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Soap opera au Vatican

Quand un cardinal destitué réclame dix millions d’euros d’indemnisation pour ne plus pouvoir participer au Conclave (et donc être élu pape) et quand un autre cardinal est réduit à l’état laïc pour des turpitudes commises des décennies durant…
Faut-il en rire ou en pleurer ?
Le point de vue d’Alain Cabantous

Culture du silence mensonger, du secret, des coups fourrés, des rumeurs de sacristie, des combinazioni en tous genres, du côté de la curie de l’Église, on croyait avoir atteint le fond avec les multiples scandales de pédophilie, de scandales à répétition dans des communautés « nouvelles » longtemps protégées, d’abus sexuels de clercs contre les religieuses, de magouilles juteuses autour de l’O.R.I., etc. Il faut croire que l’on était loin du compte. Coup sur coup et grâce à la pugnacité de François, arrivent l’exclusion du cardinal Becciu et le très long rapport Mac Carrick. 

Ces deux nouvelles affaires, avant les prochaines… puisque le Vatican reste le cadre d’un sordide soap opera, ouvrent à quelques enseignements non magistériels mais systémiques. D’une part, l’ascension de l’ex-cardinal de Washington s’est faite grâce à de multiples complicités surtout romaines. Et quoi qu’en disent les évêques polonais, les turpitudes de Mac Carrick étaient connues jusqu’au sommet. Jean-Paul II, comme dans l’affaire Maciel, est au moins coupable d’irresponsabilité consciente mais tant que le suspect renfloue les caisses et les séminaires… Comme quoi il faut y regarder à deux fois avant de crier « santo subito » et toujours se méfier des décisions des dicastères.

Ensuite, la destitution du prélat sarde rappelle la connivence permanente entre la hiérarchie romaine et l’argent. Becciu, qui ne recule devant rien, demande même dix millions d’euros d’indemnisation au journal l’Espresso sous le pieux prétexte que les révélations sur ses investissements immobiliers et ses versements douteux, en lui ôtant le droit de vote, l’auront peut-être empêché de devenir pape et que son éviction du sacré collège risquera d’entacher la validité de l’élection… Un Trump au Vatican. Manquait plus que ça !

Ne pas généraliser ? Évidemment !!! Sinon il y a longtemps que nous ne serions plus là. Mais des deux faces structurelles de l’Église, sainte et putain, la balance commence à pencher dangereusement du même côté. Et les plaques minéralogiques des voitures épiscopales (SCV) peuvent continuer à signifier « Se Cristo lo vedesse »… grâce à l’humour lucide des Romains.

Alain Cabantous

CatégoriesÉglise
Alain Cabantous

Spécialiste de l’histoire sociale de la culture en Europe occidentale (XVIIe –XIXe siècles). Derniers ouvrages parus : « De Charybde en Scylla : les risques de la mer (XVIe – XXIe s.) » avec Gilbert Buti (Belin, 2018) ; « Les tentations de la chair. Virginité et chasteté (XVIe – XXIe s.) » avec François Walter (Payot, 2020)

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