Il y a 33 ans, les Restos du Cœur naissaient à Saint-Merry

Cette histoire a été relatée dans un article de Jean-Baptiste Harang du journal Libération daté du 14 janvier 1995. Dix ans après la naissance des Restos du Cœur, le journaliste dresse un portrait de Marie Dumas « qui ne supporte pas l'injustice sociale » et se retrouve comme présidente « héritière morale d'un clown généreux [Coluche] et cantinière d'un demi-million de repas chaque jour ».

1985, les enfants de Marie ne sont plus scolarisés, fini les parents d’élèves, Marie Dumas a cinquante ans, elle s’apprête à s’inscrire en socio, à Nanterre. Depuis plus de dix ans, cette chrétienne fait avec d’autres l’accueil des plus déshérités en l’église Saint-Merry, à Beaubourg, cette paroisse de Paris sans territoire que Monseigneur Marty a ouverte à tous. Marie Dumas sourit : « Je crois bien que Coluche ne l’a jamais su qu’on est des cathos, je ne pense pas qu’on ait voulu le cacher, non, c’est comme ça. Si vous pouviez éviter l’expression de chrétiens de gauche, on disait à Saint-Merry : Evangile et Politique, c’était un groupe de réflexion. » Il faut dire que cette même année 1985, aux antipodes de la Banque de France [où le mari de Marie Dumas avait un poste de directeur] et de l’évêché, un dénommé Coluche s’est mis en tête de donner à manger à ceux qui avaient faim, concrètement et en nature, et pourquoi pas les surplus de la CEE. Coluche comprend vite que l’ affaire ne peut être gérée par un saltimbanque ; le cabinet d’Henri Nallet, alors ministre de l’Agriculture et intéressé par le projet, le met en rapport avec Paul Houdart, un gestionnaire retraité des huiles Lesieur, bénévole d’ ATD-Quart-Monde. Houdart accepte et amène son équipe : Francis Bour, Jacques Mariette et Marie Dumas, quatre piliers de l’église Saint-Merry. Et qui sont encore aujourd’hui, avec Claude Beaurin, Bernard Contensou et Philippe Marescaux, les sept piliers des Restos du Cœur (Marie Dumas n’accepte de parler d’elle qu’à condition que l’on cite tout le monde, ou presque puisqu’ils sont 20.000 bénévoles ). L’an dernier, Paul Houdart, à 78 ans, renonce à la présidence, il se consacre aujourd’hui à la Péniche du Cœur, une halte de 72 lits qui doit ouvrir ces jours -ci en face de Bercy. Marie Dumas lui succède.
Elle n’est pas à proprement parler une gestionnaire : « À la Banque de France on apprend qu’avant de mettre un document à la poubelle, il est prudent de le photocopier. Ce n’est pas mon genre, je suis plutôt esprit Coluche, gouaille, fantaisie, rigueur et entorse au règlement. Très vite, pour inscrire les bénéficiaires, on a été contraint d’instaurer un barème, une sorte de contrôle pour éviter les abus, je me souviens que j’étais contre, il vaut mieux donner un repas de trop que refuser à celui qui en a besoin. J’étais allée voir l’imprimeur pour lui redemander de retarder l’impression des cartes et faire reculer l’échéance des contrôles. En fait, c’est inéluctable. » Marie Dumas assume la présidence, organise, règle les conflits, elle passe quatre jours chaque semaine au siège de la rue Lafayette, sous une curieuse carte des voies navigables dans le nord de la France et rejoint chaque week-end monsieur Dumas à Narbonne : « Au fond de moi, j’aime l’interdit, cela me coûte ce devoir de serrage de boulons, j’aime le terrain; chaque fois que je peux, je visite un centre et je retrouve le geste : distribuer la nourriture. Vous savez, c’est très gratifiant de donner à manger, n’oubliez pas que je suis une mère méditerranéenne. »

Extraits du portrait à retrouver dans sa totalité sur :
http ://www.liberation.fr/portrait/1995/01/14/marie-dumas-la-cantiniere-aux-cinq-cent-mille-bouches_119989

Tags from the story
,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *