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Les fêtes chrétiennes, ces inconnues

« Trois champs d’investigation constituent l’étoffe de cette nouvelle chronique : la diversité des cultures, appréhendée notamment à travers les voyages, la sociologie des organisations (comment faire société), l’économie, notamment de la petite et moyenne entreprise (fort absente au sein de notre Eglise). Trois domaines témoins de la richesse de notre dynamique humaine, que notre implication de chrétiens se doit d’entendre pour faire société ici et au-delà, dans la perspective du « Royaume ».

L’Ifop a interrogé 1 009 Français, entre le 5 et le 7 août de cette année, pour appréhender leur connaissance des grandes fêtes catholiques, et des concepts clés pour la religion chrétienne(1)Lire les résultats de l’enquête.

Un premier constat : rien d’étonnant à ce que Noël, la Toussaint, voire Pâques soient connus par une majorité de Français, en tant que fête religieuse. Plus étonnant le fait que 13 % des Français sont en mesure de donner un sens à la fête de la Pentecôte (descente de l’Esprit Saint sur les apôtres), 26 % pour les pratiquants occasionnels, et seulement 46 % pour les pratiquants réguliers.

Le souffle de Dieu, si essentiel à solliciter pour vivre notre vie de foi, serait pour partie absent de leur vie, alors que la commémoration des évènements essentiels de la vie du Christ est largement connue ?

Second constat : quel profil pour qualifier les Français quant à la connaissance du sens de ces fêtes religieuses ? Les plus de 65 ans sont nettement plus au fait que les moins de 35 ans, les cadres, bien plus que les artisans/commerçants, ou les employés et en plus grand décalage encore avec les ouvriers, les diplômés du supérieur bien plus que ceux de niveau au plus égal au CAP, les dirigeants d’entreprise bien plus que les salariés du secteur public, les sympathisants de droite, y compris ceux du rassemblement National plus que ceux du PS et des Verts et bien plus que ceux de la France Insoumise, ceux des grandes villes plus que ceux du milieu rural (sujet d’étonnement). Par contre les femmes sont proches des hommes, quoiqu’avec un léger avantage.

En définitive ceux qui maîtrisent le plus le sens des grandes fêtes religieuses sont âgés, instruits, de droite et cadres ou dirigeants d’entreprise. Qu’en est-il d’une approche populaire de la culture chrétienne, si présente dans le passé ? Certes ce constat ne fait que souligner la « déchristianisation », ce que nous appréhendions déjà. Comment les chrétiens peuvent-ils être ferments au sein de notre société, comment peut-on entendre les messages des autorités hiérarchiques de l’Église catholique, quand il y a une telle rupture culturelle ?

Troisième constat à propos des pratiquants réguliers autour des concepts clés que sont la communion, la résurrection, le péché et La Trinité.

Tout d’abord l’importance du nombre de pratiquants réguliers qui ne savent pas définir la communion (16 %), la résurrection (30 %), le péché (37 %), la Trinité (47 %). Ce constat est peut-être le fait de remises en cause, de recherches d’un sens qui n’est pas aujourd’hui pour eux clairement défini ; il peut manifester un cheminement que les catholiques occasionnels, voire les catholiques non pratiquants, ne semblent pas avoir entrepris, parce que plus certains d’un sens qu’ils n’auraient guère réinterrogés.

L’église de Saint-Merry (Paris)

Un zoom sur le sens du péché : les catholiques pratiquants le définissent à la fois comme « une chose contraire à la religion, aux commandements, à la loi de Dieu » et comme « une faute, une désobéissance, un non-respect de la morale, le mal », alors que les pratiquants occasionnels ou les catholiques non pratiquants insistent sur le 2e item, tout comme les sans religion (beaucoup plus nombreux à ne pas savoir). Le lien à Dieu s’estompe ainsi pour les non pratiquants ou les pratiquants occasionnels, semble-t-il.

Quatrième constat : la compréhension des concepts communion, résurrection, péché ou Trinité a peu chuté chez les Français entre 1988 et 2020, alors que le sens donné à quelques grandes fêtes religieuses comme Noël ou la Toussaint a nettement plus chuté, du fait d’une pratique beaucoup moins fréquente, semble-t-il.

Cette enquête n’interroge certes pas les pratiques de foi, ni les croyances. Ceci étant, la maîtrise ou non du sens et des définitions sont parlants pour mesurer l’éloignement d’un lien personnel à Dieu et l’importance pour les pratiquants (clercs ou laïcs) de s’adapter à cette réalité ; n’y a-t-il pas nécessité de se déplacer bien plus sur leur propre terrain d’humanité dont nous sommes avec eux les acteurs, nous impliquant dans des valeurs qui nous sont fréquemment communes ?

André Letowski

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André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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