La décapitation de Samuel Paty professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine, l’assassinat de trois personnes dans la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption de Nice, au cri d’ « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand », en arabe), nous rendraient odieux le nom de Dieu, s’il n’y avait pas le fanatisme comme explication.  

Pour Adrien Candiard, dominicain et auteur d’un ouvrage sur le fanatisme (1), « celui-ci n’est pas la conséquence d’une présence excessive de Dieu mais au contraire la marque de son absence… il est aussi le fruit, parfois assez direct, de certaines théologies, de certaines conceptions de Dieu et de notre capacité à le connaître ». « Prétendre venger Dieu est une manière de le réduire à bien peu de chose. Elle relève d’une vision de Dieu tellement étriquée qu’elle n’a rien à voir avec Dieu… Cela revient à remplacer Dieu par soi-même en sacralisant sa propre identité, en absolutisant sa propre susceptibilité. »
Pour s’en sortir, « les théologiens musulmans l’admettent : tout seuls ils n’y arriveront pas. Ils ont besoin des historiens, des anthropologues, des sociologues et des psychologues pour produire une pensée islamique qui mette fin à cette religiosité folle à lier ». 

James Tissot, Caïn menant Abel à la mort, ca. 1896, © The Jewish Museum, New York

Mais de nos jours, il n’est pas que cette violence religieuse ; il y a aussi cette violence souvent enfouie, générée par un libéralisme excessif, celle engendrée par des systèmes politiques populistes et tyranniques, celle engendrée par des modes de fonctionnement sociétaux souvent séculaires y compris au sein de nos églises (je pense au cléricalisme, générateur des scandales de pédophilie, et tout autant du peu de considération des femmes et des laïcs comme membres à part entière du peuple de Dieu).

À cela, le pape François répond en publiant « Fratelli tutti », une sagesse de vie en commun qui s’adresse à tout homme. Cet appel à la fraternité, la lucidité pour en observer les obstacles, et la difficulté d’y répondre, vous sont proposés par plusieurs de nos contributeurs à cette lettre (André, Jacques, Jean, Guy, Laurent) et à travers nos recherches pour construire cette fraternité (Jean, Jean-François, Loïc, Michel).

Je conclurai avec le propos de Guy Aurenche : « La fraternité, une folie réaliste ». J’ajouterai : « violences » est au pluriel, facteur de division, fraternité est au singulier ; sa mise en œuvre réconcilie et réunit.

André Letowski

[1]Adrien Candiard, Du fanatisme. Quand la religion est malade, éditions du Cerf, Paris, 2020.

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André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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