En lisant le riche commentaire sur la Porte à partir du portail d’Amiens et de Boltanski, j’y trouve un rappel sur ce qu’est la Foi lorsqu’elle est enrichie de doute, une idée développée par Anselm Grün qui a écrit un livre avec Tomas Halik, théologien, professeur de sociologie et prêtre, intitulé Être séparé de Dieu – Quand la foi et l’incroyance se rencontrent.

L’article de Jean Deuzèmes cite Boltanski : « Je ne suis pas religieux, et je pense même que toute religion est très dangereuse sauf les religions qui doutent, qui n’ont pas trouvé la solution ou qui sont davantage des philosophies comme le bouddhisme. Mais toute religion est belle, parce que toute mythologie est belle, ce sont de belles histoires. Dès que tu crois trop en quelque chose, tu deviens extrêmement nocif. La seule chose est de se poser des questions, mais de ne jamais trouver des réponses parce que, peut-être, il n’y a rien à trouver. » 

Or le père Tomas Halik est persuadé que l’incroyance a une part de vérité en elle-même. « Un athéisme critique peut purifier des représentations religieuses trop naïves et fausses. Il faut rencontrer cet athéisme, le dépasser et l’intégrer à la foi pour la rendre plus forte ».

Selon Jacques Ellul aussi, par exemple, la croyance exclut le doute tandis que la foi le suppose et l’intègre : non pas le doute quant à la révélation, mais le doute sur moi-même, l’épreuve critique quant à ce que je crois : douter, c’est se demander si nous ne sommes pas simplement emplis de croyances.

Peut-être le fait d’être emplie de croyances que j’estime sûres serait-il un mode de vie qui me dispenserait également de m’interroger sur moi-même : si je suis sûre à 100 % d’aimer telle personne (ou Dieu), je ne me questionne pas/plus sur elle, ni sur moi, ce qui revient à me dispenser de me poser une question existentielle : est-ce que je me/la connais en entier ? Est-ce que mes actes témoignent de la réalité de mes « croyances »  ou ce que je crois ma Foi reste-t-il à côté de ma vie ? L’acte teste ma foi qui est vérifiée par le doute sincère : il la vivifie en la rendant robuste et souple, capable d’être à l’écoute de la différence et d’accueillir celle-ci qui peut m’enrichir : c’est tout l’apport de l’incroyance à la Foi qui, sinon, resterait bien plus fermée que l’Amour. Le dialogue avec ceux qui s’affirment incroyants peut nous faire prendre conscience de ce qui était naturel selon nous et développer ensuite une Foi plus réfléchie. C’est un des chemins, il en existe d’autres… 

Pour reprendre la comparaison du début de l’article, la porte de la bergerie dont Jésus parle est celle par laquelle — ce n’est pas une vérité de La Palisse — les brebis entrent et sortent, trouvent du pâturage. Il n’y a rien à manger dans la bergerie. Elles ont besoin d’une certaine liberté (un peu risquée) pour que leurs choix soient signifiants. La porte est une partie dynamique et dynamisante de la maison. 

De nos jours, que la porte de notre propre maison ou de notre maison d’église soit tous les jours celles d’un accueil inconditionnel et plein de gratitude pour ceux qui entrent et sortent, voire stationnent sur le seuil !        

Marguerite Champeaux-Rousselot

CatégoriesNon classé

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.