Résurrection, enluminure, Manuscrit rhénan du XIII siècle, Metropolitan museum, New York (Accession Number : 23.21.1)

Réjouis-toi !

De toutes parts les informations surgissent et nous submergent. Le désastre sanitaire et économique semble se substituer à tout autre avenir. Affirmer une joie possible au milieu de notre temps de carême, ce n’est pas faire « comme si ». Car notre vie est dirigée vers cette résurrection, cet évènement définitif auquel nous sommes associés depuis notre baptême et dont nous vivons chaque jour. Le commentaire de Alexandre Denis, curé de Saint-Merry, à l'évangile du dimanche.

Chers amis,

De toutes parts les informations surgissent et nous submergent. Les unes officielles et parées de toute « l’objectivité » dont la presse se targue, les autres sauvages et incertaines dont les réseaux sociaux se font l’écho.
Toutes pourtant jouent sur la peur, la catastrophe à venir.
Le désastre sanitaire et économique semble se substituer à tout autre avenir possible et l’on ne nous propose pour seule réponse que l’application de consignes. Consignes qu’il faut mettre en œuvre à l’évidence, mais qui pour nous chrétiens, ne sauraient être le tout de la réponse à donner en cette période d’épreuve.

Ce dimanche, dans toutes les églises, nous allons célébrer le dimanche de lætare : « réjouis-toi ».
Cette injonction ne résonnera pas pour nous comme une forme de méthode Coué ou autre succédanée de politique de l’autruche.
Affirmer une joie possible au milieu de notre temps de carême, ce n’est pas faire « comme si », encore moins jouer les gros bras, les « même-pas-peur », c’est avant tout la recevoir de celui qui est la source de toute joie.
Car cette joie est une grâce.
Le quatrième dimanche du carême laisse entrevoir la lumière de la joie du Christ au milieu de ce temps de jeûne. Il réoriente le carême vers sa finalité : fêter la résurrection. Car, faut-il le rappeler, notre vie est dirigée vers cette résurrection, cet évènement définitif auquel nous sommes associés depuis notre baptême et dont nous vivons chaque jour. 
Les textes de la messe nous le rappellent : tous sont des textes de confiance et de foi. 

Le Ps. 22, l’un des plus connus, nous invite à nous laisser guider par ce bon berger qui fait reposer sur des prés d’herbe fraiche et mène vers les eaux tranquilles.
Nous ne maîtrisons pas toute notre vie mais nous sommes guidés, accompagnés.
Nous sommes souvent dépassés par ce qui nous terrifie mais nous ne sommes pas seuls devant notre terreur : si je traverse les ravins de la mort je ne crains aucun mal car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Nous ne sommes pas seuls.
Mais il y a plus, dans notre acte de foi, que de se laisser guider et rassurer.

Il y a également la capacité à se laisser surprendre : la première lecture et l’évangile nous le rappellent.
Qui aurait choisi David comme roi, ce beau jeune homme roux aux yeux bleus, gardien de troupeau ? Personne. C’est pourtant lui que Dieu désigne à Samuel.

Duccio di Buoninsegna, Guérison de l’aveugle de naissance, Maestà del Duomo, Sienne, 1308-1311

Qui aurait pensé qu’un aveugle de naissance puisse guérir ? Personne. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. C’est pourtant ce que le Christ fait et c’est ce qui provoque ce témoignage : si lui n’était pas de Dieu il ne pourrait rien faire.
Nous, chrétiens, ne croyons pas en une idée réconfortante.
Nous ne prions pas pour nous rassurer ou parvenir à je ne sais quel état de « bien-être ».
Nous croyons que Dieu est vivant.
Nous croyons qu’il est avec tous nous les jours jusqu’à la fin du monde.
Nous croyons qu’il agit dans notre vie et dans la vie des hommes. 

Nous ne faisons pas semblant de croire, nous vivons de celui qui Est la Vie. Ce dimanche de Lætare nous le rappelle : être chrétien c’est vivre du Christ.

Nous sommes témoins de cela au milieu du monde, particulièrement en ce moment.
C’est sans doute cela l’Espérance : non pas un vague pari sur l’avenir, mais l’affirmation d’une Vie qui nous dépasse et qui nous aime, qui nous associe à sa joie.
Vivons en croyants.
Faisons donc nôtre ce dernier dialogue de l’évangile de ce jour, Jésus nous le demande comme une urgence :
Crois-tu au fils de l’homme ?
Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?
Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle.
Il dit : Je crois, Seigneur !
Et il se prosterna devant lui.

P.Alexandre

Participez au partage de ce dimanche en lisant l’ensemble des textes proposés par le Centre pastoral et en postant vos commentaires ici : http://saintmerry.org/dimanche-22-mars-2020-ouvre-mes-yeux/

2 commentaires

  • Nous (toute l’humanité) sommes nativement aveugles, mais aussi sourds, muets, paralysés par la suffisance de notre ignorance native et il nous est annoncé qu’il nous est donné à tous (l’humanité tout entière) de renaître d’en haut, de ressusciter, d’accéder à Agapé, à la Vie éternelle… Seigneur donne-nous d’entendre ta parole : “Lève-toi, prends ton grabat et marche !”.
    Rien d’autre… marcher vers l’inconnu, l’insu, avec confiance ! Marcher… et porter ce qui nous portait (tant de grabats confortables et rassurants !)
    Aujourd’hui l’épreuve est dans ce “confinement” imposé, obligatoire, dont la transgression sera sanctionnée par des amendes voire une peine de prison (de confinement en confinement ?) Seigneur, donne-nous d’entendre comment, privés de notre liberté d’entrer et sortir de nos maisons, de nos activités habituelles en relation aux autres…, nous allons être à même de poursuivre notre marche, sur la distance, rajoutant un carême à un autre (nombre de jours et temps d’épreuve). Envoie ton Pneuma pour nous enseigner et renouveler la face de la terre. Seigneur, que cette épreuve nous transforme tous radicalement pour que plus rien ne soit comme avant ! Passion/résurrection. Pâques éternelle.
    Avec toute mon amitié. JB

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