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Nous n’irons plus à « la messe »… nous irons à la rencontre

« Je souhaiterais tellement qu’on ne parle plus de “la messe”.
Si nous disions plutôt : “nous avons rendez-vous, nous allons à la rencontre” ?
Chaque fois que nous nous retrouvons, il y a une rencontre à vivre… Nous avons sans cesse à retrouver la vie, à réimaginer notre façon d’être ensemble, notre manière de nous nourrir de Jésus et de sa parole ».
De Jean-Luc Lecat


Omniprésence (et omni rigidité !) de la messe dans le monde catholique…
Aller à la messe chaque semaine était une obligation sous peine de péché grave. Et aller à la messe reste un marqueur du catholicisme.
Les occasions de messe sont multiples, même si le déroulement de la messe est quasiment immuable, figé dans des codes très stricts où l’improvisation et la spontanéité de la vie n’ont quasiment aucune place. On peut faire des ajouts certes, adapter aux situations variées, mais le cadre et les mots restent toujours les mêmes d’un bout du monde à l’autre.
« La messe », c’est comme le passe-partout de la société catholique… rien de sérieux ne peut se faire sans la messe qui accompagne tout : la naissance, la vie, l’amour, la mort, la vie privée et aussi très souvent la vie publique.

Vous me direz que tout cela n’est plus guère d’actualité, qu’on va de moins en moins à la messe ! Et c’est parfaitement vrai ! Au moins en Occident… Mais quand il s’agit d’un grand événement de la vie, malgré tout on voudrait bien une « messe » que ce soit pour un mariage ou des funérailles mais aussi pour marquer une commémoration ou fêter un anniversaire…
Et pourtant ce besoin de « messe » n’est-il pas piégé ? Et parfois terriblement loin de la foi en Christ ? N’est-ce pas avant tout vécu par les demandeurs comme une festivité bien organisée, sans beaucoup de risques, car très cadrée dans son déroulement globalement figé, un moment capable de pompe et de solennité, adaptable à une situation particulière grâce à quelques mots rajoutés bien choisis et, de surcroît, un petit air de mystère un peu magique ? Mais ceci n’est-il pas la caricature d’une rencontre de style évangélique et de vie partagée ? Même si je reconnais volontiers que, bien sûr, dans ces célébrations l’Esprit peut passer !

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Dans ces « messes », et dans toutes les messes, on accomplit un rite très organisé et intangible : on commence par nous faire reconnaitre que nous sommes, par définition, pêcheurs et donc mauvais, et qu’il faut demander pitié ; puis on écoute deux ou trois textes de la Bible qui veulent nous dire quelque chose de Dieu et de Jésus : ils sont là pour être notre nourriture pour la semaine ou dans la circonstance célébrée ce jour-là. Vient ensuite l’écoute, sans pouvoir répondre, du commentaire d’un prêtre (l’un des moments le moins formaté, mais le plus formatant souvent, car sans droit de réponse ou de modulation, seulement éventuellement passé au crible à la sortie !) Et ce commentaire vient d’être redéfini par une instance vaticane comme le seul autorisé pendant l’eucharistie : « les fidèles laïcs peuvent prêcher dans une église mais (…) en aucun cas ils ne pourront prononcer l’homélie pendant l’Eucharistie » ! Puis le célébrant proclame la prière et reprend les gestes et paroles de Jésus à son dernier repas. Ensuite nous sommes invités à recevoir le pain, corps de Jésus, si toutefois nous sommes conformes aux lois ! Et ainsi, prétendument fortifiés par tout ce rite accompli selon les normes et donc en règle avec le droit canon et les consignes vaticanes, nous voici renvoyés dans le monde de tous les jours, lui qui nous confronte à tant de questions et tant de multiples façons d’aborder la vie… « ite missa est », « allez ! La messe est dite ».

Dans ce rite de « la messe », où est l’expression des demandes de l’assemblée, mis à part la prière universelle ? où est la rencontre, hormis le timide baiser de paix ? où est le partage, sinon le pain religieusement distribué ? Où se réalise, sinon éventuellement dans le secret des coeurs, ce moment revigorant, riche de vie et d’échanges, qui pourrait faire penser à un heureux moment vécu ensemble et donner « le punch » suffisant pour repartir en pleine vie ?

Je souhaiterais tellement qu’on ne parle plus de « la messe » qui, dans nos têtes et dans celles de nos contemporains, comme apparemment dans celles de beaucoup de célébrants, représente un truc tout fait, le domaine et l’affaire des curés ! Non, je/nous n’irons plus à « la messe »… Si nous disions plutôt : « nous avons rendez-vous », nous allons à  « la rencontre » ? Nous allons préparer notre fête de dimanche prochain, nous partons vivre « nos retrouvailles dominicales », nous allons partager avec ce couple qui se marie, cette famille dans le deuil, ces jeunes qui vont fêter la vie… N’est-ce pas jouer sur les mots direz-vous ? En fait, est-ce simple question de vocabulaire ? ou bien s’agit-il d’un réel changement d’esprit et d’attitude ?

Nous avons sans cesse à retrouver la vie, à réimaginer notre façon d’être ensemble, notre manière de nous nourrir de Jésus et de sa parole, de nous fortifier du Christ.

Chaque fois que nous nous retrouvons, il y a une rencontre à vivre, nous venons rejoindre des personnes en quête de vie, nous venons écouter, tenter de comprendre et réagir sur les paroles et la vie de Jésus, sur celles de femmes et d’hommes de Dieu qui l’ont précédé, sur celles d’amis qui l’ont choisi comme maître de vie… Ensemble, nous venons essayer d’entendre, d’intégrer, nous allons vivre des silences, des moments d’admiration, des instants de prière, nous allons partager un repas et nous fractionnerons le pain et boirons le vin comme Jésus l’a fait autrefois avec ses amis… et ensemble nous mettrons en commun, autant que le temps nous le permettra, joies, peines, soucis, interrogations, projets et passions, espérances et découragements… nos vies, quoi !

Je crois qu’il nous faut complètement reconsidérer et réinventer ce temps de rencontre entre nous, et avec tout ceux qui auraient envie de nous rejoindre. Il me semble indispensable de casser le rite, par définition figé, de ce que nous appelons « la messe ». Nous avons sans cesse à retrouver la vie, à réimaginer notre façon d’être ensemble, notre manière de nous nourrir de Jésus et de sa parole, de nous fortifier du Christ. Prenons le risque d’oser un réel temps de vie non rituelle autour de ce qui est le cœur de notre foi, pour que cette foi devienne vivante au cœur de nos vies.

Faisons un rêve ! Et si cette rencontre, au rythme à définir, devenait un vrai repas de vie partagée, quelles que soient les circonstances ? Un vrai rendez-vous entre êtres de chair et de sang, lourds de leur humanité, un moment nourrissant, réjouissant, ragaillardissant, au plein coeur de nos existences !

Jean-Luc Lecat 

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