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Dimanche 29 mars. L’Esprit vous fait vivre

Lectures

« Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
habite en vous,
celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts
donnera aussi la vie à vos corps mortels
par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11).

Vous trouverez toutes les lecture du dimanche ici

Première lecture

« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 12-14)

Commentaire

Le texte proposé en première lecture pour dimanche 29 mars 2020 fait partie d’un ensemble plus vaste : manie des liturgistes de couper les textes et utiliser quelques phrases hors du contexte ! Bref le chapitre 37 d’Ezéchiel est très célèbre à juste titre : c’est la vision des ossements desséchés. Il s’agit de l’annonce d’une action de Dieu en faveur d’Israël. Et pas n’importe laquelle. Il faut partir du verset 11 : « ces ossements c’est toute la maison d’Israël. Ils disent “nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu nous sommes en pièces” ». Israël (ou ce qui en reste, les judéens) est en exil. Pire que le coronavirus. Et Dieu annonce par son prophète qu’il va faire revenir Israël sur sa terre : Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. (v.12). Annoncer aux exilés que leur cauchemar va bientôt finir, on ne peut pas faire mieux. Il ne s’agit pas d’une résurrection telle que nous l’entendons maintenant. Il s’agit en termes figurés de la « résurrection » du peuple en tant que tel. Et la première condition d’une telle « résurrection » c’est de retrouver le pays, la terre natale.
Le don de l’esprit, « mon esprit » dit l’annonce est une garantie supplémentaire de l’opération. À tel point Dieu est engagé dans l’opération qu’il s’y met personnellement. 

Jesus Asurmendi

Psaume 129

Pour l’écouter : Je mets mon espoir dans le Seigneur

Je mets mon espoir dans le Seigneur
Je suis sûr de sa parole !  

1 – Des profondeurs, je crie vers toi, 
Seigneur écoute mon appel. 
Que ton oreille se fasse attentive 
Au cri de ma prière. 

2 – Si tu retiens les fautes, Seigneur, 
Qui donc subsistera ? 
Mais près de toi se trouve le pardon 
Je te crains et j’espère. 

3 -Mon âme attend le Seigneur, 
Je suis sûr de sa parole. 
Mon âme attend plus sûrement le Seigneur 
Qu’un veilleur n’attend l’aurore. 

4 – Puisqu’auprès du Seigneur est la grâce, 
L’abondance du rachat 
C’est lui qui rachètera Israël 
De toutes ses fautes. 

Deuxième lecture

« L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)

Évangile

« Je suis la résurrection et la vie »
(Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45)

La résurrection de Lazare, fresque de l’église San Baudelio, Castille, XII siècle (conservée au Cloisters de New York)

En ce temps-là, Marthe et Marie, les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
– Acclamons la Parole de Dieu.

Homélie

Resurrection

La résurrection est au fondement de notre foi. Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine dit St Paul.
Le problème est que nous n’avons bien souvent qu’une idée très vague de la résurrection…
Les trois lectures de ce dimanche parlent de résurrection chacune à leur manière mais toutes convergent vers un évènement unique : celui de Pâques, que nous allons fêter dans deux semaines.
Le texte d’Ézéchiel est une prophétie sur le peuple de Dieu, une vision destinée à faire comprendre l’action de Dieu pour Israël.
Le texte de l’épitre décrit le changement dans l’humanité dû à la résurrection : la vie dans l’Esprit.
Quant à l’évangile, il raconte cette histoire de Lazare, un récit, un épisode de la vie du Christ dont l’objet est moins l’histoire singulière de cet homme que Jésus va ramener à la vie, qu’une manière de donner la clé de la résurrection elle-même : Jésus.
La résurrection se donne à voir comme un puissance dépassant toute capacité humaine. Une ouverture devant le désarroi complet de l’humanité comme chez Ézéchiel où le peuple exilé ne voit plus aucun recours, dépossédé de tout y compris de la présence de Dieu. 
Une puissance qui se déploie au cœur de chacun par la présence de l’Esprit Saint comme saint Paul le rappelle : vous n’êtes plus sous l’emprise de la chair mais de l’Esprit (…) et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous
L’évangile nous rappelle que cette puissance de Dieu, puissance de vie infinie qui dépasse de loin toute capacité humaine n’est pas de l’ordre du fantasme ou encore moins une idée qui viendrait rassurer les angoisses de l’existence. 
Face au Christ devant la mort de Lazare, Marthe et Marie ont la même réaction : Si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort. Expression de la détresse, du doute face à la souffrance de la séparation.
Le dialogue qui s’engage avec Marthe la déplace d’une idée abstraite de la résurrection à la rencontre de la Résurrection elle-même : « Moi, je suis la résurrection et la vie, quiconque vit et croit en moi, même s’il meurt, vivra. » 
Il faut mesurer la puissance de cette parole. Marthe, en face de son ami Jésus est invitée à reconnaitre en cet homme celui qui Est la résurrection et la vie. Elle est invitée à sortir de tout discours conceptuel pour la comprendre non comme un évènement miraculeux, une prouesse divine ou un pari sur l’avenir, mais comme une rencontre immédiate dans la personne de son ami Jésus. 
Lorsque nous fêterons Pâques dans 15 jours, nous rappellerons que pour nous ce qui compte avant tout c’est cette rencontre du Christ. Ce faisant, le carême est l’occasion de se laisser accompagner par lui.
Accompagner réellement. 
Car pour nous, chrétiens, la foi n’est pas une vague idée. La foi est la rencontre d’un homme réel, qui frappe à notre porte et qui attend que nous lui ouvrions. Un homme qui se définit comme notre ami, un homme qui est Dieu sans être lointain, un Dieu qui est homme sans faire semblant. Ces 15 jours qui nous séparent de Pâques, dans cette circonstance si particulière du confinement sont 15 jours ou nous sommes appelés à redécouvrir la réalité de la présence de Jésus dans notre vie, à nos côtés, chaque jour. Lui le seul et véritable ami selon les mots de saint Claude la Colombière.
C’est donc à la douceur et à l’amitié du Christ, personnelle et indéfectible que nous sommes rappelés en lisant ces textes sur la résurrection, et dans ces jours ou pour beaucoup d’entre nous la solitude est une épreuve, n’ayons pas peur de nous laisser rejoindre par celui qui est présent à chaque instant,
Et de lui parler.

P. Alexandre Denis

Commentaire

Quelle joie les textes sur la Résurrection de ce dimanche 29 mars 2020 en ce moment de pandémie.
Comme il est humain ce Christ qui pleure sur son ami Lazare, et il nous touche d’autant plus en ces temps où nous ne pouvons pas participer aux enterrements quand nos amis en deuil en auraient tant besoin.
Je voudrais avoir la foi de Marthe et Marie. Toutes deux disent « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort “et Marthe ajoute : ‘Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera’.
Mais quand Jésus dit ‘Enlevez la pierre’ elle se récrie ‘Seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour qu’il est là’, ce qu’a illustré de façon si poignante Maurice Denis en 1939 avec son tableau, aujourd’hui dans la Chapelle de Port-Royal à l’Hôpital Cochin, où tous se bouchent le nez.
La Résurrection c’est notre espérance.
Jésus a attendu la quatrième jour ‘afin qu’ils croient ‘. Il avait déjà fait beaucoup de miracles. C’est dire si nous avons la tête dure.
Nous qui voulons croire, prions pour les soignants qui se battent avec tant de bravoure contre la mort comme le dit le ‘Psaume pour les soignants’ que vient d’écrire la Mission Ouvrière de Lille.
Comment ressusciterons-nous après la pandémie ? Notre société va-t-elle cesser d’adorer les faux dieux, l’argent, le capitalisme, dans une course effrénée pour le progrès. Allons-nous nous détourner de la société de consommation pour lui préférer la sobriété heureuse ? Allons-nous revenir à l’égoïsme ou préférer l’intérêt général ?
Ce grand changement inattendu que nous vivons nous conduira-t-il au grand changement d’une société de justice sociale ? Nous assistons à la solidarité de ceux qui nous soignent et de ceux qui travaillent pour nous nourrir. Ils nous montrent le chemin de l’amour de l’autre.
Ce serait une belle résurrection si nos concitoyens se décidaient à mettre en pratique notre devise républicaine qui parade sur nos murs : Liberté, Égalité, Fraternité.

Danielle Mérian

Maurice Denis (1870-1943), Résurrection de Lazare, Chapelle de Port-Royal, Hôpital Cochin, Paris, 1939

Psaume pour les soignants

Seigneur,

Merci d’avoir semé dans le cœur de certains
Le don, le talent et la force de prendre soin.
Ce désir étonnant de remettre debout
Ceux que la maladie avait mis à genoux.

De celui qui nettoie à celle qui opère,
De celle qui rassure à celui qui transfère.
Tu as placé dans le cœur des soignants
Un trésor plus précieux que l’or et l’argent.

Mon Dieu, bénis ceux qui jour après jour
Affrontent la souffrance avec tant de bravoure.
Maudis les puissants qui depuis des années
Sur l’autel de l’argent les ont tous sacrifiés.

Donne à nos soignants la force de tenir
Contre cette épidémie dont nous craignons le pire.
Donne à chacun de nous d’agir avec raison
Pour ne pas rendre impossible leur mission.

Que cette épreuve soit une prise de conscience,
Que leurs cris d’hier étaient plein de bon sens.
Aujourd’hui, chacun d’eux est pour nous un exemple.
Demain, nous chasserons les marchands du temple.

Prière réalisée par la Mission Ouvrière du diocèse de Lille

Chant

Pour accomplir les œuvres du Père K234/1(Rimaud/Berthier)

Écouter : Pour accomplir les oeuvres du Père

L’Esprit nous appelle à vivre aujourd’hui
À vivre de la vie de Dieu ;
L’Esprit nous appelle à croire aujourd’hui
À croire au bel amour de Dieu !

1/ Pour accomplir les œuvres du Père
En croyant à celui qui a sauvé le monde ;
Pour témoigner que Dieu est tendresse
Et qu’il aime la vie et qu’il nous fait confiance ;
Pour exposer ce temps à la grâce
Et tenir l’univers dans la clarté pascale

2/ Pour découvrir les forces nouvelles
Que l’Esprit fait lever en travaillant cet âge ;
Pour nous ouvrir à toute rencontre
Et trouver Jésus Christ en accueillant ses frères ;
Pour être enfin le sel, la lumière
Dans la joie de servir le Serviteur de l’homme

3/ Pour inventer la terre promise
Où le pain se partage, où la parole est libre ;
Pour que s’engendre un peuple sans haine
Où la force et l’argent ne seront plus les maîtres ;
Pour annoncer le Jour du Royaume
Sa justice et sa paix qui briseront les guerres

4/ Pour épouser la plainte des autres
En berçant le silence au plus secret de l’âme ;
Pour assembler les pierres vivantes
Sur la pierre angulaire où se construit l’Église ;
Pour entonner un chant d’espérance
Dans ce monde sauvé et qui attend sa gloire

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  1. Jean-Luc Lecat-Deschamps says:

    “Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez !…” (Ezechiel)
    ” l’Esprit de Dieu habite en vous…” (Paul)
    En ce temps de retrait, me mettre à l’écoute
    Au plus profond de moi, de chacun de nous, plus intime à moi-même que moi-même ,l’Esprit ! Laisser monter ces intuitions de vie, de partage, d’invention, de lumière, qui peuvent survenir en nous…
    Oser les exprimer, les partager et les confronter à d’autres personnes, et entendre toute la vie qui peut surgir de ces partages !
    “Quand deux ou trois sont réunis réunis en mon nom je suis là au milieu ” nous dit Jésus.
    Jean-Luc Lecat-Deschamps

  2. Robert Picard says:

    Jean est le seul des quatre évangélistes à nous rapporter cet épisode, alors qu’il s’agit du “miracle” le plus étonnant qu’ait accompli Jésus.
    Mais, peu importe la réalité historique. Quels enseignements jean a-t-il voulu nous donner en nous racontant cette histoire ?

    Il y aurait des tas de choses à dire ; j’en retiens deux :
    1 Dans ce passage, l’humanité de Jésus apparait de façon particulièrement manifeste.
    v6 laisse penser que Jésus a hésité. Les dieux n’hésitent pas.
    Et surtout, Jésus frémit, se troubla, Jésus pleura.
    Ainsi, Jésus apparait pleinement homme ainsi que nous l’enseigne le concile de Calchédoine.
    Pleinement homme hormis le péché, précise le Concile.
    Difficile à admettre, alors que le péché fait intégralement partie de la condition humaine.
    Jésus, certes a eu des tentations. Ne peut-on pas admettre qu’il a eu si non des péchés, tout au moins des défaillances ?

    2 beaucoup de juifs crurent en lui.
    Mais pas tous ; d’autres sont allés confier leur incroyance aux pharisiens.
    Nous demandons à avoir des preuves pour croire.
    Mais l’homme a aussi la capacité de refuser l’évidence.
    Souvent, cette capacité s’appelle la mauvaise foi. Certains hommes politiques pratiquent allégrement ce sport, mais pas seulement.
    Et ne sommes nous pas enclins à nier une évidence, celle de notre mort.
    Nous le savons,mais nous ne le croyons pas vraiment ; nous avons tendance à nous penser immortels.

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