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L’Avent. Un confinement spirituel

L’Avent c’est avant tout l’invitation à faire une nouvelle expérience du temps : face à l’impatience dominante, apprendre à attendre ; face à l’obsession sécuritaire, apprendre à lâcher prise ; face à la prévision absolue, s’ouvrir à l’inattendu.

En ce sens, on peut dire que l’Avent est une sorte de « confinement spirituel » :

  • Se con-finer : pour faire l’expérience de notre finitude humaine et nous ouvrir à l’infini de la transcendance. Nous nous croyons infinis, éternels, vivant dans un modèle de croissance infinie… et nous voilà confrontés à la finitude physique, psychique, sociale… une opportunité pour nous ouvrir au plus grand que nous…
  • Se con-finer : pour faire l’expérience de l’attente et de l’inconnu et nous ouvrir à l’espérance. Nous croyons pouvoir tout fabriquer, maîtriser, contrôler, … et nous voilà confrontés à l’incertitude permanente, à l’impossibilité de prévoir, d’anticiper, de programmer… une opportunité pour ré-entendre une « promesse ».
  • Se con-finer : pour faire l’expérience de la sobriété, de l’inaccessible, de l’indisponible, du vide, et du manque, et nous ouvrir au radicalement nouveau. Nous croyions pourtant que le bien-être était dans le tout plein… et voilà tout notre quotidien et nos activités habituelles réduites ou supprimés… une opportunité pour retrouver l’essentiel.

Oui, l’Avent est une sorte de confinement spirituel. Le temps s’arrête quelques semaines pour nous préparer à accueillir une nouveauté radicale, dont on connait le titre mais dont la signification est une re-découverte permanente : la nouveauté d’un Dieu qui se fait homme.
À tellement l’entendre et le répéter, on risque de ne plus voir l’audace folle d’un Dieu qui s’incarne au cœur de l’histoire humaine. L’audace du radicalement Autre devenu incroyablement proche.
L’Avent est ainsi un temps pour arrêter le temps, mettre les pendules à zéro et commencer à compter ce qui compte. L’Avent est le temps pour attendre une naissance qui va changer nos vies. L’Avent est l’occasion de libérer notre imaginaire et d’oser sortir du cadre connu. L’Avent peut ainsi nous aider à vivre le confinement physique comme une préparation pour que « le jour d’après » ne ressemble pas aux « jours d’avant ». Nous voulons retrouver nos activités, nos cultes, et notre rythme d’avant. Et l’Avent nous invite à découvrir que nous pouvons vivre et célébrer autrement.

L’Avent nous prépare à accueillir le radicalement nouveau dans le radicalement petit, à vivre le grand basculement au cœur du plus insignifiant, à chercher la promesse dans ce qui ne brille pas. On attend le messie qui va nous faire sortir de la pandémie comme un roi qui descendra du ciel et s’imposera avec éclat et puissance sur tous. On attend le vaccin magique et sûr à 100 % qui va en finir avec ce cauchemar et nous permettre de revenir à la normale. L’Avent nous prévient que le messie, celui qui sauve, arrivera là où l’on ne l’attend pas, dans le plus petit et insignifiant, qui n’a pas aujourd’hui ni place ni valeur, et qui fait exploser en éclat notre normalité.
L’Avent, un confinement spirituel pour donner sens au confinement physique.

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Elena Lasida

Professeur à l’Institut Catholique de Paris, chargée de mission « Ecologie et société » à la Conférence des évêques de France.
Elle a publié : « Le goût de l’autre - la crise une chance pour réinventer le lien », Albin Michel, Paris, 2011 et 2018 ; « Parler de la Création après Laudato Si’ » (direction), Bayard, Paris, 2020.

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