Sébastien Stoskopff, « Corbeille de Verres », Strasbourg, 1644. Copie de Mireille Berbonde

ÇA VA BIENTÔT FINIR…

« Tout ce qui a commencé, il faut bien que ça finisse », écrit Jean Tardieu. « La maison sous l’orage, le bateau dans le naufrage, le voyageur chez les sauvages ». Et ajoutons le confinement de l'âge. La chronique de Jean Verrier

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir », Samuel Beckett, Fin de partie.
Faut-il poursuivre cette « chronique d’un confinement » devenue chronique d’un déconfinement ? Sous la menace d’un reconfinement ? Et le monde d’après ? Sera-t-il un autre monde, plus juste, plus fraternel, plus respectueux de la Terre et des hommes ? Ou le même ? Ou pire ? Qu’est-ce qui commence, qu’est-ce qui finit ? 
En ces temps incertains ces questions font resurgir les mots des poètes, les mots appris « par cœur », la mémoire vive de lectures enfouies. En voici un petit florilège : 

D’abord Christian Bobin : 
L’arbre est devant la fenêtre du salon. Je l’interroge chaque matin :« Quoi de neuf aujourd’hui ? » La réponse vient sans tarder donnée par des centaines de feuilles : « Tout. »

Et puis Jean Grosjean qui me fait sourire et rêver de prochaines vacances : 
La belle saison s’avançait avec l’allure bringuebalante d’un char à bancs.

En peu de mots Marie Huot elle aussi me redonne confiance :
Le printemps ça vient toujours.
Un jour c’est aujourd’hui.

Bon, mais attention, me dit Pierre Dumayet :
On peut être aux pieds d’une porte d’entrée et se gourer complètement sur l’avenir.

Alors, un conseil de Jean Tardieu, facétieux et résigné :
Tout ce qui a commencé, il faut bien que ça finisse : la maison sous l’orage, le bateau dans le naufrage, le voyageur chez les sauvages (…)
Moralité : Si vous ne voulez rien finir, évitez de rien commencer.

Sur un mode plus grave, Philippe Longchamp ne retient que le désir :
Voyageur, un jour on plie bagage. Le fallait bien ! Et quoiqu’on décide c’est toujours trop tôt. Ainsi, on est venu désirant, on repart idem. Ainsi, le temps reste aiguisé.

Un jour, l’ami a donc plié bagage. Sans que je le sache. C’est arrivé plusieurs fois pendant ces mois d’isolement. Me reviennent alors les mots de Colin Evans : 
Il y a bien toujours une première et une dernière fois. Mais c’est beaucoup plus tard que l’on apprend, en un éclair, que ce baiser donné en passant, ce verre pris à la hâte, ce « on se rappelle au téléphone », c’était cela la dernière fois. Et depuis, silence. Souviens-toi que dans ces moments innombrables, le début et la fin cohabitent, et chaque instant est dans le présent de Dieu.

…dans le présent de Dieu.

Jean Verrier


Merci à Mireille Berbonde pour ses bouquets

2 commentaires

  • « Est ce ça va bientôt finir… ?
    En tous cas Jean, continue de nous composer de si beaux bouquets de paroles poétiques, paroles si bien choisies parmi ces poètes et écrivains que nous aimons, paroles que j’ai le plaisir de murmurer en écho. Tu nous les offres, tu nous ouvres un ravissant jardin où Mireille peut choisir, comme elle sait si bien le faire, les fleurs qui habiteront notre église de St Merry, selon chaque évènement.
    Une méditation, des questions sur la fin d’une étape que chacun se pose. Merci !

  • Merci à Jean pour son florilège de beaux textes bien illustré par les bouquets de fleurs de Mireille exposés à St Merry. Et pour le tableau en entête de l’article

    Yvonne B

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