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L’homme qui s’était confiné

C’est l’histoire de Jonas qui n’a pas vécu un confinement aussi longtemps que nous, mais comme pour nous, il ne s’y attendait pas du tout.

Deux mois, pour nous, trois jours pour lui… Sans un être humain avec qui parler… Grande solitude. Cependant, en lui une voix forte dans le creux de l’oreille du plus profond de son cœur ne cessait de le déranger, jour et nuit, une voix qui devait venir du ciel, pas de la terre. De temps en temps, nous aurions bien envie que Dieu nous dise quelque chose, un petit mot pour nous rassurer, nous dire qu’il nous aime, nous dire aussi si nous l’aimons vraiment, que sais-je encore ?

Cette voix là était un ordre, il lui était demandé d’aller au loin à Ninive, une ville pas très recommandée où personne de son coin ne se serait aventuré, vers des habitants bizarres, différents de lui, pour porter un message. A personne il n’en avait parlé. C’était un homme jeune qui ne voulait pas avoir d’histoires, il voulait surtout être tranquille, une vie sans relief, sans élan, sans risques et surtout pas d’aventures. Il élevait des colombes dans un village où les oiseaux allaient et venaient sur les toits des maisons et dans les pigeonniers véritables petites sculptures dentelées. Les jours de marché, ruelles et places étaient transformées en une véritable volière. Ce jour-là il choisissait quelques volatiles pour les vendre et les enfermait dans une cage, peut-être s’enfermait-il avec eux ? On peut comprendre notre homme qui avait choisi cette vie faisant corps avec la nature.

Jacqueline Casaubon, Eclats de mer, pastel, 1998

Or, c’est justement sur cet homme qu’est tombé le sort d’une mission divine. Il la refuse et s’enfuit dans la direction opposée, vers la mer. Sur le bateau, un autre sort lui est tombé dessus ; à sa demande, les matelots l’ont jeté à l’eau pour calmer la tempête.

C’est le temps du confinement de Jonas… Il est pris au filet dans le ventre d’une baleine, quelle ironie ! Quel symbole aussi, la nature qui vient au secours d’un homme. Enfermé dans un espace inconnu, il a dû chercher, en vain, une issue. Son espace nouveau sera celui du tête-à-tête avec Dieu, en priant. Son corps est intact, il a été avalé. Se sent-il redevenu fœtus dans le ventre de la baleine ? Une vie nouvelle, une deuxième naissance en perspective ? En pleine obscurité qui traverse tout son être, son regard s’éclaire, son oreille s’affine. Pas autant que celle de Marie qui avait si bien perçu le message de l’Ange.

Dans cet espace propice à la réflexion, il écoute enfin la voix, et promet qu’il sera fidèle à la parole divine. Aussitôt la baleine rejette sur le rivage Jonas, qui sans hésiter se dirige vers l’orient, vers Ninive. Dans cette direction, il marchera face à l’astre solaire, une grande partie du jour. Il marchera alors les yeux baissés et recueillis, accompagné par cette parole qui ne le lâchera pas : 

« Va à Ninive et dis-leur que d’ici quarante jours leur ville sera détruite, car ils mènent une vie corrompue. » 

Traversée du désert, durant laquelle Dieu va parler à son cœur.

Jacqueline Casaubon, Emerveillé j’ai entendu le chant de la mer, 2004

Celui qui s’était enfermé dans la cage de ses oiseaux a été propulsé vers le dehors, il a dû faire tout un chemin pour accomplir ce qui lui était demandé, alors qu’il pensait avoir tout bien fait. Dieu n’arrêtera pas de le surprendre.

De la cage des colombes au monstre marin, pendant la marche au désert, face à la cité forteresse, sous un ricin dévoré, avec un cœur battant la chamade, c’est un cœur à cœur avec le Créateur.

Les barrières, qu’elles soient visibles ou transparentes, cordes bourrues ou fins filaments de soie, fragiles ou solides, elles sont là. Les franchir en se glissant dessous comme les tout-petits, les escalader si nous nous sentons de le faire, avec l’aide des autres, tous ensemble. 

Des barrières, toujours des barrières, mais aussi, toujours, toujours, le rai de Lumière qui les accompagne. Notre espérance.

Jacqueline Casaubon

Lire aussi : L’homme qui n’aimait pas être contrarié

CatégoriesRécit
Jacqueline Casaubon

Jacqueline Casaubon est conteuses. Elle écrit des récits de vie («Empreintes et Tissages d’hier et d’aujourd’hui », à paraitre). Des poèmes illustrés de ses peintures. Les psaumes et d'autres textes de la Bible lui ont donné l’occasion de les actualiser.

  1. Juliette L. says:

    un poème méditatif et lumineux comme si nous aussi nous voyions ce rai de lumière … Merci ! ( et les tableaux aussi font rêver)

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