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Dimanche 11 octobre. “Tous invités”

 Et ce jour-là, on dira :
« Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ;
c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ;
exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » (Isaïe 25)

PREMIÈRE LECTURE (Isaïe 25, 6-10a)
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages »
DEUXIÈME LECTURE (Philippiens 4, 12-14.19-20)
« Je peux tout en celui qui me donne la force »
ÉVANGILE (Matthieu 22, 1-14)
« Tous ceux que vous trouverez,invitez-les à la noce »

Psaume 22

Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien 
Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer
Il est mon berger.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

       Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
       car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

             Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ;
             tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

                   Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ;
                   j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Accueil : que faisons-nous de son invitation ?

Lors de la préparation de cette messe, nous avons choisi de garder les trois textes : outre l’évangile de Matthieu, le livre du prophète Isaïe et la lettre de Saint Paul aux Philippiens. Tant ces trois textes vont bien ensemble ! Oui, nous sommes tous invités, et Dieu prépare un banquet pour tous les peuples.

  • Isaïe nous allèche avec ce festin de viandes grasses et de vin capiteux… Et si ce n’est pas assez explicite, il en rajoute avec les viandes succulentes et les vins décantés. Non content de nous régaler, Dieu essuiera les larmes de tous les visages et fera disparaître la mort.
  • Paul est plus mesuré. Il nous enjoint d’abord d’être solidaires dans les moments de privation, mais aussi nous invite à profiter de l’abondance et de la magnificence de Dieu qui comble tous nos besoins et nous donne sa force.
  • L’évangile de Matthieu est plus ambigu. Tout d’abord, c’est à l’élite religieuse que Dieu s’adresse : aux grands prêtres et aux pharisiens. Mais ces bons connaisseurs de la loi dédaignent l’invitation.

Alors Dieu s’adresse au tout venant : les bons, les mauvais, les ignorants, les publicains, les samaritains et les païens.
Transposons à notre époque : il s’agit des évêques, des prêtres, des théologiens, des bons chrétiens pratiquants, des agnostiques, des mécréants et aussi de nous : communauté de St-Merry.
Alors, qu’avons-nous fait de son invitation, qu’avons-nous fait de lui ?

Odile Guillaud

La parabole des noces royales

Oui, Dieu nous invite, et nous invite tous, à son festin.      
C’est beau, c’est généreux, c’est enthousiasmant, l’amour de Dieu est si immense…
Mais certains versets particulièrement violents de ce passage de l’évangile jettent une ombre, un trouble et même un doute sur cette invitation. Ils sont tellement en contradiction avec l’amour universel de Dieu que l’on est vite tenté de les occulter. D’ailleurs, c’est ce que propose l’Église : on aurait pu faire une lecture raccourcie de l’évangile du jour en supprimant tout le dernier paragraphe et en nous arrêtant à la phrase : « La salle de noces était remplie de convives ».
En effet drôle d’invitation où l’on voit le roi massacrer certains de ses invités qui la déclinent. Drôle d’accueil où l’on voit le roi chasser de la salle du festin un homme qui ne respecte pas le dress-code de la fête. Ce roi ne serait-il même pas capable de dire comme la pub d’un Mac Do ordinaire : « Venez comme vous êtes » ?

Notre-Dame, 1536, vitrail

Enfin avec le dernier verset – « il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus » – c’est le froid définitif. Et de deux façons. On pouvait penser qu’un seul invité est jeté dans les ténèbres extérieures mais en fait c’est le plus grand nombre qui est viré. Et surtout on voit que ce n’est plus la faute du convive mais que finalement tout dépend de Dieu qui n’a pas élu les virés. Dieu ne les a pas choisis. Amour immense de Dieu certes mais implacable, menaçant et ambigu. C’est ce que décrit Maurice Bellet dans son livre Le Dieu pervers.

Et là on tombe dans un abîme qui a sapé toute l’histoire du christianisme au moins jusqu’au dernier concile. C’est la fameuse question de la grâce exposée et développée par saint Augustin dont la pensée a imprégné toute la théologie depuis le Moyen Âge. La grâce de Dieu est surabondante et nécessaire. Elle seule peut me sauver. Je suis complètement dépendant de la bonté gracieuse de Dieu, sur laquelle je n’ai aucune prise. Assez vite, comme on le sait, ce raisonnement peut déraper vers la prédestination.
Pendant des siècles et notamment ceux qui suivent le Concile de Trente marqués par le jansénisme, beaucoup de chrétiens se sont retrouvés coincés dans ce « système de la grâce » qui pouvait dériver vers une dépendance terrifiée envers l’amour de Dieu : si Dieu ne m’a pas choisi ou si je ne réponds pas à l’élection divine, c’est la condamnation éternelle. Je ne peux que m’enfoncer dans la culpabilité.
Comment sortir de cette ornière ? En changeant d’optique. 
Une des solutions est de recourir à l’exégèse et donc restituer le contexte de ce chapitre 22 de l’évangile de Matthieu. On rappelle alors que Jésus adresse cette parabole aux grands prêtres et aux anciens et qu’il cherche à les déstabiliser dans leur certitude d’être les meilleurs du peuple élu. La parabole précédente des vignerons homicides que nous avons entendue dimanche dernier abonde dans le même sens. De même tous ces chapitres 21 à 25 de l’évangile de Matthieu qui précèdent la Passion, baignent dans une ambiance conflictuelle et même violente : Jésus chasse les marchands du Temple, il polémique avec les scribes et les pharisiens, il s’en prend à eux et les menace. Ainsi au chapitre 23, il leur dit : « Malheur à vous, hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le Royaume des cieux ; vous-même en effet n’y entrez pas et ceux qui voudraient y entrer, vous ne les laissez pas entrer ».
Et de façon générale, l’évangile de Matthieu écrit par et pour des chrétiens venus du monde juif a un objectif apologétique : il s’agit de défendre la jeune communauté chrétienne de Jérusalem face aux tenants du judaïsme historique et de démontrer à ceux-ci que l’élection divine leur est désormais enlevée au profit d’un nouveau peuple élu. La destruction du Temple en 70, date après laquelle cet évangile est écrit, semble confirmer ce déplacement de l’élection divine.
Cette explication exégétique est-elle suffisante et satisfaisante aujourd’hui ?
Pas tout à fait. Elle éclaire le texte mais ne l’efface pas, même pas les versets que j’ai qualifiés de violents. Pour nous chrétiens, l’évangile est toujours d’actualité et en sa totalité. Aujourd’hui il continue à nous interroger.
Quelles questions cette parabole des noces royales peut-elle nous poser ? Nous les avons cherchées lors de la préparation. En voici trois qui reprennent celles d’Odile et vous en trouverez sans doute bien d’autres ou bien vous les formulerez autrement.
–  Qu’est ce que ça veut dire « revêtir le vêtement de noces ou la robe nuptiale » ? Ou plutôt – nuance pour moi, pour éviter de tomber dans le fantasme de la pureté ou de la perfection – qu’est que revêtir le vêtement de fête ?
 – Dieu nous choisit ? Dieu nous élit ? Ou plutôt, pour éviter de se sentir accablé par le poids de ces mots définitifs, Dieu nous appelle aujourd’hui, aujourd’hui il nous invite. À quoi nous appelle-t-il aujourd’hui ? À quoi nous invite-t-il aujourd’hui ?
– Enfin, allons-nous répondre à son invitation ? Si les premiers invités l’ont refusée et même fait périr les messagers, si l’invité sans la tenue adéquate est resté coi, saurons-nous dire : « oui, je suis là » ?

Pierre Sesmat            

Chant : QUI DONC A MIS LA TABLE (texte et musique : Claude Duchesneau)

écouter le chant
Qui donc a mis la table où nous attend le pain ?
Qui donc emplit la coupe où nous boirons le vin ?
Quel est celui qui nous a conviés ?
Quel est celui qui peut nous combler ?
Allons vers le festin, il nous dira son nom.
Allons vers le festin qu’il donne en sa maison.

C’est toi, Jésus, qui nous conduis vers ce repas,
Et rien ne peut manquer à qui suivra tes pas.
Pour nous, ta vie prend le goût du pain.
Pour nous ta vie coule comme un vin.
Tu viens nous inviter, tu nous l’avais promis.
Ta joie revient brûler le cœur de tes amis.

Tu pars nous chercher sur les routes à chaque instant
Que nous soyons bons ou que nous soyons méchants.
C’est toi qui nous prépares l’habit
Que nous portons pour vêtir la vie.
Dieu saint, nous accueillons celui que tu envoies
Jésus tu viens à nous et Dieu nous vient par toi. 

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  1. BARBIN says:

    À propos du texte Pierre Sesmat sur
    La parabole des noces royales.
    Il me semble que cette parabole peut être entendue à la lumière de la parabole du bon grain et de l’ivraie.
    Les noces royales ne sont-elles pas la moisson ultime lors de laquelle l’ivraie est et sera enfin arrachée et brûlée.
    Ce n’est pas Monsieur Machin ni Madame Truc qui sont invités aux noces royales, c’est le bon grain en chacun de nous.
    Jésus dit : “Je n’en ai perdu aucun”, notre part de bon grain sera sauvée et accueillie dans cette fête incroyable, inimaginable, insue (et inconcevable par nos possibilités humaines).
    Ne craignons pas cette “violence” à l’égard de l’ivraie ! Elle l’est à l’égard de l’œuvre du Diabolos “Arrière Satan !” (y compris à Pierre qui déconseillait à Jésus d’aller à Jérusalem, c’est-à-dire sa mission : sa passion et sa résurrection. pour nous sauver, nous délivrer du mal et nous appeler à sa suite à la Résurrection..). La part d’ivraie en chaque être humain est abominable à l’œil humain, saint Jean la traite de “rien”… Relire le prologue de st Jean.
    La parole du Christ est une parole d’amour. Ne serait-il pas temps d’arrêter de rappeler les effroyables lectures et interprétations de l’Evangile du… passé ? Et de chercher et trouver le trésor d’amour et d’espérance qui s’y trouvent?

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