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Vivre la communauté dans la diversité

Comment éviter un repli communautaire et vivre une communauté enrichie par la pluralité de ses membres ? Tel fut le propos de Jean-François Petit, le dimanche de Pentecôte à Saint-Merry.

Vous le savez, la question religieuse en France est devenue aigüe. Certains abritent derrière la religion des revendications et des prétentions politiques, au risque de vouloir imposer leur loi et de légiférer pour tous. Pour d’autres, la laïcité serait, sous une forme quasi intégriste, devenue l’identité exclusive de la France, comme si notre pays n’avait pas à s’enorgueillir d’un patchwork aussi imposant de religions, où chacun, quelles que soient ses convictions religieuses (ou non), peut vivre une liberté d’expression et de culte, dans des traditions et des formes de vie diverses, tant que cela ne nuit pas à la vie commune.

N’est-ce pas justement ce que nous rappelle la Pentecôte, qui, comme on l’a dit est « l’anti Babel » ? La pluralité des langues humaines n’empêche pas, mais bien au contraire, permet aux humains de chercher à se comprendre, sans croire trop vite qu’ils se comprennent… car une société où les langues et les religions auraient fusionné et été ramenées à une seule ne serait plus une société humaine.

Ne cherchons donc pas trop vite à réduire la pluralité des langues et des traditions qui fait honneur à un pays comme le nôtre. Il y a plus de 20 ans, dans la fameuse Lettre aux catholiques de France, les évêques ont lucidement accepté la pluralité des religions.

Je voudrais souligner que cette conversion, initiée par les évêques, reste encore à vivre. Certes il est parfois difficile de sortir d’une attitude consumériste, de fonder des engagements durables, ce qui a pour conséquence l’absence de renouvellement des équipes.

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Mais l’interpellation de la Pentecôte nous bouscule aujourd’hui en prônant un modèle d’incorporation à la communauté qui valorise l’expérience personnelle et l’accompagnement dans l’écoute de la Parole de Dieu et a fortiori dans la catéchèse ou le service du prochain, la vie fraternelle…

La communauté n’est pas un lieu de résorption des différences ou d’alignement, mais au contraire un lieu de formation intégrale, d’initiatives partagées, de transmission des questions et des convictions de foi. Elle est aussi le lieu où l’on peut pacifiquement aussi se laisser bousculer dans ses manières de vivre et de croire, un peu comme y invite ces derniers temps Laudato Si

Arrivera-t-on un jour à avoir en Église des communautés qui permettent la rencontre proche, le vis-à-vis authentique, qui ne trient pas les interlocuteurs en fonction de leur état de vie ou leur engagement, en n’imposant pas d’avance des rythmes contraints, des fidélités exclusives, des régularités strictes ?

C’est bien d’abord le vécu communautaire qui peut faire signe, pour que les gens se rendent compte que le message transmis par l’Église est bon pour eux ? C’est sous le mode de l’unité dans la diversité que l’ont vécu les apôtres. Dans un contexte de pluralité de la société où une parole unique n’est plus audible, n’a-t-on pas à regarder et vérifier régulièrement ensemble comment la diversité des propositions mais aussi des charismes et des ministères est bien une chance dans une communauté pour favoriser la confiance, la coopération et la coresponsabilité mais surtout pour rejoindre chacun dans la singularité de sa quête.

L’atout de l’Église et de sa tradition, c’est bien de proposer une pluralité de modèles à travers des vies vécues, comme autant de façons de répondre au même appel du Christ.

Jean-François Petit

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