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Jeudi 9 avril. “Faites ceci en mémoire de moi”

Introduction

 Nous célébrons Jeudi Saint… Pas de repas partagé cette année. Nous sommes confrontés à l’absence. Reconnaître cette absence, d’abord. Absence que nous avons retrouvée dans l’installation d’Achot-Achot exposée en 2005 que Françoise nous présente. Ensuite chercher Sa Présence. Dans le lavement des pieds ? Certainement. Et dans ce temps d’isolement, dans ce monde de 2020 ou Le trouver ? 

Alain, Bernadette, Françoise, Isabelle, Jean-François, Jean-Luc, Marie-Jo, Michel

Toutes les lectureslectures jeudi saint (puis dérouler Messe du soir)

Première lecture

Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

Psaume 115

« Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! »

Écouter : psaume 115
Bénis soient la coupe et le pain 
où ton peuple prend corps


Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

Deuxième lecture

« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Evangile (Jn 13, 1-15)

« Il les aima jusqu’au bout. »

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Le dernier repas, Rembrandt, 1634-35

Présentation d’une Cène contemporaine

Treize chaises vides dans une chapelle de Saint-Merry : dans cette installation de l’artiste Achot-Achot en 2005 (à re-découvrir sur le site de Voir-et-Dire) la Cène est représentée sans personnages, comme en ce temps de désertification de nos espaces de vie et de rencontre ; un cône de farine est disposé sur chacune des douze chaises dont on ne sait s’il pourra devenir un pain partagé ; une treizième chaise, la place du Christ, est vide, signe douloureux d’une absence, peut-être aussi une invitation à prendre sa place pour le rendre présent.
Laissons résonner en nous cette réalité de l’absence ; prenons le temps de faire place au vide ; n’habitons pas trop vite les déserts de nos églises, de nos villes, de nos cœurs ; laissons place aux cris de solitude, de souffrance, de désespoir devant le silence des hommes (et de Dieu ?) ; n’oublions pas que la « présence » (eucharistique) procède d’une absence, que l’on fait mémoire d’un absent, pour donner sens à un vide. 

Françoise Micheau

Sur l’installation d’Achot-Achot et d’autres Cènes dans l’art contemporain :
http://www.voir-et-dire.net/?La-Cene-dans-l-art-contemporain

Présence “réelle”

Le récit ou les récits de “l’institution eucharistique”, ici à travers Paul et Jean, font du Jeudi saint une célébration qui s’achève par un temps d’adoration face à la présence réelle. Or qu’est-ce que la présence réelle aujourd’hui ? Notion largement discutée pendant le premier millénaire du christianisme avant de devenir, contre les protestants, un étendard des catholiques jusqu’à connaître depuis quelques décennies une recrudescence avec une utilisation pour le moins abusive des saluts au saint- sacrement et autres temps d’adoration ?
Bref. Qu’est-ce que la présence réelle aujourd’hui ? L’évangile de Jean apporte une réponse nette. La présence réelle, c’est-à-dire la présence du Christ parmi nous, avec nous – aussi – se vit dans le mouvement avant la contemplation. C’est bien le service où le lavement des pieds devient ce geste de rupture sociale, d’inversion hiérarchique et d’humanité bouleversante. L’incarnation de notre Dieu, sa présence réelle, c’est d’abord ce toucher sans retenue parce que nécessaire des corps fatigués, meurtris, usés, de ces pieds qui ont tant marché et dans toutes les directions, en zigzag souvent, pour écrire, complices,  l’histoire de ceux qu’ils portaient ou qu’ils portent. Alors, ici et maintenant, la présence réelle se trouve bien moins dans les églises ouvertes et vides, malgré l’exposition de l’ostensoir, que dans le bruit furieux du monde qui se débat contre la mort jusqu’à en mourir, dans les gestes qui, posés par les soignants sur les malades isolés et contagieux, sauvent ou seulement soulagent ; dans la solidarité à la fois proche et lointaine de nos échanges incorporels pourtant mais devenus tellement créatifs. Demain, après l’épreuve de la pandémie, la présence réelle du Christ, sans avoir désertée les églises à chaque fois qu’elles font communauté, sera aussi ancrée dans ces multiples marques de charité désintéressée, portée à la fois pour l’amour de l’humanité et pour l’amour de Dieu qui, une fois pour toutes, nous a donné cet exemple “pour que nous fassions, nous aussi, comme il a fait pour nous”. 

Alain Cabantous

Chant

Oui, c’est un homme qui prit le pain mais c’est notre Dieu qui nous lave les pieds.
C’est un homme qui prit le vin mais c’est notre Dieu qui devient pour demain notre mémoire.
C’est un homme qui va mourir mais c’est notre Dieu qui nous envoie en témoignage

et nous invite à prendre sa place dans ce monde d’aujourd’hui.

Le dernier repas, Abrecht Dürer, 1523

L’homme qui prit le pain D 254 (C. Duchesneau)
Écouter : L’homme qui prit le pain

L’homme qui prit le pain n’est plus devant nos yeux
Pour saisir en ses mains le don de Dieu.

C’est à nous de prendre sa place aujourd’hui
Pour que rien de lui ne s’efface.


L’homme qui prit le vin n’est plus devant nos yeux
Pour donner en festin l’amour de Dieu.

L’homme qui prit la mort n’est plus devant nos yeux
Pour offrir en son corps le monde à Dieu.

L’homme qui prit tombeau n’est plus devant nos yeux
Pour prouver à nouveau la vie de Dieu.

Commentaire

Etrange célébration que celle de ce Jeudi Saint 2020 ! Marquée par une absence, n’en dit-elle pas mieux la présence de Celui qui nous réunit ordinairement ? C’est aux gestes d’attention à tous, spécialement aux plus vulnérables, que vous me reconnaitrez, avait-il déclaré. Cette diaconie mutuelle, au plus lumineux de nos existences, nous la devons à cette Présence. Saint Jean fait le récit du lavement des pieds en lieu et place de celui de l’institution de l’eucharistie. À l’amour seul revient le pouvoir d’actualiser cette Présence. Plus que jamais, elle a pris la forme aujourd’hui d’un exil hors de nos temples. Le confinement peut nous ouvrir aussi un espace intérieur. Mais dans le traitement concret de cette épidémie, n’est-ce pas une libération qui est déjà entraperçue ? Mouvement symbolique d’une Église envoyée par le Christ, pour témoigner d’une vie nouvelle ! L’eucharistie ne s’arrête pas à la Cène. Elle nous invite à prolonger sa trace. Et à creuser le désir d’une communion renouvelée.

Jean-François Petit

Si l’homme fragile est à l’image de Dieu, Dieu serait-il fragile ? 
E. de Bourqueney

Méditation

Avec la célébration du Jeudi Saint, nous entrons dans le triduum pascal : ces trois jours qui nous plongent davantage dans le mystère du Salut. 
Dieu Sauve. C’est la signification même du nom de Jésus. C’est ce que nous proclamons à temps et à contretemps. C’est la matière même de notre Espérance et c’est le cœur de la fête de Pâques.
Cependant, une fois que nous avons dit cela, sommes-nous véritablement capables de définir ce salut ? Dieu sauve, certes, mais qui et de quoi ? 
En cette période d’épidémie, Dieu est-il vraiment sauveur ? Écoute-t-il nos prières ? Il paraît surtout bien absent… 
Pourtant, ces jours saints nous invitent à comprendre plus profondément ce mystère du Salut. Lors de la dernière cène, Jésus entre dans sa passion avec une question pour chacun d’entre nous : comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? 
À l’évidence pour les apôtres la réponse est non. Le lendemain sera le jour de la débâcle et de la trahison. Mais Jésus donne à chacun la clé pour ne pas rester enfermé dans son incapacité à comprendre : comme je vous ai aimé, aimez-vous les uns les autres
En cela réside peut-être ce que nous appelons le salut : qui que nous soyons, le Christ nous donne cette capacité d’aimer, et d’aimer comme lui. C’est-à-dire de l’amour même dont il nous aime.
Cet amour, dans cette passion que nous célébrons, c’est ce don de lui-même total, parfait. Don auquel nous nous associons à chaque eucharistie. 
Lors du dernier repas, Jésus lègue à l’humanité ce sacrement de son corps et de son sang. En se rendant réellement présent dans le pain et le vin consacré, c’est la vie de chacun qui se trouve transfigurée dans la vie même du Christ. 
La messe, bien plus qu’un mémorial du dernier repas, est l’acte par lequel Jésus réalise la promesse du Père. Il nous unit au Père. C’est ce que dit le prêtre à l’offertoire : comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.
Il n’y a ici rien de symbolique. Il y a la réalisation effective de la promesse. Dieu sauve parce qu’il m’unit à Lui. Il me rend comme lui.
Ce jeudi saint si particulier ne sera pourtant pas différent sur le fond, car cette union, actualisée et réaffirmée à chaque eucharistie, jaillit de la grâce de notre baptême jour après jour. Si nous ne pouvons pas célébrer ensemble cette année, soyons certains que rien n’arrête l’action de Dieu. C’est ce que l’on nomme la communion de désir : non pas une communion au rabais, mais l’affirmation que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (Rm 8, 28). Rien ne limite l’amour de Dieu, pas même les sacrements de l’Église, mais c’est pourtant dans l’Église qu’il révèle cet amour. Ce Paradoxe, aujourd’hui encore nous invite à chercher toujours davantage comment il nous aime, c’est-à-dire comment il nous sauve et à accueillir humblement jour après jour cette question : comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? 

Alexandre Denis


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  1. marie-josé Lecat-Deschamps says:

    Merci à celles et ceux qui se chargent de mettre en ligne les déroulés des célébrations . Étant donné les difficultés des préparations, un loupé est bien normal, je vais essayer de vous partager sur l’oubli qui a été fait.
    Il s’ agit de l’évangile qui, officiellement se termine au verset 15, alors que les versets 16 et 17 sont une conclusion esentielle : comment être heureux ?
    “Oui, je vous le dis, c’est la vérité : le serviteur n’est pas plus important que son maître, l’envoyé n’est pas plus important que celui qui l’envoie. Maintenant, vous savez tout cela. Vous serez heureux si vous le faites.”
    Si nous prenions au sérieux ces 2 versets : Jésus dit à tous ceux qui essaient de le suivre, il n’y a pas de tâches définies, réservées à certaines ou à certains, selon des catégories définies par le sexe, la couleur de peau, la nationalité, les diplômes…et cela est une clé du bonheur, tout un programme que nous voulions vous faire savourer.
    marie-josé Lecat-Deschamps

  2. Jean-Luc Lecat-Deschamps says:

    Alexandre, tu nous invites à chercher toujours davantage comment Jésus nous aime, c’est-à-dire comment il nous sauve. Merci.
    Aujourd’hui je crois ceci : Jésus nous sauve parce qu’il nous ouvre aux autres. C’est en s’ouvrant aux autres, à tous les autres, que nous pourrons reconstruire le monde de demain.
    Pour moi c’est cela Pâques aujourd’hui.

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