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Dimanche 22 mars 2020. Ouvre mes yeux

Lectures

« En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.  Il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : “Va te laver à la piscine de Siloé” — ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait… »

1 Samuel 16, 1b 6-7, 10-13 a
Psaume 22
Paul aux Ephésiens 5, 8-14
Jean 9, 1-41

Accueil

André nous invite à entrer dans la célébration : 

« Jésus a l’initiative de guérir, de dire qui il est ; ce n’est pas comme dans d’autres évangiles où la personne recherche le contact avec Jésus. C’est Lui qui appelle. 

L’aveugle (de naissance , donc pas de chance qu’il guérisse par lui-même) accepte : non seulement la boue sur les yeux (il aurait pu être méfiant), mais aussi d’aller se laver (bizarre que cet homme lui demande d’aller se laver ; non, il y va… ), puis de répondre sans tourner autour du pot quand les pharisiens le convoquent, puis le « jettent ». Il ose affirmer que ce Jésus est prophète, au risque de se faire traiter de rejeté de Dieu par les pharisiens (il a péché puisqu’il est aveugle) ; il assume avec honnêteté ; il adhère aussi à ce que Jésus lui dit de Lui (Fils de l’homme ???) ; il est un croyant dans chacune des étapes de ce qu’il vient de vivre. Il fait confiance sans se poser de question ; il adhère. 

Guérison de l’aveugle-né, fresque, Sant’Angelo in Formis, Italie, XII siècle

On rejoint ici les thèmes que nous avons travaillés dans notre premier  groupe Carême : Avance en eau profonde.  ( il ose)  être témoin (il exprime simplement le bénéfice de sa relation avec Jésus sans crainte d’être maltraité).

Les pharisiens, pour analyser et juger de cette situation, ne retiennent qu’une chose : ce Jésus guérit le jour du sabbat, il ne peut donc être un juif fidèle à Dieu, et pour l’aveugle, il a péché puisqu’il est aveugle ; tous les deux  sont de « mauvais sujets » puisqu’ils ne sont pas dans les canons. Pas question de foi ici, mais seulement de respect de règles religieuses. Peu importe qu’un homme retrouve la vue, la plénitude de sa vie et le sens de sa vie. »

Chant

Ouvre mes yeux, Seigneur G 79-1

Ouvre mes yeux, Seigneur
Aux merveilles de ton amour.
Je suis l’aveugle sur le chemin,
Guéris-moi, je veux te voir.

Chant

Lumière pour l’homme aujourd’hui : https://www.youtube.com/watch?v=s4vWx1MP9j8 

Lumière pour l’homme aujourd´hui, 
qui viens depuis que sur la terre il est un pauvre qui t’espère,
atteins jusqu’à l’aveugle en moi : 
Touche mes yeux afin qu’ils voient de quel amour tu me poursuis.
Comment savoir d’où vient le jour, si je ne reconnais ma nuit ? 

 Parole de Dieu dans ma chair, 
qui dis le monde et son histoire afin que l´homme puisse croire, 
suscite une réponse en moi : 
Ouvre ma bouche à cette voix qui retentit dans le désert. 
Comment savoir quel mot tu dis, si je ne tiens mon cœur ouvert ? 

Semence éternelle en mon corps, 
vivante en moi plus que moi-même depuis le temps de mon baptême,
féconde mes terrains nouveaux : 
Germe dans l’ombre de mes os car je ne suis que cendre encore. 
Comment savoir quelle est ta vie, si je n’accepte pas ma mort ?

El Greco, Le Christ guérit l’aveugle-né, 1570 ca., Metropolitan museum, New York

Commentaire

du Père Alexandre Denis

Chers amis,
De toutes parts, les informations surgissent et nous submergent. Les unes officielles et parées de toute « l’objectivité » dont la presse se targue, les autres sauvages et incertaines dont les réseaux sociaux se font l’écho. Toutes pourtant jouent sur la peur, la catastrophe à venir. 
Le désastre sanitaire et économique semble se substituer à tout autre avenir possible et l’on ne nous propose pour seule réponse que l’application de consignes. Consignes qu’il faut mettre en œuvre à l’évidence, mais qui pour nous chrétiens, ne sauraient être le tout de la réponse à donner en cette période d’épreuve.

Ce dimanche, dans toutes les églises, nous allons célébrer le dimanche de lætare : « réjouis-toi ». Cette injonction ne résonnera pas pour nous comme une forme de méthode Coué ou autre succédané de politique de l’autruche. Affirmer une joie possible au milieu de notre temps de carême, ce n’est pas faire « comme si », encore moins jouer les gros bras, les « même-pas-peur », c’est avant tout la recevoir de celui qui est la source de toute joie.

Car cette joie est une grâce.

Le quatrième dimanche du carême laisse entrevoir la lumière de la joie du Christ au milieu de ce temps de jeûne. Il réoriente le carême vers sa finalité : fêter la résurrection. Car, faut-il le rappeler, notre vie est dirigée vers cette résurrection, cet évènement définitif auquel nous sommes associés depuis notre baptême et dont nous vivons chaque jour. 

Les textes de la messe nous le rappellent : tous sont des textes de confiance et de foi. Le Ps. 22, l’un des plus connus, nous invite à nous laisser guider par ce bon berger qui fait reposer sur des prés d’herbe fraiche et mène vers les eaux tranquilles

Nous ne maîtrisons pas toute notre vie mais nous sommes guidés,
accompagnés. 
Nous sommes souvent dépassés par ce qui nous terrifie mais nous ne sommes pas seuls devant notre terreur : si je traverse les ravins de la mort je ne crains aucun mal car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Nous ne sommes pas seuls.

Mais il y a plus, dans notre acte de foi, que de se laisser guider et rassurer. Il y a également la capacité à se laisser surprendre : la première lecture et l’évangile nous le rappellent.
Qui aurait choisi David comme roi, ce beau jeune homme roux aux yeux bleus, gardien de troupeau ? Personne. C’est pourtant lui que Dieu désigne à Samuel.
Qui aurait pensé qu’un aveugle de naissance puisse guérir ? Personne. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. C’est pourtant ce que le Christ fait et c’est ce qui provoque ce témoignage : si lui n’était pas de Dieu il ne pourrait rien faire.

Nous, chrétiens, ne croyons pas en une idée réconfortante. 
Nous ne prions pas pour nous rassurer ou parvenir à je ne sais quel état de « bien-être ». 
Nous croyons que Dieu est vivant.
Nous croyons qu’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Nous croyons qu’il agit dans notre vie et dans la vie des hommes. 
Nous ne faisons pas semblant de croire, nous vivons de celui qui Est la Vie. Ce dimanche de Lætare nous le rappelle : être chrétien c’est vivre du Christ.
Nous sommes témoins de cela au milieu du monde, particulièrement en ce moment. 
C’est sans doute cela l’Espérance : non pas un vague pari sur l’avenir, mais l’affirmation d’une Vie qui nous dépasse et qui nous aime, qui nous associe à sa joie.

Vivons en croyants.
Faisons donc nôtre ce dernier dialogue de l’évangile de ce jour, Jésus nous le demande comme une urgence :
Crois-tu au fils de l’homme ?
Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?
Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle.
Il dit : Je crois, Seigneur !
Et il se prosterna devant lui. »

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CatégoriesNon classé
  1. Jean-Luc Lecat-Deschamps says:

    Merci André et Alexandre pour vos partages qui nous font entrer dans la liturgie proposée  pour ce dimanche 22 mars. Merci de nous apporter votre éclairage de foi en ce temps de confinement.
    En y réfléchissant plus avant, je me dis que, pour les célébrations à venir, il suffirait peut-être d’ orienter chacun vers la messe télévisée de France2  ou vers internet, pour pouvoir bénéficier des textes, d’une animation chantée  et du rite eucharistique.
    La richesse propre de S.Merri que j’attendrais plutôt serait le partage de différentes réactions, expressions ou decouvertes  émises par des membres de la Communauté sur les textes du dimanche en question, un genre de florilège chaque semaine… N’est-ce pas cela notre richesse et notre originalité, ce qui se vit dans la préparation de la célébration le lundi ou mardi, à savoir cette confrontation de nos questionnements, de nos intuitions, de nos lectures différentes et complémentaires de la Parole ? C’est sûrement un peu difficile à mettre en route et organiser mais n’est-ce pas cela un défi qui vaudrait la peine pour nous tous et pour tous les visiteurs du site?
    J’espère  qu’il sera possible de faire entendre et de répercuter cette réaction interrogative à la communauté.
    Notre richesse, à mon avis, c’est notre diversité et c’est  elle qui nous permet d’avancer… au large !
    Jean-Luc Lecat 21 mars 2020

  2. Marguerite Rousselot says:

    “Affirmer une joie possible au milieu de notre temps de carême” écrit Alexandre … Ce possible,il a sa source, si nous la cherchons. Et c’est ce que nous faisons naître en applaudissant dans la rue à 20 h …

  3. Solange de Raynal says:

    Merci pour l’ensemble de ce montage, d’autant plus que je pense que cela représente beaucoup de temps et d’efforts pour arriver à une production de cette qualité; retrouver le lutrin de Mireille, admirer un vase de fleurs, entendre un chant qui a du sens, profiter d’éclairages vraiment questionnants sur les textes du jour, cela fait du bien, c’est un peu comme un ” retour à la maison”, car St Merry c’est un peu une maison de famille élargie, dont le confinement nécessaire nous a tenus à l’écart.
    Surtout, gardez la formule: étant souvent à la campagne où, même en faisant beaucoup de kilomètres, je ne peux plus trouver une messe qui me nourisse, je regarde le Jour du Seigneur sur la 2: la demi-heure de reportage au début est toujours intéressanre, mais ensuite une fois sur 2, je renonce très vite à suivre la messe car elle ne correspond pas du tout à la façon de célébrer à St Merry, mais je comprends que le producteur veuille aussi satisfaire un autre public – je t’assure Jean-Luc, c’est un dimanche sur 2…
    Il est bien plus de minuit, je ne vais pas trop réfléchir sur la notion de ”laetare”, juste que depuis une semaine je fais très attention à savourer à plein les petites choses dont j’ai la grande chance de pouvoir profiter, le soleil en ouvrant les rideaux le matin, les fleurs du jardin, l’odeur du pain qu’on a réussi à fabriquer soi-méme, une belle lecture, etc… alors que ma famille et amis proches ne sont pas encore atteints par le virus.
    Et si on veut partager avec la communauté une photo, on fait comment ?
    Bon dimanche à tous !

    1. Élisabeth Descours says:

      Bonne idée Solange de partager des photos avec la communauté ! Des photos qui pourraient faire une collection (une exposition plus tard peut-être) sur le thème “Pendant le confinement”. Chacun pourrait adresser ses photos à saint-merry.let@orange.fr, et quand on en aura plusieurs, on pourra faire un diaporama qu’on mettra sur le site.

  4. Blandine Ayoub says:

    Bonjour, je navigue entre France Culture à 10h et France 2 à 11h, et finalement je suis bien contente de trouver notre blog de Saint-Merry, parce que les paroles d’Alexandre et André me semblent plus en résonance avec la joie de ce dimanche de Laetare. Et si nous partagions plutôt sur les textes d’aujourd’hui que sur cette intéressante formule de messe à distance ? Mon coup de coeur du jour va plutôt vers le roi David, si beau, si neuf, dont nous savons qu’il a fait bien des erreurs ensuite mais cela le rend justement tellement humain, ce personnage de la haute antiquité dont on n’a confirmé l’historicité que récemment. Un peu comme Thomas ou Pierre, c’est lorsqu’ils se plantent qu’on se sent proches d’eux. Mais aujourd’hui, réjouissons nous à l’évocation de sa jeunesse, de sa beauté, de sa relation à Dieu : comme un printemps de la foi !

  5. Sylvie de Bengy says:

    Merci, grand MERCI à André et Alexandre et ceux qui ont préparé cette célébration comme si…
    En vous lisant je me suis sentie en communion avec “ma” communauté d’élection. Cela a été une joie (laetare) et un plus avec la messe de la télévision que je viens de suivre qui m’a unie avec beaucoup de ceux pour qui c’est occasionnel et les habitués (comme ma mère, je l’ai réalisé en allumant mon poste).
    Petite anecdote : au moment de la paix du Christ, comme j’étais toute seule j’ai ouvert ma fenêtre et adressé cette Paix à tous mes voisins et par SMS à François retenu à Limoges par son travail et qui regardait comme moi la messe…
    Mercredi je serai au “rendez-vous des cloches”de l’Annonciation pour mettre ma bougie sur mon balcon.
    Bon et paisible confinement à tous!

  6. Jean-Philippe Browaeys says:

    “Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?”, pour moi cette question manifeste l’audace de la Foi : je ne sais finalement pas bien qui il est, mais ce que je sais, c’est que je crois en lui. Cette audace me semble être la même que celle de l’attention à l’autre, celle qui “sait” découvrir que le Christ m’a devancé quand je le rencontre. Une attention que je prie Dieu de me donner.

  7. Robert Picard says:

    Ce sont les deux derniers versets du texte de Jean qui ont le plus attiré mon attention et mon interrogation.
    Nous qui avons des yeux de chair qui nous permettent de voir, en quoi sommes nous aveugles ?

    Et si le covid 19 nous aidait à voir en pleine lumière l’absurdité criminelle de nos modes de vie occidentaux.
    Alors ce serait bien “laetare”

  8. Claire Saconney says:

    Bravo et merci pour cette belle initiative : continuer de partager ensemble à partir des textes du dimanche, même virtuellement, par des paroles, des photos et des chants, indépendamment d’une structure toute faite.
    Liberté de ton, beauté des images, mots enrichissants : grâce à eux je me sens encore reliée à la communauté.
    Un merci tout particulier à Alexandre pour la qualité de son commentaire : ses mots me touchent et donnent de l’élan pour “vivre du Christ”.
    Merci aussi à l’équipe technique qui permet ce partage sur le site.
    Que de talents !

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