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Propos d’un lion nommé « la cause »

Me voici, lion rougissant et rugissant, installé depuis quelques jours sous les coupoles de Saint-Merry. J’en suis fort aise et je me réjouis déjà d’entendre les accueillants inviter les passants à découvrir les autres animaux sculptés ou peints dans cette église ; les enfants demander s’ils ont le droit de toucher ma crinière ; les nostalgiques du cirque d’antan leur raconter qu’ils ont vu de vrais dompteurs face à de vrais lions ; les exégètes commenter savamment la centaine d’occurrences de lion dans la Bible, du lion de Juda au lion cherchant qui dévorer ; les âmes pieuses méditant sur mes ancêtres qui ont épargné Daniel dans sa fosse et Blandine dans l’arène ; les férus d’art contemporain proposer de multiples lectures symboliques du combat entre l’homme et l’animal ; les animalistes se féliciter de me voir triompher de celui qui voulait m’asservir. 

Bon, Marie-Joséphine, tu es bien sympathique et ton billet est plutôt bien tourné. Mais arrête de parler à ma place, comme tant d’autres l’ont fait avant toi en me prêtant les propos qu’ils n’osaient pas proférer eux-mêmes à haute voix, tel ce célèbre La Fontaine qui m’a joliment utilisée pour dénoncer l’absolutisme royal. Ne cherches-tu pas à me faire répondre par avance à tous ceux qui s’interrogeront sur ma présence dans une église, voire en seront scandalisés ?             

Alors, s’il te plaît, assieds-toi, tais-toi et entends ce que j’ai vraiment à te dire : quelle est la cause du combat que je mène ? Et toi, pour quelle cause mènes-tu un combat, seul(e) ou avec d’autres ?

Marie-Joséphine Gareton

billet du dimanche 12 juillet 2020

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