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Tu es mon élu qui a toute ma faveur

Dimanche 12 janvier 2020

PREMIÈRE LECTURE  (Is 42, 1-4.6-7)
« Voici mon serviteur, qui a toute ma faveur »
PSAUME  (Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10)
Le Seigneur bénit son peuple
en lui donnant la paix.
DEUXIÈME LECTURE  (Ac 10, 34-38)
« Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint »
ÉVANGILE  (Mt 3, 13-17)
« Dès que Jésus fut baptisé,
il vit l’Esprit de Dieu venir sur lui »

Introduction

« Il est le Seigneur de tous » Telle est la phrase que lors de la réunion de préparation de cette messe, nous avons retenue pour l’inscrire sur le carton du lutrin, comme vous pouvez le voir. Elle est tirée du propos de l’apôtre Pierre à son arrivée chez un centurion de l’armée romaine, propos relaté par les Actes des Apôtres que nous lirons en troisième temps.
Mais qui est ce Seigneur ?
Certainement celui dont nous venons de chanter la puissance créatrice par le magnifique Cantique des créatures de François d’Assise. Celui dont en ce temps de Noël, les textes, la liturgie et les chants ne manquent jamais de célébrer la gloire. « Gloria in excelsis Deo » chante-t-on à gorge déployée avec les anges ; à l’Épiphanie, il se manifeste dans l’étoile qui brille dans la nuit, qui guide les rois-mages et les rassure ; et aujourd’hui, comme on l’entendra dans l’évangile, Sa voix vient du ciel et dit « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ».
Bien sûr en ce temps de Noël – Incarnation oblige – le Très Haut se fait Très bas, comme disait Christian Bobin : un enfant, le plus fragile qui soit, un nouveau né au berceau et pauvre et presque nu et sur la paille de la mangeoire d’une étable. Tout ce qu’il faut pour nous émouvoir – facilement – devant le mystère de l’Incarnation…
Dans la première lecture que nous allons entendre, Isaïe annonce la venue d’une autre figure inversée du Seigneur, celle du Serviteur, celui dont le pouvoir n’est que douceur, miséricorde et justice.

Dans l’évangile, un nouveau renversement s’opère qui nous renvoie au mystère de l’Incarnation, au mystère de Dieu. Jésus avait-il vraiment besoin d’être baptisé ? Et à Jean-Baptiste interloqué, qui l’interroge, pourquoi Jésus répond-il de façon déroutante : « Laisse faire » ? Et l’expression est reprise deux fois si bien que certains dans l’équipe de préparation la proposaient comme phrase pour le lutrin.
Mais impossible de reprendre cette expression qui est aussi celle du capitalisme libéral et des climato-sceptiques… Et dans notre communauté, peu sont du genre à tomber dans le quiétisme du « lâcher prise » de la spiritualité zen ou new-age. Pourtant, il nous faut bien l’entendre ce mystérieux « laisse faire », c’est la première parole de Jésus dans l’évangile de Matthieu. Laissons-le résonner en nous comme Marie méditait dans son cœur tous les événements qu’elle ne comprenait pas…
C’est au nom de ce Seigneur mystérieux, Très Haut et Très Bas, Dieu et homme, ce Seigneur dont les pensées sont loin des nôtres mais qui vient les révéler en se faisant homme, que nous sommes réunis et que nous traçons sur nous le signe de la croix : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Pierre Sesmat

Commentaire

Nous étions nombreux à la préparation (10 personnes), et nous avons eu le plaisir d’échanger avec Louise et Christophe, nos deux catéchumènes qui vont être baptisés dans la nuit de Pâques. J’espère que nous ne vous avons pas trop intimidés par nos échanges foisonnants et qu’au contraire, notre partage renforcera chez vous le désir de mieux connaître Jésus, qui se laisse découvrir par sa parole et par la richesse qu’elle nous apporte.
Et peut-on trouver de plus beaux textes que les textes du jour pour nous parler du baptême ?
Comme toujours, le texte d’Isaïe est splendide, plein de promesse, d’assurance, mais aussi de grande douceur et de tendresse d’un Père qui nous prend par la main. Et l’Évangile nous montre à la fois toute l’humilité de Jésus, qui va jusqu’à se faire baptiser par Jean, comme tous les hommes de son peuple, alors qu’il est lui-même Dieu, et tout l’amour du Père pour le Fils.
Trois idées principales sont ressorties de nos échanges :

Première idée : il y a une chose qui est première, c’est le don de Dieu. Un don immense, sans limite, un don qui ouvre des promesses infinies. Ce que nous avons d’abord à faire, c’est reconnaître ce don. Christophe nous a parlé lors de la préparation de la reconnaissance qu’apporte le baptême, pour faire pleinement partie de la communauté des croyants. Mais dans le baptême, il y a d’abord une autre reconnaissance, lorsque nous reconnaissons que nous sommes mus par quelque chose de plus grand que nous, quelque chose qui nous dépasse. D’ailleurs, Jésus lui-même ne dit-il pas à Jean-Baptiste : « laisse faire ». Nous avons d’ailleurs longuement hésité à mettre cette phrase sur le lutrin : « laisse Dieu faire ». C’est le premier message du baptême : laisse Dieu agir en toi.

Deuxième idée : ce message d’Isaïe n’est pas uniquement une annonce prophétique de Jésus, qui est le Christ, donc l’oint par excellence. Non, c’est à chacun de nous que ce message est adressé. C’est à chacun de nous que Dieu dit : « mon élu qui a toute ma faveur ». C’est à chacun de nous qu’il dit : « celui-ci est mon fils bien aimé en qui je trouve ma joie ». Ce message individuel qui nous est adressé à chacun de nous fait, en même temps, de tous ceux qui le reçoivent une communauté, un peuple. « Je fais de toi l’alliance du peuple ». Dans le baptême, nous sommes reliés les uns aux autres parce que nous sommes tous reliés chacun d’entre nous par cette même alliance qui nous lie à Dieu. Et c’est pour cela que nous entendrons tout à l’heure dans les actes des apôtres, « c’est le Seigneur de tous ».

Troisième et dernière idée : l’onction que nous recevons, ce don unique qui nous est fait, n’est pas fait pour que nous le gardions dans notre cœur. Non, il est fait pour que nous agissions en serviteur et pour que pour nous agissions pour la justice. Si nous reconnaissons ce don, alors oui, nous pourrons accomplir de grandes choses : ouvrir les yeux des aveugles, libérer les captifs, établir le droit et la justice sur la terre. Le baptême est donc un envoi dans le monde. L’Évangile ne dit-il pas dans un autre passage « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples » ?

Voilà donc un magnifique programme, pour vous qui demandez le baptême, mais aussi pour nous qui sommes déjà baptisés, pour que nous soyons dignes de la grâce qui nous a été donnée. Mais dans ce chemin dans lequel vous vous engagez, ayez confiance. Dieu ne nous abandonne jamais et nous saisit par la main.

Vincent Moreau

 

 

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