L’hiver, à Paris, il est rare qu’une vague de froid pousse le thermomètre en deçà de -5, voire -7 degrés Celsius dans les banlieues. Et nous gelons. « Il fait un froid de loup ! » « On se pèle ! » « On se caille ! » « Ce froid de canard nous pénètre et nous gèle le sang ! » « On crève de froid ! » Les Parisiens frissonnent et se plaignent. Dans leurs chaussures de ville et leurs bottes perméables, la tête à l’air et les mains dans les poches, le cou pourtant emmitouflé de longues écharpes, ils attrapent froid. Il arrive qu’il neige un jour, deux, parfois une semaine. La gadoue envahit les rues, le trafic routier est bloqué. Seuls les enfants sont ravis de se lancer quelques boules de neige sales.

L’hiver, à Paris, commence fin décembre. En mars, crocus, primevères et forsythias fleurissent parcs et jardins. Deux mois de froidure modérée et de grisaille.
En Matawinie, les premiers flocons, mi-octobre, sont accueillis avec joie. Épais, doux, ils ne tiennent pas au sol. Mi-mai quand les dernières plaques de glace fondent enfin, c’est en shorts et manches courtes qu’on profite d’une douceur toute relative. Car, entre -15 au mieux et -35, avec le plus souvent -25 /-30, on se sent un peu empêtrés dans ses couches de vêtements “en pelure d’oignon“, ses bottes de neige en caoutchouc naturel doublé d’épaisses couches de feutre, ses gants sous les moufles, et sa cagoule sous son bonnet. Quand, à Paris, notre souffle se transforme en buée, en Matawinie, il se transforme en glace. À partir de -20, que l’on se déplace à pied ou à raquettes, mieux vaut ne pas suivre un large chemin mais couper par le bois, à l’abri du vent. Pas question d’être dehors sans bouger. Pourtant, tout le monde est dehors. Chacun s’affaire au pelletage de la neige pour sortir de sa maison. Les travailleurs travaillent. Les bûcherons piquent-niquent dans le bois. Les écoliers jouent dans la cour de récréation avant de se retrouver sur un bout de lac déneigé ou sur une patinoire de plein air pour une partie de hockey. 

Et, je l’affirme, nous n’avons pas froid. Ce qui n’empêche pas de se retrouver, le soir autour du poêle à bois, un bol de thé brûlant, additionné d’une grosse goutte de gin, dans la chaleur humaine, pour jaser un peu… de l’hiver. 

Joëlle Chabert

Joëlle Choisnard-Chabert, 74 ans.
Journaliste retraitée.
Mère, grand-mère, ânière

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.