« Où manger à Paris ? » en temps de confinement…

Dès le début du confinement et en réponse à une situation de détresse des plus démunis, le Vicariat pour la Solidarité du Diocèse de Paris, en partenariat avec les acteurs de la solidarité, a proposé à la Préfecture et à la Ville de Paris d’associer les paroisses à leur opération de distribution alimentaire. Ainsi, quelques échos de Saint-Eustache et d'un membre du RCI de St Bernard de la Chapelle.

« Concernant l’aide alimentaire, la Ville de Paris a ouvert en coordination avec l’État et l’association Aurore différents points permettant la confection et la distribution de 5 000 sachets repas individuels : au Carreau du Temple (3e), aux Grands Voisins (14e) et au 70, boulevard Barbès (18e). Ces centres sont ouverts tous les jours de 9h30 à 14h. … »
« Et elle travaille également avec le diocèse et 28 paroisses mobilisées, permettant ainsi la distribution quotidienne de 1 600 sachets repas dans différents points de la ville, auxquels s’ajoutent 1 300 repas préparés par le diocèse directement. »

https://www.paris.catholique.fr/-covid-19-crise-sanitaire-et-.html

Les repas à Saint Eustache

Dans notre centre de Paris, les bénévoles du Centre pastoral Halles Beaubourg n’étaient pas mobilisables car pour la majorité « population à risque ». Mais Saint-Eustache avec son expérience de « La Soupe » depuis des dizaines d’années, distribuant des repas tous les soirs d’hiver, a pu reprendre le flambeau et organiser une distribution à midi, seule paroisse dans le centre, avec le Carreau du Temple qui sert 500 repas.

A Saint-Eustache, « La Pointe », à l’est sous l’église, était occupée au temps des Halles par un marchand de légumes, à qui a succédé dans les années 70 l’accueil des latino-américains réfugiés des dictatures (proches du CPHB), puis de nombreuses activités sociales… : un lieu d’église ouvert sur la ville. C’est là que s’est installée la distribution, assurée par les équipes de la Soupe Saint-Eustache : une équipe par jour, avec trois ou quatre bénévoles. Dans la salle, l’arrivée des produits, et par l’ouverture d’une fenêtre basse, la remise des sacs, avec des barrières et sans bousculade.

Le public, d’abord des SDF traditionnels, qu’on a vu très vite refluer vers le centre : ce sont les «vrais résidents », alors les seuls dans la rue ! Au début on servait 60 repas et maintenant environ 160 par jour. Aux premiers jours du mois de mai on était redescendu à 120 au moment où les gens reçoivent leurs minima sociaux.
D’abord des SDF, puis des gens précarisés, femmes, jeunes, personnes avec de petites retraites. Et depuis le déconfinement, apparaissent déjà ceux qui sont ressortis travailler mais qui n’ont pas assez d’argent. Les parents avec enfants, ceux qui étaient sur le fil du rasoir. Est-ce qu’on assiste à une précarisation accrue ? 

Comment ça s’organise ? À 11 heures on nous livre, et à midi on commençe à servir avec les bénévoles de La Soupe qui se sont engagés : une équipe par jour avec trois ou quatre bénévoles. 
On sert dans des sacs, en principe préparés, mais avec un peu de réemballage à faire. Au début c’était les repas préparés par l’association Aurore et financés par la Ville de Paris, bien préparés, avec un sac biodégradable. À la demande de Benoist de Sinéty, le collège Stanislas puis Franklin se sont impliqués pour ces repas qui sont financés par des dons. Les paroisses de l’Est parisien sont approvisionnées par Aurore, association localisée à Denfert-Rochereau, et celles de l’Ouest par Franklin, plus proche, à partir des dons, et donc avec des compositions variables : c’est la surprise, un jour des barquettes préparées par la Grande Cascade (Bois de Boulogne), un autre jour la Table de Cana, ou des salades de nouilles…
Les gens prennent leur sac en plastique bleu vif et s’en vont très vite, certains s’installent dans le jardin. Il y en a quelques-uns qu’on connaît, dont des gens en fauteuils roulants, ou qui déambulent dans le quartier depuis des dizaines d’années.

La police municipale vient tous les jours et c’est très bien, pour ceux qui sont toujours prêts à jouer les caïds, et la police, ça calme tout le monde. Elle a des équipes qui tournent, on a pu discuter beaucoup, ils nous demandent des nouvelles des maraudes qu’on a faites, ils sont complètement pris avec ces réalités-là, on voit que c’est leur quotidien…
Le représentant de l’Action sociale de la ville passe de temps en temps. Le maire du deuxième est venu, le maire du quatrième aussi, Dominique Versini adjointe à l’action sociale également au début. Dans cette action de solidarité, ils ont découvert une soupe populaire dans le sixième qui existe depuis 1906. 

Alors les perspectives ?
Il n’y a jamais eu autant de repas distribués dans la rue. Les gens vont au Carreau du Temple puis ici, et comme c’est le Ramadan le soir ils trouvent de la chorba, du poulet au couscous pour la rupture du jeûne.
Mais on va arriver à la fin du ramadan, et on annonce que ce dispositif de distribution sera terminé à la fin mai. Que va-t-il se passer ensuite ? Il y a un gros point d’interrogation. C’est vrai qu’à un moment donné tout le monde fatigue. Que communiquer aux participants, quelle suite prévoit-on, que peut-on pérenniser ?
Ainsi va la solidarité dans les églises du Centre de Paris… une histoire qui n’est pas finie…

Propos recueillis auprès de James C.

Saint Bernard de la Chapelle : témoignage de Michel, membre du RCI

Je suis sur le pont toute la journée : dès le matin et le soir en gérant mes mails pour mobiliser les 30 volontaires de Solidarités Saint Bernard qui distribuent les paquets-repas fournis par Aurore (on a commencé à 50, on en est à 150) et qui partent en maraude alimentaire. De 10h45 à 14h00, je suis sur le parvis de Saint Bernard pour coordonner, faciliter les liens avec les forces de l’ordre, et depuis ce matin pour répondre aux questions de journalistes de toutes tendances (France Inter, L’Humanité, la Conférence des évèques).
Le reste du temps, je suis au téléphone. Je multiplie les contacts de relations publiques : aujourd’hui avec la mairie de Paris et des associations du XVIIIeme.  J’accueille aussi de nouveaux bénévoles (1200 se sont manifestés auprès de l’évéché). On trouvera sans doute de futurs professeurs de FLE. 
Je me bagarre pour que l’on identifie les fontaines qui existent hors des parcs et où les migrants pourraient prendre de l’eau potable. De même pour les sanisettes qui ont rouvert sur réquisition des salariés de la société Decaux qui avaient exercé leur droit de retrait. Les textes officiels disent que tout est ouvert. Or la réalité est tout autre. 
Ce soir, je travaille sur les messages que je veux faire passer. En essayant de trouver des formules choc de 15 ou de 30 secondes. 
Les deux questions qui me sont le plus souvent posées sont : que voyez-vous ? Quel message voulez-vous faire passer ?
 Il y a des conférences téléphoniques régulières qui regroupent 24 paroisses et qui permettent de se coordonner. Mgr Aupetit y participait ce soir.

Michel, 30 mars 2020

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