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La fraternité, une folie réaliste

« Rêve sympathique ou dynamique à traduire dans nos comportements individuels et sociaux ? ».
Guy Aurenche nous propose une lecture de Fratelli tutti (Tous frères) la nouvelle encyclique du pape François inspirée par un autre François, celui d’Assise.

Une nouvelle lettre nous attend, une encyclique (1)Tous Frères, éd. Bayard. Généralement destinée aux évêques, le pape François la propose à toute « personne de bonne volonté ». L’évêque de Rome veut nous convaincre de vivre la force de la fraternité. Rêve sympathique ou dynamique à traduire dans nos comportements individuels et sociaux ? Nous sommes plutôt sceptiques ! L’appartenance à une même famille s’impose pourtant en ces temps de pandémie. Je le constate bien : nul ne peut s’en sortir seul. La fraternité nous protège et se révèle le moteur de toute existence en ouvrant l’humanité sur un autre, un « ailleurs » ?

Les ombres d’un monde fermé

« Nous avons tous perdu le goût de la fraternité ». Le pape passe en revue les ombres du monde, non pour nous enfoncer dans le pessimisme, mais pour aider à repérer les dérives : accentuation de la marginalisation, croissance des inégalités entre riches et pauvres, insouciance destructrice vis-à-vis de la planète, augmentation de l’intolérance et de la violence, sentiment de « suffisance » et oubli de l’autre, danger de la communication superficielle.

Un étranger sur le chemin

Photo by Max Böhme on Unsplash

« Nous sommes analphabètes en ce qui concerne l’accompagnement, le soutien aux plus fragiles ». Le pape raconte l’histoire du « bon samaritain » (Évangile de Luc au chap. 10) : un étranger oublie un instant ses soucis et sauve un blessé qu’il ne connaissait pas. Mal vu de la société de l’époque, le samaritain obéit à « la loi suprême de l’amour fraternel ». Il soigne le blessé et réalise pleinement sa vocation d’homme : au-delà de toutes les différences, reconnaître en tout autre un frère, une sœur membre de la même famille. « La vie est un temps de rencontre ». La rencontre de l’autre est fondamentale dans la vie pour « sortir de soi-même (et) pour trouver en autrui un accroissement de l’être ». Oui, je crois que « l’amour authentique, à même de faire grandir, réside dans les cœurs qui se laissent compléter ».

Photo by 1983 (steal my art) on Unsplash

Une fraternité bien « politique »

Le pape François n’hésite pas à aborder franchement les questions politiques. Si tout être humain est un frère, une sœur, sa dignité ne peut s’épanouir que grâce à des conditions de vie, dignes. L’acte politique est au service du bien commun pour créer la possibilité pour tous de vivre une existence vraiment humaine. Le Pape insiste sur la place des personnes handicapées dans la société, l’accueil effectif des migrants, la régulation de l’économie contre le profit maximal, la promotion de la liberté de conscience et de religion, la revitalisation de la démocratie par des modalités participatives, la réforme des Nations Unies pour inviter à respecter les droits humains fondamentaux.

Le pape François lors d’une audience au Vatican (Photo by Barbara Provenzano on Unsplash).

Dialogue et amitié sociale

Mais que faire lorsque des communautés rejettent l’idée même de fraternité ? Tenter et tenter encore de rétablir le dialogue ! Pour dialoguer il me faut être au clair avec mes convictions sans tout relativiser et reconnaître que l’autre, quel qu’il soit, détient une part de vérité. Tous nous sommes appelés à accueillir la dignité de l’autre, et les croyants à avoir pleinement confiance en l’amour du Père. « Adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère »(2)Document sur la fraternité signé par le pape et le grand imam Ahmad Al-Tayyeb, février 2019. Un programme « follement » réaliste.

Guy Aurenche

Photo de couverture : Juan Pablo Rodriguez on Unsplash

CatégoriesForum

Notes

1 Tous Frères, éd. Bayard
2 Document sur la fraternité signé par le pape et le grand imam Ahmad Al-Tayyeb, février 2019
Guy Aurenche

Guy Aurenche est avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire.
À lire de Guy Aurenche :
« Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

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