Voir et lire la naissance

Pourquoi, dans ce « beau livre d’art » intitulé "Célébrer la naissance", les reproductions sont-elles si caressantes au regard, si chaudes au cœur, si tendrement exaltantes à l’esprit ?

Je suis souvent déçu par les reproductions de tableaux et par celles qui se trouvent dans les catalogues d’exposition. Pourquoi, dans ce « beau livre d’art » intitulé Célébrer felix-vallotton-moonlight_clair-de-lunela naissance (Le Seuil, 2007), les reproductions sont-elles si caressantes au regard, si chaudes au cœur, si tendrement exaltantes à l’esprit ? Piétas ou Vierges à l’enfant de Giotto, Boticelli, Georges de la Tour, Gérard David, Van der Weyden…, mais aussi paysages d’eau, de nuit et de lumière de Monet, Hokusai, Vallotton…, tous ces tableaux sont hardiment et habilement recadrés, « revisités » comme on dit aujourd’hui. Et puis, ici ou là, voici la photo d’un nouveau-né en diptyque avec le détail d’un tableau. En pleine page, grand format, la qualité de la photogravure est exceptionnelle. Au second feuilletage on accroche un texte isolé sur un grand espace blanc ou un autre qui court sur plusieurs pages, parfois un dialogue. Je ne savais pas que l’auteur de Pour une naissance sans violence (1974, réédité en Points Seuil en 2001), Frédérick Leboyer, gynécologue et obstétricien, était amateur d’art et poète. Il est aussi éloquent débatteur, conteur, humoriste. Le livre commence par un dialogue à la manière de Platon entre le narrateur et un interlocuteur ou interlocutrice anonyme, dialogue au cours duquel Frédérick Leboyer corrige les clichés, les dérives, les contresht_30.95.280ens du discours sur « l’accouchement sans douleur », et il se termine par le récit d’une naissance lue à travers l’histoire d’Ulysse prisonnier de la caverne de la 51J9gCPwl4Lbelle Calypso. Entre les deux, Leboyer raconte les amours de la déesse Ursavi et du roi Porouravas, il fait parler les personnages des tableaux, il critique librement celui de Fiori qu’on peut voir au Prado : « ce petit, comme il est donc mignon !… les contresens, les niaiseries sont de tout temps » pour lui opposer, à la page suivante, une nativité du Maître de la mort de Saint-Jean à la National Galerie de Londres : «Ah, par bonheur, à nouveau un vrai peintre ! ». Le texte reste en retrait, tout part de l’image et toujours y revient. Bien sûr, outre les amateurs de belles choses, ce livre intéressera particulièrement les mamans, futures et confirmées, le personnel des maternités, et tous ceux qui ont la chance d’accueillir dans leurs bras un nouveau-né. Mais je viens de l’offrir à un ami, nouvel octogénaire, à l’occasion de son anniversaire,  car l’on peut naître à tout âge sans avoir à retourner dans le ventre de sa mère ainsi que l’enseigne Jésus au vieux Nicodème, au chapitre 3 de Saint-Jean. Une dernière information pratique: ce livre rare se trouve actuellement (avril 2014) chez le soldeur Mona Lisait, à deux pas de l’église Saint-Merry. Courez-y vite !
Jean Verrier

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