout à Arles et il n’est nulle part. Nulle part parce qu’aucune des 200 toiles qu’il y a peintes entre février 1888 et mai 1889, un an avant sa mort, n’y est restée. »


« Depuis le cimetière, nous voyons passer des gens, là-haut, sur le chemin de la digue : une dame qui promène son chien... »

Mardi 12 août. Le cimetière de Trinquetaille est en contrebas de la digue qui borde la rive droite du Rhône. Il paraît gardé par deux grands lions de pierre blanche, droits sur leurs pattes, qui annonçaient l’entrée du pont de l’ancienne ligne de chemin de fer Lunel-Arles. Depuis le bombardement anglo-américain d’août 1944, il y a juste soixante-dix ans, du pont il ne reste plus qu’une pile au milieu du fleuve, et ces deux lions sur chacune des deux rives. Depuis le cimetière où nous nous trouvons, nous voyons passer des gens, là-haut, sur le chemin de la digue : une dame qui promène son chien et une jeune fille qui fait son jogging.

« …et une jeune fille qui fait son jogging »

« Jacqueline (je ne connais que son prénom) est reconnaissable à son chapeau noir »

Mercredi 13 août. Beaucoup de personnes âgées du quartier qui ont des difficultés à marcher utilisent leur caddie comme un déambulateur. À toute heure de la journée on les voit remonter ou descendre la rue de la Roquette et se poser de temps en temps sur un des gros plots en pierre qui empêchent les voitures de stationner. Et là, que faire de mieux que de bavarder avec les passants ? Jacqueline (je ne connais que son prénom) est reconnaissable à son chapeau noir, « frais l’été, chaud l’hiver », me dit-elle. Son père était fermier à Mas Thibert dans la Camargue. Sur 90 hectares il cultivait le riz, un peu de blé, et les tomates. Il avait 18 ouvriers espagnols et 12 marocains. Ils mangeaient sur deux tables séparées, parce que les Marocains ne mangeaient pas de porc.

« On peut voir la maquette de la tour de 58 mètres en aluminium de Frank O. Gehry »

Jeudi 14 août. Nous avons encore plusieurs expositions de photo à voir dans ce qu’on appelle encore « les Ateliers de la SNCF », juste au sortir de la ville, mais que l’on appellera dorénavant le « Campus Luma », puisque Maja Hoffman, encore elle, a racheté tout l’emplacement pour en faire un complexe culturel. Plusieurs espaces, comme la Grande Halle, sont encore réservés aux Rencontres de la photo, et on espère qu’ils le resteront. On peut voir la maquette de la tour de 58 mètres en aluminium de Frank O. Gehry, l’architecte qui a construit le Musée de Bilbao, et sur le terrain on peut déjà en repérer les fondations. Arles vient de faire le choix « historique » de briguer une dimension internationale en faisant appel au mécénat, ce qui n’est pas du goût de tous les Arlésiens. Il faudra faire preuve de diplomatie et de pédagogie.

« …mais, ayant passé notre tête à l’intérieur du célèbre édifice roman, un peu comme ce personnage anonyme qui, sur le portail, glisse le bout de son nez derrière Trophime, premier évêque d’Arles…»

Vendredi 15 août. Nous pensions aller fêter Marie à la primatiale Saint-Trophime (12ème siècle) sur la Place de la République. Mais, ayant passé notre tête à l’intérieur du célèbre édifice roman, un peu comme ce personnage anonyme qui, sur le portail, glisse le bout de son nez derrière Trophime, premier évêque d’Arles, nous nous apercevons que la nef est occupée par des groupes de touristes. L’office a lieu à « la Major » (Notre-Dame la Major), à l’autre bout de la ville, dans le quartier de l'Hauture. C’est l’église qui renferme la statue de Saint-Georges et accueille gardians et arlésiennes en costume le 1er mai (mais ça c’est pour « un printemps arlésien »). La petite église est comble, célébrant africain, encens, kyrie, alléluia, apéritif à la sortie. De l’esplanade on peut voir au loin l’abbaye de Montmajour.

Jean Verrier​


« La petite église est comble, célébrant africain, encens, kyrie, alléluia, apéritif à la sortie »

« De l’esplanade on peut voir au loin l’abbaye de Montmajour »

2 Commentaires

  • Merci Jean de cet air d’Arles, toute la richesse d’une vie locale : de la vie quotidienne aux grandes oeuvres culturelles, nous sommes heureux de partager toutes ces expériences. Cela nous donne envie de partager aussi les surprises de notre vie de l’été…
    Anne

  • Merci Jean pour tous ces moments bien vivants de la vie à arles où je viens d’arriver. Je ne verrai pas la ville de la même façon, en la parcourant d’un photographe à l’autre! Et peut être nous y croiserons nous. Je vous embrasse. Marie José

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *