« Construire la paix demande d’entendre la révolte, de la “comprendre”, parfois sans l’approuver, parfois en la contrecarrant, mais toujours en la prenant au sérieux ».
L’éditorial de Guy Aurenche

Photo by LOGAN WEAVER on Unsplash

Est-ce l’ambiance mêlée de morosité et d’appétit qui mit sur ma route, ces derniers mois, des livres et des films relatant dans un même élan drame et espérance ? Cette tension résume les défis que nous lance la dynamique des droits humains au cœur de la crise mondiale de la pandémie.
Je n’en retiens qu’un seul : être attentif aux révoltés. Ne pas faire comme si leurs cris ne changeaient rien. Ne pas mettre sous le tapis la poussière des crises antérieures.
En ces temps anesthésiants et terrifiants, nous risquons d’oublier la part d’espérance et de provocation que porte en elle la révolte. « Seule l’espérance permet d’atteindre l’inespéré » (Héraclite). Puis-je ajouter la paix ?
Le « c’est pas juste » poussé à tort ou à raison par un jeune. Le mouvement des gilets jaunes ou les revendications sociales en France. Les combats, que mènent les foules en Algérie, Liban, Biélorussie, Hong Kong, Guinée, Brésil, Colombie, Inde… Sans oublier les poussées nationalistes-extrémistes qui menacent la démocratie.
Construire la paix demande d’entendre la révolte, de la « comprendre », parfois sans l’approuver, parfois en la contrecarrant, mais toujours en la prenant au sérieux.

Nombre d’intellectuels et activistes révoltés, énumèrent les réformes à entreprendre. C’est bien. Mais ne manquent-ils pas l’étape du pourquoi faire : le temps des convictions ?
Entendre la révolte selon l’esprit et la dynamique des droits humains, exige de reconnaître l’autre comme une personne humaine dont la dignité mérite attention. Même lorsque le dialogue se révèle impossible. Il nous faut distinguer la personne et son mystère des opinions qu’elle exprime. Tout cri a des droits parce qu’il exprime une partie de la grandeur de chaque individu. Et leur auteur a des devoirs.
Cela incite les parties à formuler les raisons de leur colère. Alors il est possible de comparer ces cris aux « bonnes raisons » qui font penser autrement.

« Tout cri a des droits parce qu’il exprime une partie de la grandeur de chaque individu »


Entendre la révolte consiste à réunir toutes les informations sur les pays dans lesquels éclate le mécontentement. Les situations sont complexes. Où vais-je m’informer ?
Entendre la révolte invite à analyser les motivations des opposants et des autorités. Quels sont les buts et les moyens de leurs luttes ? Se pose la question de la non-violence active, non pour juger ceux celles qui n’y croient pas mais pour imaginer d’agir sans détruire l’autre.
Entendre la révolte pourra conduire à s’y opposer fermement, sans violenter les personnes. Ou à l’accompagner par l’action, la pression citoyenne, la prière.
Oui le virus qui nous attaque et les moyens que nous utilisons pour le combattre peuvent être mortels s’ils nous enferment sur nous-mêmes et tuent l’espérance et l’esprit de révolte contre l’injustice.


Guy Aurenche est avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire.

À lire de Guy Aurenche :
Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun !, éd. Temps présent, 2018.

Photo de couverture : Guillaume Issaly on Unsplash

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