«Vraiment cet homme est le fils de Dieu»

Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Colijn de Coter (1450/55-1522/32), Pietà, Rijksmuseum, Amsterdam
Colijn de Coter (1450/55-1522/32), Pietà, Rijksmuseum, Amsterdam

29 mars 2015
Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur
Année B

 »  Ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha,
ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire)….
Alors ils le crucifient,
puis se partagent ses vêtements,
en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin)
lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation
portait ces mots :
« Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits,
l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;  ils disaient :
« Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes,
en disant entre eux :
 « Il en a sauvé d’autres,
et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ;
alors nous verrons et nous croirons. »
 Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. « 

                                                                                                                                    (Mc 15, 22 – 32)

Lectures
 « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Méditation. L’entrée de Jésus à Jérusalem (Mc 11, 1 – 10)

La foule est en marche, grouillante, joyeuse. Ils sont tous là, ou presque, les disciples de la première comme de la dernière heure,
Ils suivent ce Jésus de Nazareth dont les paroles, les gestes, les silences, les absences, les ont surpris, fascinés, bousculés, nourris, dérangés aussi! Ce Jésus qui est venu apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération. Toujours en marche, de préférence avec les humiliés, les exclus d’une société hiérarchisée, cléricalisée, elle-même colonisée.

Comment ne pas marcher à sa suite! Il est le Messie politique providentiel qui restaurera le Royaume de David, royaume qui s’étendait …et s’étendra de nouveau…de la mer jusqu’au Fleuve, comme il est écrit dans le premier Livre des Rois.

Dans cette foule en marche, il y a ceux qui ont un nom comme l’ex-aveugle Bartimée fraîchement miraculé et qui monte maintenant de Jéricho avec Jésus et ses compagnons. Il y a ceux qui n’ont pas de nom …ou plutôt ceux que les auteurs des Evangiles en bons pédagogues ont choisi de ne pas nommer : la Samaritaine, la femme adultère, le centurion romain, les disciples d’Emmaüs…

Tout le monde marche …dans la joie …dans l’espérance… dans l’illusion aussi! Et en premier, les douze apôtres. Les fils  de Zébédée viennent même de présenter – quelque peu maladroitement – leur candidature pour un poste prestigieux dans un futur gouvernement. Quelques uns, plus lucides, sont partagés entre espoir et peur…Ils gardent en mémoire les paroles encore récentes du Rabbi qui parlaient d’arrestation, de torture, de Passion et de Résurrection.

Suivre quelqu’un qui a une parole si libre, une parole si vraie, c’est aussi prendre quelque risque…risque de grandir en humanité…risque de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Comment cela va-t-il finir? Judas, lui, a sa petite idée…

Sont là aussi les services secrets du Temple. Les oreilles, les yeux bien ouverts. Ils sont étonnés du nombre de marcheurs et de leur enthousiasme! Mais, cette foule ne semble pas dangereuse pour les maîtres de la caste politico-religieuse habituée à surveiller ces illuminés qui s’autoproclament Prophète ou mieux Messie. La maladie devient presque épidémie ces derniers temps. Non! La grande révolte des Juifs n’est pas pour demain.

Avec ce marginal, venu de Galilée,  monté sur un bourricot, qui s’est autoproclamé Fils de Dieu? Non! Vraiment, les zélotes ont fait une erreur de casting.

Les zélotes, ces partisans de la lutte armée, sont aussi là et bien là, Judas en tête. Ils pensent  justement l’inverse. Ce leader charismatique est l’homme de la situation. C’est le moment opportun pour la libération tant attendue! Les groupes armés zélotes se recrutent dans toutes les strates de cette société où les courants politico-religieux aux rites figés sont déstabilisés par des mouvements messianiques divers, lieux de recrutement privilégiés pour ceux qui s’impatientent…

En poussant un petit peu, du bon côté, au bon moment, ce Jésus le Nazaréen, ce gentil naïf à la bouche d’or, le peuple se soulèvera comme au bon vieux temps des Macchabées. Les armes parleront. L’occupant sera chassé au delà de frontières sûres et reconnues. Le Royaume de David sera restauré. La pureté du peuple juif préservée, la culture juive hors de danger. On est si proche de l’avènement d’un large Front national qui nous sauvera de l’étranger!

Encadrant cette foule en mouvement, les soldats de l’armée d’occupation. Sous leurs armes, ils ont chauds et surveillent cette foule hétéroclite. Quelle invention, ces pèlerinages ! Quel business aussi! La soldatesque ne voit pas, dans cette foule en marche, ces personnes venues de toutes les périphéries géographiques, ethniques et religieuses dont beaucoup de blessés, de grands blessés de la vie. Personnes assoiffées de reconnaissance, de dignité, d’une  vie simplement humaine. Personnes dont le premier bonimenteur pourrait troubler le discernement et les entrainer sur un chemin mortifère.

Je peux me tromper mais je crois voir, dans ces marcheurs, plus de Kouachi ou de Coulibaly que de Charlie! Il ya aussi les Lassana Bathily, pratiquant déjà la fraternité universelle quelque soit le lieu, les circonstances. Il y a les Latifa Ibn Ziaten, ces mères qui ont déjà pardonné aux meurtriers de leurs enfants.

Il y a aussi ceux qui refusent d’être plus longtemps complices de la violence de la société, qui refusent d’égrener au quotidien la liste de leurs petites lâchetés qui laissent le coeur vide. Ils ont choisi de quitter un confort matériel, spirituel pour un vivre ensemble où liberté, fraternité, justice, tendresse et joie se conjuguent… Ce Jésus les aimante!

Dans cette marée humaine,  les soldats trouvent qu’il y a aussi beaucoup de femmes, beaucoup d’enfants. Trop certainement! Est-ce bien leur place? le danger n’est jamais très loin et les plus faibles sont toujours les premières victimes.

Les soldats de cette armée d’occupation continuent de regarder avec mépris ce peuple connu pour se crisper sur son identité, qui refuse la politique de paix et de progrès de Rome, qui refuse une généreuse politique d’assimilation, tolérante et universelle … où tous les dieux de tous les peuples sont les bienvenus!..

Tout à l’heure, ces soldats rejoindront leur garnison, la Tour Antonia qui domine le Temple de Jérusalem. Un drapeau y flotte, orgueilleux et dominateur. Tout le monde y reconnait  le fier emblème de cette légion – un sanglier! – animal impur s’il en est pour un Juif. A chacun son humour. Le dialogue des civilisations n’est pas encore à l’ordre du jour…

Parmi ces soldats, un centurion. Il ignore encore que lui et ses hommes seront désignés pour mener bientôt un homme vers le châtiment suprême réservé au dernier des parias, cet homme, ce Jésus de Nazareth qui vient justement de passer devant lui et l’a peut-être vu, ce Jésus dont il s’entendra dire, au pied de la croix, lui, le païen :  » Vraiment, cet homme était Fils de Dieu!  »

Jean-Marc Noirot 

 « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)

 

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