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Les vignerons et le maître de la vigne

Proposée à notre écoute la parabole des vignerons meurtriers, dite aussi parabole de jugement, est généreuse en surprises, extravagances écrirait Ricoeur. En voici une :  l’homme anonyme du début du récit, un propriétaire, est nommé maître de la vigne quand il a tout perdu, sa vigne, les fruits de cette vigne, ses serviteurs, son fils. M’attardant à cette désignation tardive du maître je considère le destin des vignerons ; ces derniers n’ont qu’une obsession, l’appropriation du travail et de l’outil de production, bref d’un faire accaparant qui s’évanouit dans la fermeture mortifère de l’espace : plus de circulation et donc dévalorisation des fruits et disparition des  serviteurs et vignerons. Dans le récit le processus de qualification des acteurs se substitue à celui de l’appropriation. Car pour le maitre de la vigne c’est la relation intersubjective, fondée sur le respect des qualifications de chacun, propriétaire, père et maitre d’un côté et vignerons locataires, débiteurs de l’autre, qui prime sur l’objet à acquérir.

À partir de cette lecture nous comprenons alors pourquoi la dynamique de ce récit est non pas l’appel à assumer un faire mais l‘envoi, et un envoi à être. Les serviteurs désignent les prophètes : tous mes serviteurs les prophètes (Jérémie 7, 25-26) et la collecte des fruits devient appel à la conversion : ouverture de l’esprit, de l’intelligence, du cœur. “Soyez à moi saints car je suis saint, moi, le Seigneur ; et je vous ai distingués du milieu des peuples pour que vous soyez à moi” (Lévitique 20,26), appartenance à Dieu scellée en nous, engravée au cœur, qualification ultime.

Catherine C.

Billet du dimanche 25 octobre 2020

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