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Caroline Chariot-Dayez. Le Repas. L’œuvre du jeudi 9 avril

Artiste du jour : Caroline Chariot-Dayez // Texte du jour : Lettre de Paul (1 Co 11, 23-26)

« Plis de l’esprit », l’exposition de Caroline Chariot-Dayez à Saint-Merry en 2016 a marqué durablement les esprits. Cette démarche de philosophe et de croyante, toujours représentée de la même manière, la peinture de plis de tissu, tout en étant dans le renouvellement permanent, a été un moment d’émotion et de méditation intenses pour la plupart des visiteurs. L’artiste n’expose que dans des lieux religieux et elle a noué des liens de connivence très forts avec Saint-Merry. Elle revient avec une œuvre dont le titre, Le Repas, exprime dans sa simplicité le mystère chrétien et l’un des fondements anthropologiques des relations sociales.

Elle revient virtuellement non pas avec plusieurs œuvres, mais avec une seule, Ô combien majeure, un panneau unique de très grande taille, 120x 250, dimension très proche de celle du panneau central déployé du retable d’Issenheim réalisé par Matthias Grünewald.

En 2016, elle jouait sur une mise en scène de plusieurs panneaux. En 2020, son œuvre est une seule et unique nappe dont les multiples plis vibrent et se soulèvent. C’est un tissu d’un seul tenant dont tous les plis se déploient de façon mystérieuse. Le vent gonfle la partie centrale, le vent de l’esprit en fait un « personnage » dans la lumière. Tout homme est un pli qui se montre et qui se cache, une extériorité et une intériorité : l’identité est ici splendidement exprimée. Que l’on soit croyant ou non, cette scène représentative est aussi une cène spirituelle, vide et pleine à la fois, selon le mécanisme du pli.

Caroline Chariot-Dayez est une professeure de philosophie qui vit et travaille à Bruxelles. Elle est « conceptuelle » tant par sa formation intellectuelle que par sa posture artistique. Elle n’utilise que des panneaux de bois et y peint, sur fond blanc, des plis. Elle ne cache pas son jeu, c’est une croyante et son art est mis au service de sa recherche spirituelle : exprimer l’invisible et les racines de sa foi.

Elle peint de façon réaliste non pas des morceaux de tissus, comme on pourrait trop vite l’affirmer au premier regard, mais des plis. Si peindre des étoffes, vêtements ou tissus d’ameublement, est une tradition aussi vieille que la peinture elle-même et est sujet à des recherches stylistiques propres à chaque époque, ce n’est pas ce matériau qui est ici le vrai sujet des tableaux, mais le pli, c’est-à-dire la double épaisseur obtenue en rabattant sur elle-même une matière souple. Par nature, le pli cache un creux d’où surgissent des jeux de lumière et d’ombre, ou suggère une intention, un geste.

Elle ne peint pas sur toile, mais sur des panneaux de bois, ce qui rapproche sa technique de celle des icônes qui, elles aussi, sont dans la répétition de modèles très précis destinés à la méditation. Ses fonds ne sont pas en or, symbole de la Résurrection comme le jaune ou l’orange, mais systématiquement blancs pour suggérer l’infini.

Son site Internet, concis et splendide, rassemble en six courtes incises sa philosophie du pli. Le pli comme appartenance ; comme forme de la contemplation ; comme structure métaphysique ; comme épiphanie ; le réalisme comme attention pure ; le fond blanc comme infini invisible.

Caroline Chariot-Dayez nous transporte de l’éblouissement artistique à l’intériorité comme elle-même l’a été philosophiquement de Maurice Merleau-Ponty à Simone Weill.

On a hâte de passer du virtuel au réel et de contempler Le Repas.

Exposition de Caroline Chariot-Dayez à Saint-Merry en 2015 : Lire

Site de l’artiste : http://www.chariot-dayez.com/

Jean Deuzèmes

El Greco. La Cène (1568). 43 × 52 cm. (Œuvre de jeunesse)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

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  1. Pierre Sesmat says:

    Regarder “Le repas” de Caroline Chariot-Dayez le jour du Jeudi saint nous fait d’abord oublier la “Cène” de Léonard de Vinci qui encombre notre vision du dernier repas du Jésus. Une invitation à revenir au mystère de l’Eucharistie, à la contemplation… Foin de l’hyper-réalisme de la “présence réelle” !

  2. mt.joudiou says:

    Oui à ce qu’écrit Pierre Sesmat. “Le repas” de Caroline Chariot-Dayez est sans doute “la cène” qui a eu et a toujours le plus d’écho en moi. J’y suis venue combien de fois la contempler en silence et dans son silence!
    Merci à ceux et celles qui ont préparé le jeudi saint de l’avoir présentée par la voix de Françoise Micheau.

  3. florence says:

    Ces plis laissent libre cours à notre imaginaire. Nous pouvons y voir toute femme ou tout homme reclus dedans, dessous, caché de lui même ou protégeant du regard de l’autre…
    C’est aussi la présence de cette foule invisible -les églises sont vides- qui, ce jeudi est Église (assemblée) pour célébrer ce repas sans pain ni vin mais habité par l’Esprit

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