Voyage en Israël et Palestine

«Au retour d’une semaine à Jérusalem, en Israël et en Palestine, on reste frappé du contraste entre deux mondes, l’occidental en Israël et l’oriental à Jérusalem et dans les territoires occupés ». Par Jacques Denantes

Un barrage à Jérusalem (1)Inin le marché (1)Au retJeru porte Damas (1)our d’une semaine à Jérusalem, en Israël et en Palestine, on reste frappé du contraste entre deux mondes, l’occidental en Israël et l’oriental à Jérusalem et dans les territoires occupés. D’Israël nous avons vu le réseau routier bien entretenu, la signalisation impeccable, le civisme des conducteurs, les embouteillages du soir après le travail, les sites archéologiques comme Beit Shean ou les villes musées comme Saint Jean d’Acre, les uns comme les autres visités en groupes par les écoliers et les retraités. Mais nous avons passé plus de temps dans le monde oriental, dans la vieille ville et les quartiers est de Jérusalem, en Palestine occupée, à Jenin, à Hébron et à Naplouse. Ces deux dernières villes sont les deux plus importantes cités de Palestine et leur situation nous est apparue très contrastée : Hébron est entourée et occupée en son centre par des colonies Israëliennes, alors que Naplouse ne connaît de l’occupation que des incursions militaires ponctuelles. Il est intéressant de comparer ces deux villes pour essayer de comprendre ce qui se passe à Jérusalem où la situation, déjà tendue lorsque nous y étions, ne semble pas s’améliorer.

 

Hébron, la ville asphyxiée

            J’étais passé une première fois dans cette ville en 2009 et nous étions cette fois encore accueillis par un ménage franco-palestinien, qui anime un centre culturel français. L’histoire d’Hébron remonte à la plus haute antiquité : la ville est réputée lieu de sépultureHebron barbelés (1) de Abraham, de Sarah, de Isaac et de Jacob. Les quartiers anciens ont été construits entre les 13è et 16è siècle, le principal monument étant le Mausolée des Patriarches construit par les Turcs sur le  site d’une basilique byzantine devenue mosquée, puis église puis de nouveau mosquée en fonction de la religion des conquérants qui se sont succédé jusqu’au début du 20é siècle. La ville est en Palestine mais en 1994, un colon a ouvert le feu et tué 29 personnes dans la foule des musulmans qui priaient dans la mosquée, à la suite de quoi il a été décidé de séparer les accès au Mausolée et les lieux de prière des juifs et des musulmans. La colonisation a continué à se développer, à la fois autour et à l’intérieur de la vieille ville. Cela s’est traduit par des bâtiments entourés de barbelés, des rues barrées, des espaces interdits parce que réservés aux colons ou pour simple raison de sécurité. Le cimetière borde la vieille ville, mais son accès direct est condamné, ce qui nécessite un long détour pour y accéder. Certains toits des maisons arabes sont occupés par des gardes armés payés par les colons. Des voies reliant les colonies extérieures à celles dans la vieille ville sont réservées aux colons, les arabes se voyant interdits de les emprunter et même de les traverser. La ville est militairemenHebron Palestinien jibéré (1)t occupée : nous avons assisté à la fouille d’un jeune homme par une escouade de soldats très jeunes. Est-ce à cause de notre regard insistant ? Toujours est-il qu’au bout de quelques minutes, ils l’ont relâché et sont partis.

Je conservais de mon précédent séjour le souvenir d’une grande activité dans les souks. Nous avons cette fois parcouru des marchés où la moitié des boutiques étaient fermées. Hébron est devenu pour les Arabes une ville sans espoir, que les jeunes abandonnent et dont ils risquent d’être un jour dépossédés.

 

Naplouse, une ville dynamique

            Le contraste est grand avec Naplouse, l’ancienne Samarie, où aucune occupation militaire permanente ne perturbe l’économie. La population est comparable à celle de Hébron. Le site est celui d’une vallée encaissée. Notre court passage nous a permis de constater une vitalité débordante, vitalité des souks de la ville ancienne, vitalité du centre ville où jaillissent les Naplouseimmeubles de grande hauteur, vitalité des coteaux sur les pentes desquels se multiplient les immeubles de logements, vitalité de la circulation des voitures et des piétons.

Naplouse est une ville orientale très active comme peuvent l’être Tunis ou Beyrouth, ou comme peuvent l’avoir été Alep ou Homs.

 

 

Que se passe-t-il à Jérusalem ?

Comme le tombeau des patriarches à Hébron, l’Esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le Mont du TJeru soldats (1)emple, est un lieu saint pour les deux religions. L’accès en est sévèrement contrôlé, les musulmans étant actuellement seuls autorisés à y exercer une activité religieuse. On y trouve la mosquée du Dôme, construite au 7è siècle par le Calife Omar, le premier successeur du prophète et la mosquée El Aksa, un beau monument du 13è siècle. Aux juifs est réservé l’accès du Mur des Lamentations qui supporte l’Esplanade. Les archéologues ne cessent de rechercher des vestiges du temple de Hérode rasé par les Romains au début du premier millénaire, mais sans résultat jusqu’à maintenant.

Jérusalem est divisé en quartiers juifs et arabes, mais une lente colonisation menace d’y recréer la situation d’Hébron. Les acteurs en sont des intégristes qui s’implantent dans la vieille ville et dans les quartiers périphériques arabes. Ils ont l’appui du gouvernement qui vient de décider l’implantation d’une colonie importante dans le quartier arabe de Siwan, où se produisent actuellement des incidents. Comme à Hébron, des milices privées s’installent sur les toits de la vieille ville. Les intégristes revendiquent l’accès à l’Esplanade comme lieu de prière pour les juifs, la moquée d’El Aksa devenant lieu de prière partagé comme  le Mausolée d’Abraham à Hébron. Ils le revendiquent ouvertement et ils veulent l’imposer par la force. Ils ont l’appui du gouvernement d’Israël qui, refusant le reconnaître un droit des Palestiniens sur Jérusalem, multiplie les obstacles à leur accès dans la ville. Ceux qui, travaillant à Jérusalem, habitent dans lles barbelés (2)es villages d’alentours doivent passer par des check-points où le temps d’attente peut atteindre plusieurs heures suivant le climat des relations et l’humeur des préposés au contrôle.

Pour les Palestiniens, il s’agit d’un processus d’élimination où ils reconnaissent celui déjà en cours à Hébron. L’âge moyen de la population étant de 17 ans, on peut craindre que les jeune
s ne voient d’autres moyens que la violence pour résister.
Jacques Denantes

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