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Dimanche 2 août. “Écoutez et vous vivrez”

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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à celles et ceux qui viennent au Centre pastoral pour la première fois. Nous sommes très heureux de vous accueillir. Lors de notre riche échange de lundi autour de ces textes importants, nous nous sommes arrêtés au thème suivant : Qu’est-ce qu’avoir faim ? Question aux nombreuses ramifications interrogatives. Comment se nourrir de la Parole, de cette eucharistie offerte à tous, à ces 5 000 plus femmes et enfants, sans préalable moral ou social ?
Comment comprendre aujourd’hui l’invitation à la gratuité superbe et décalée d’Isaïe : « Venez consommer sans argent, sans rien payer » ? Comment la faim physique, celle de la foule le soir venu, peut-elle être un obstacle à l’écoute de la Parole ? Alors que Paul lui-même affirme que rien, pas même la faim, ne nous séparera de l’Amour ?

Alain Cabantous

Chant (Paroles et musique : Robert Lebel)

Rien, jamais  ne nous séparera de l’amour (bis)

Ni la mort, ni la vie, ni le feu, ni le froid
Ni le jour, ni la nuit, ni la faim, ni la soif
Ni chaînes, ni puissances.

Ni l’enfer, ni la peur, ni péril, ni danger
Ni le mal, ni les pleurs, ni présent, ni passé
Ni anges, ni menaces.

Et si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Qui saurait condamner ceux que Dieu a sauvés
Au nom de sa tendresse.

Lecture du livre d’Isaïe 55, 1-3

Ainsi parle le Seigneur :
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle :
ce sont les bienfaits garantis à David.

PSAUME 144 (145) 8-9, 15-16, 17-18)

Tu ouvres ta main, Seigneur : nous voici rassasiés.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Prières tirées du psaume 144

« Le Seigneur est juste dans tout ce qu’il fait »
Et nous, chrétiens, et nous Église, sommes-nous vraiment ajustés à sa Parole ? Lorsque, par exemple, comme ce fut le cas le 22 juillet, en la fête de Marie-Madeleine, apôtre des apôtres, des femmes ont demandé leur juste reconnaissance au sein de notre Église si masculine? Alors Seigneur, pour que nous soyons mieux ajustés à ton écoute, continue de susciter des témoins, des prophètes qui feront enfin bouger la hiérarchie cléricale afin que nous n’écrivions pas notre volonté à ta place. Nous te prions.

“Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
Tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.”

Et nous, hommes de peu de foi, angoissés ou en colère, en cet aujourd’hui de crises sanitaire, écologique, économique, politique, de temps menaçants pour l’humanité, avons-nous suffisamment faim de vérité et de justice ? Seigneur, toi qui, en peine de la mort de Jean, quitta ton chagrin et ta solitude pour venir rassasier les foules, attise en nous le désir de partager paroles d’apaisement et gestes de compassion, dans la gratuité et le respect de chacun. Donne-nous faim de toi. Nous te prions.

Catherine Charvet

ÉVANGILE (Matthieu 14, 13-21)

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste,
il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ;
il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent :
« L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée.
Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
Mais Jésus leur dit :
« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi. »


Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe,
il prit les cinq pains et les deux poissons,
et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ;
il rompit les pains, il les donna aux disciples,
et les disciples les donnèrent à la foule.
Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés.
On ramassa les morceaux qui restaient :
cela faisait douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille,
sans compter les femmes et les enfants.

Partage du pain, partage de la Parole

Isaïe, dans la première lecture, nous parle d’abondance, de gratuité, mais aussi d’écoute. Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau. Ces quelques mots me renvoient au dialogue de Jésus avec la Samaritaine : Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. Et Isaïe parle ensuite de nourriture : Écoutez-moi bien et vous mangerez de bonnes choses… Écoutez, et vous vivrez. Une nourriture qui est la Parole de Dieu.

« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés »

L’évangile nous parle aussi de nourriture. Jésus vient d’apprendre la mort de Jean-Baptiste, son cousin, celui qui l’a baptisé dans le Jourdain. Il se retire dans un endroit désert : besoin de calme, de solitude, de prière. La foule l’a suivi, peut-être pour l’écouter, mais aussi en transportant des malades que Jésus guérit. Dans ce moment de trouble, Jésus a le souci de cette foule : guérir et nourrir.

Donnez-leur vous-mêmes à manger. Comment accueillons-nous cette parole ? Le ‘vous-mêmes’ est important : les disciples ne voient pas comment faire. Il n’y a pas une montagne de petits pains à distribuer, mais cinq pains et deux poissons, une bénédiction, une répartition entre les disciples (Jésus a rompu les pains pour les leur donner) et une distribution : le pain passe de main en main, de Jésus aux disciples, des disciples à la foule. Du peu qui était disponible (et dans le récit correspondant de Jean, le peu vient d’un enfant) naît une surabondance. Il y a des restes après que tous aient été rassasiés.

Alors, quelles pistes pour moi, pour nous aujourd’hui ? La première : quelles que soient les difficultés du moment, être attentifs à ceux qui sont autour de nous, et cela s’est vérifié souvent pendant le confinement : l’attention des voisins en était le signe. La deuxième piste, conséquence de la première, c’est le partage, la transmission. Partage du pain, partage de la Parole. Et Matthieu, dans le récit de la multiplication des pains, emploie les mêmes mots dont il usera plus tard dans le récit de l’institution.

Hélène Perrin

Chant (D CPHB)

Multiplication des pains, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Musée Condé de Chantilly

Blessés par le temps des fatigues
Ils arrivaient de tous les lieux
Bannis des villes anonymes
Pour t’entendre parler de Dieu

Tu nous dis : «  Donnez-leur à manger
Et servez-les sans vous lasser ».
Alors la Parole et le pain
Feront lever un peuple saint.
Alors ensemble nous saurons
Que Dieu nous a donné un nom.

En t’écoutant sur la montagne
Ils se découvrent lentement
Des visages uniques et semblables
Foule nouvelle des vivants.

À l’heure où la faim se fait vive
Celui qui a deux ou trois pains
Peut-il s’isoler sur la rive
Pour ignorer ceux qui ont faim ?

Avec un peu de nourriture
Multipliée de main en main
Tous en prendront à leur mesure
Et les paniers reviendront pleins.

Prière eucharistique

Père éternel, Dieu d’amour et de bonté, avec joie nous venons  te chanter notre désir de liberté, nous te disons  notre action de grâces, par ton fils, Jésus, Christ et Seigneur, par qui Tu nous nourris de ta parole. Aujourd’hui encore, le voilà à la fois hôte et convive de l’homme, lui le pain vivant, le pain de liberté et de justice. Il est ce seul vrai pain, capable de combler nos faims et nos soifs. Le voilà qui nous appelle à la responsabilité : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Et cette invitation résonne au plus profond de nos cœurs : « Écoutez, et vous vivrez ». Voilà pourquoi Père, joignant notre voix à celles des anges et des saints qui, dans les cieux proclament ta louange, nous chantons : Saint ! Saint ! Saint !

Toi qui es vraiment saint, tu es la source de toute sainteté, nous te prions. Sanctifie ces offrandes que nous te déposons de nos pauvres mains ; répands sur elles ton Esprit, que pour nous et pour ceux qui de tous temps diront tes merveilles, elles deviennent le Corps et le Sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Un jour qu’il est à table avec ses disciples, il prit du pain. Dans sa prière, il te bénit, rompit le pain, le leur donna en leur disant : « Prenez et mangez-en tous. Ceci est mon corps, livré pour vous ». A la fin du repas, il prit la coupe de vin, il dit encore une action de  grâce et la donna à ses disciples, leur disant : « Prenez et buvez-en tous. Car ceci est la coupe de mon sang. Le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous, et pour la multitude, en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Ce que Jésus nous avait dit de faire, nous le faisons ce jour dans cette eucharistie : en faisant mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils, nous t’offrons Père,  ce pain de la vie et cette coupe de salut. Fais-nous pèlerins de ton amour et signe de ta présence dans le monde, à l’heure où la faim se fait vive : faim et soif de justice, de liberté, faim et soif de bonheur et de quiétude. Devant nos  manques d’entrain, devant nos indifférences et nos difficultés à vivre avec les autres, devant notre incapacité à donner et pardonner, tu nous nourris de ta parole. Et tu nous invites à faire pareil. « Écoutez, et vous vivrez ». En t’écoutant sur la montagne, nous découvrons lentement des visages uniques et semblables,cette foule immense et nouvelle des vivants. Les yeux sur toi, tous, ils espèrent. Oui, Père, ta parole est pour nous vraie nourriture. Elle seule peut combler nos attentes ; elle seule peut donner sens à notre perte de sens et de repères.

Vers les uns et les autres, envoie-nous, Père, sur les pas de ton Fils. Il est cette porte ouverte sur l’avenir. Que rien ne nous sépare de l’amour du Christ. Il nous révèle, aujourd’hui encore, que l’amour est la seule chose qui, quand il se donne, avec un cœur ouvert, gratuitement, se multiplie. Dans l’eucharistie, Père, nous faisons l’expérience de ce Dieu qui connaît nos faims et nos soifs et qui avec largesse nous nourrit. Soutiens notre sens du don et de la confiance en ta Parole. 

Conforte, Père, ton Église dans son engagement vers plus de justice et de liberté, vers plus de fraternité et de paix. Et que sous la conduite du Pape François, de notre évêque Michel et de tous les hommes de bonne volonté, elle puisse croître et persévérer dans la propagation de ta Parole.

Nous pensons aujourd’hui à ceux des nôtres qui nous ont quittés : des hommes et des femmes qui avec nous ont partagé ce bonheur de vivre de ta parole. Accorde-leur, Père, le repos éternel. Raffermis-nous dans l’espérance de les rencontrer un jour dans le face à face dont toi seul connaît le secret. 

Bénis Père nos enfants, nos petits-fils et arrières-petits fils. Bénis les membres de nos familles, nos amis et voisins, sur les routes des vacances, et ceux qui se reposent chez eux. Bénis tous ces hommes et toutes ces femmes que tu mets sur la route de nos vies, ces hommes et ces femmes qui sont pour nous source de bénédiction, parce que placés au cœur de nos préoccupation. Bénis-nous, nous qui  te chantons aujourd’hui. Fais, Père, qu’en union avec Marie, cette femme toujours attentive à nos faims et à nos soifs, en union avec St Joseph, cet homme du silence et de l’écoute, en union avec tous les saints qui t’ont rencontré sur le chemin du service de l’homme, pour plus de liberté, de paix et de justice, nous ayons part à la seule vraie vie en toi, par le Christ, notre Seigneur.

P. José Egilde MANDIANGU

Envoi

Nous avons écouté la Parole, nous avons partagé le pain donné en abondance,  et il reste encore douze paniers remplis pour celles et ceux qui ne sont pas là. Pour vivre, oui, mais sans être totalement rassasiés puisque la faim spirituelle est un manque nécessaire dans la recherche de la vérité de Dieu et dans l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Alain Cabantous

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