Vu de Côte d’Ivoire

La grisaille règne en France ? Qu’à cela ne tienne : un séjour en Côte d’Ivoire permet de retrouver quelques convictions bien pesées. Invité pour plusieurs conférences à l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest à Abidjan, j’ai pu mesurer le chemin parcouru depuis la crise survenue au lendemain de l’élection présidentielle de novembre 2010. Rappelez-vous : devant les caméras du monde entier, le 3 décembre, un représentant du Front Populaire Ivoirien avait arraché des mains du secrétaire général de la Commission électorale indépendante les feuilles de résultats du vote. On sait ce qu’il advint : le président Gbagbo, refusant de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara, fut pris dans son bunker et livré à la justice internationale. Il est aujourd’hui en attente de jugement. Un de ses fidèles partisans vient d’être lui aussi transféré pour être jugé. On estime que les conflits firent 3000 morts. Aujourd’hui, plus de 170 personnes sont poursuivies par les tribunaux. La lutte contre l’impunité a fait des progrès. Surtout, la Côte d’Ivoire renaît rapidement de ses cendres. Ponts, routes, développement de nouveaux quartiers… le dynamisme du « poumon » de l’Afrique de l’Ouest est palpable. Mais parler de « vérité, réconciliation, pardon » sur des plaies non cicatrisées est encore délicat. Beaucoup de responsables intellectuels (et hélas ecclésiaux) se sont laissés emporter par la tourmente de haine, de mensonge, de xénophobie, l’ethnonationalisme. Alors, comment continuer un chemin vers l’apaisement ? Assurément, le soutien au développement, aux libertés publiques, à la société civile est prioritaire. Mais la qualité d’une démocratie se réserve aussi au traitement qu’il réserve à ses minorités. Sans formation des consciences et incitation au dialogue, il est à craindre que les rancœurs renaissent. De ce point de vue, plus que de bonnes paroles d’encouragement, la Côte d’Ivoire a besoin de solidarités effectives, d’authentiques acteurs de réconciliation et d’une vraie lutte contre tous les radicalismes religieux. La renaissance – dans ce pays comme dans d’autres parties du continent – passe désormais par là.

 

Jean-François Petit

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *