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Carême… un mouvement vers la vie

Le carême n’est pas le confinement

Et pourtant cette année, ça y ressemble ! Avec nos masques nous avons « des faces de carême », peu attirantes. La fermeture des restaurants impose des « privations » de Carême. Les personnes présumées trop fragiles ou potentiellement dangereuses sont contraintes à la quarantaine, au carême. Les mesures de distanciation sociale, la crainte de l’autre, nous séparent et rejoignent des « mortifications » trop souvent associées au Carême.

Vers la vie

L’Église propose aux chrétiens de se préparer à la fête de Pâques en vivant de manière particulière les 40 jours (le mot Carême vient de là) qui précèdent l’événement.
Pâques est la fête de la victoire de la vie sur la mort. Le carême est marche vers la vie non vers le repli sur soi-même. Rien à voir avec le confinement. La prière, le jeune, l’approfondissement personnel, sont recommandés non pour isoler la personne mais au contraire pour lui permettre d’être davantage en relations, avec elle-même, avec les autres, avec Dieu.

La rencontre avec Dieu

Peu avant de commencer sa vie publique, Jésus « part en Carême » au désert pour 40 jours. Il quitte ses habitudes, sa vie d’avant et se met en route ou plutôt il se rend disponible à la mission qui lui est confiée : annoncer la Bonne nouvelle de l’amour du Père. Le récit des tentations auxquelles Jésus fut soumis au désert n’insiste pas sur les privations ni la mortification, mais sur la pleine révélation du Père dont Jésus sera le porte-voix, le bien-aimé parmi les hommes. À travers les tentations naît un mouvement, une découverte : la toute-puissance de Dieu ne conduit pas à l’idolâtrie. Le pouvoir de Dieu n’est pas domination écrasante ! Pendant ce carême, Jésus rappelle aussi la grandeur de l’homme : les besoins de la personne ne se limitent pas à la nourriture. Certes elle ne peut se passer de pain, mais elle n’est pas réduite au seul besoin de pain. Pendant ce carême l’homme est appelé à renoncer à certaines consommations, non par esprit de pénitence mais pour se libérer des habitudes et effectuer un déplacement vers un autre, le Tout-Autre.

La rencontre avec les autres

Le temps du carême est bien un mouvement. Le pape François espère pouvoir se rendre en Irak. Il pourra réconforter les « chrétiens d’Orient » qui souffrent tant. Mais pas seulement !  Ce voyage souligne, en temps de carême, l’importance de la rencontre avec des communautés différentes. Le pape devrait rencontrer le grand ayatollah chiite, Sistani. Ce projet de voyage invite tous les croyants en Dieu, à la rencontre avec les plus pauvres, les blessés de l’humanité. François, en choisissant une nouvelle fois de privilégier un pays pauvre et meurtri, indique dans quelle direction il faut nous diriger : vers les périphéries de la société et du monde.
Par ailleurs l’Église de France attire notre attention sur le partage avec le frère étranger, celles et ceux qui manquent de tout, au loin, et que la pandémie affecte encore davantage. La campagne de carême du CCFD-Terre solidaire [1] invite à rejoindre, dans de véritables partenariats, plus de 600 groupes qui à travers le monde ne se résignent pas à voir les populations vivre dans la misère. Rencontre avec Norbert qui au Congo (RDC) lutte contre la pollution des terres cultivables causée par l’exploitation pétrolière. Avec Cecilia qui, en Équateur aide les enfants à grandir. Avec les chrétiens Katchin qui en Birmanie tentent de survivre.

La rencontre avec soi-même

Si le confinement risque de provoquer chez les individus et chez les peuples, un repliement sur eux-mêmes, le carême en invitant à approfondir notre relation avec nous-mêmes, n’a rien à voir avec le repli identitaire. Le temps du carême n’est pas un moment de ruminations morbides de nos malheurs… et Dieu sait s’il y a de quoi aujourd’hui !
Le carême invite plutôt à une certaine coupure avec l’agitation quotidienne. À faire place dans notre emploi du temps à la prière, à la méditation, au silence, à la contemplation du beau. À l’écoute de ce que Dieu propose à travers le quotidien et les événements du monde.
Cette connaissance de nous-mêmes rejoint nombre de contemporains en quête du « bien-être personnel ». Le carême ne contredit pas ces tendances mais propose un but : se trouver soi-même pour être disponible à l’autre ! Ce qui est « autre » en moi-même. Ce qui est différent, transcendant, le souffle d’amour qui invite à la confiance. Ce qui porte au-delà de nous- mêmes non pour nous évader du monde mais pour, sûrs d’être aimés, reconnaître nos limites, nos péchés et accueillir le pardon. Alors vraiment le carême peut transformer le rêve de la fraternité en une réalité … même en temps de confinement !


[1] https://ccfd-terresolidaire.org/

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Guy Aurenche

Guy Aurenche est avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire.
À lire de Guy Aurenche :
« Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

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