T

Tunisie. Le parti islamiste s’intègre dans le jeu démocratique

La presse parle actuellement beaucoup de la Tunisie à l’occasion des trois ans de sa révolution et de la chute du dictateur Ben Ali. Un voyage d’étude fin octobre 2013 dans le pays avec le réseau « Chrétiens de la Méditerranée »1 a été pour nous l’occasion de découvrir ce pays magnifique mais en même temps de plonger, avec la rencontre de personnalités politiques et d’associations de tendances diverses, dans la complexité d’une situation politico-économique problématique.

Trois ans après la révolution, le pays,  qui était déjà dans une situation économique grave marquée par le chômage2 et les inégalités régionales, a plongé dans la crise.

L’assemblée constituante, élue en 2011, débat essentiellement  depuis, de la constitution que le parti islamiste Ennahda majoritaire3, tente de rendre conforme à al charia tandis que les « modernes » défendent le caractère civil de l’Etat, la liberté d’expression et de croyance, l’égalité hommes/ femmes.

L’opinion s’impatiente de l’impuissance gouvernementale face à l’aggravation de la situation due à l’insécurité, au développement de l’économie parallèle, à l’agitation des extrémistes islamistes salafistes qui se sont emparés de plus de 500 mosquées d’où ils mobilisent les chômeurs.

Face à la tension sociale consécutive à l’assassinat successif de 2 leaders de gauche, un groupe formé par de puissants acteurs de la société civile : UTICA (syndicat patronal), UGTT (syndicat des travailleurs , 1/2 million de membres), Ligue des droits de l’homme et Syndicat des avocats s’est constitué en « quartet » pour négocier avec la Constituante (ANC) une « feuille de route » imposant la nomination d’un gouvernement de techniciens et la fin de la rédaction de la constitution.

Ennahada, traversée de courants divergents, semble, pour l’instant, avoir transigé : les premiers articles de la constitution ont été votés donnant satisfaction aux « modernes » et un nouveau premier ministre « indépendant », Mehdi Jomâa, a été désigné.

Aujourd’hui on peut espérer qu’à la différence du grand voisin égyptien où les Frères musulmans avaient pu, seuls, triompher aux élections avant de se faire mettre hors la loi par le peuple et l’armée, le parti islamiste tunisien s’intègre dans  le jeu démocratique.  Il n’abandonne probablement pas son espoir de faire avancer la société vers une plus grande  conformité  aux préceptes du Coran, mais, pour préserver son alliance avec les partis centristes nécessaires à sa majorité, il s’est vu dans l’obligation de céder à la pression du Quartet. On apprécie ici le rôle joué par une société civile puissante et bien implantée dans tout le pays.

L’intervention des interlocuteurs commerciaux européens et l’évolution de la situation des autres partis Frères musulmans dans les pays voisins ont également pesé sur la décision.

L’avenir reste encore très incertain tant il reste à faire pour mettre en place des institutions capables de fonctionner : la constitution n’est pas entièrement votée, le premier ministre actuel a peu de poids, il faudra organiser les élections présidentielles et législatives…

Alors et alors seulement un gouvernement responsable pourra s’attaquer à résoudre la crise économique et sociale. Le pays attendra-t-il jusques là ?

Martine Roger-Machart

1. www.chretiensdelamediterranee.com/

2. À Gafsa(Sud), Kasserine (W) Jendouba  (NW) plus de la moitié des jeunes, notamment diplômés est sans emploi et 40.000 se sont embarqués versLampedusa. 46% des femmes de Gafsa sont au chômage et tentent de se faire embaucher dans les usines textiles de la côte où elles sont exploitées sans vergogne.(CF étude du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux).

3. Ennahda  a obtenu 44,4 des voix (90 sièges sur 217) et a dû s’allier pour atteindre la majorité au Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste), et au parti de gauche Ettakatol

CatégoriesNon classé
  1. marie therese joudiou says:

    Dimanche dernier, passionnant compte-rendu sur la situation en Tunisie.
    Aujourd’hui j’en parle à une amie née de parents turco-tunisiens. Elle me demande de lui faire-part de votre apport. Elles est intéressée par la lecture de ce qui se passe à st Merry.

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.