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Une Nuit Blanche. Deux regards video

Une semaine après  « Zen Garden » , le 3 octobre 2020, Saint-Merry a reçu deux vidéos de l’évènement. Deux visions différentes de ce qui s’est passé. On peut esquisser une analyse de ces regards, qui sont aussi des constructions de par les prises de vue et le montage. A quoi leurs auteurs sont-ils sensibles ? En quoi cela font-elles découvrir une autre réalité de Saint-Merry ? Comme on parle de don et de contre-don, on peut évoquer le regard et le contre-regard.

La première a été réalisée par deux amis, appréciant les expositions de Saint-Merry, bons vidéastes amateurs, Philippe Mollon Deschamps et Philippe Haas. Les prises de vues se sont déroulées le vendredi 2 octobre, la soirée de la Générale

La seconde a été réalisée par l’artiste de la Nuit Blanche lui-même, Hugo Verlinde, qui avait laissé sa complice Jacotte Chollet, derrière les pupitres techniques. Les images ont été prises le samedi 3 octobre, la Nuit Blanche.

La première détonne immédiatement par sa durée plus longue, par l’absence de public et la présence de chaises. Elle témoigne bien de l’ambiance de la répétition générale où l’on terminait de caler le son, où l’on examinait les vibrations de l’écran aux courants d’air (cela étant insuffisant on a apporté un ventilateur domestique le lendemain).

En multipliant les prises de vue de l’écran lui-même, de la variété des séquences, en portant une grande importance au son enregistré, les deux auteurs témoignent de l’effet de l’œuvre sur eux. L’écran d’ordinateur de celui qui regarde la vidéo est une sorte de réplique de l’écran  accroché dans la nef, mais avec un effet indéniable : les zooms permettent d’entrer dans l’image, alors que l’œil dans la réalité de cette nuit se contentait d’un plan large. Les expériences visuelles du visiteur ne sont pas les mêmes  que celles amplifiées de celui qui regarde la vidéo depuis son fauteuil ! La qualité du son les rapproche un peu. Faites donc l’expérience de cette vidéo en coupant le son ! C’est le son qui nourrit l’image, comme le voulaient les artistes.

Les gros plans accentuent la qualité graphique des modèles mathématiques utilisés par Hugo Verlinde. Inutile de porter des lunettes 3D, les images ont de la profondeur et de la sensualité. De l’environnement d’église, on sait peu de choses finalement.

La seconde vidéo, celle d’Hugo Verlinde, très voire trop courte, a des allures de documentaire sur l’église et ce qui s’y passe. Elle commence par l’affiche de l’évènement, puis on entre dans l’église avec la foule. L’objet de cette vidéo n’est pas l’œuvre elle-même, mais les effets qu’elle produit sur les visiteurs et le bâtiment. Le regard du vidéaste est fidèle au regard du visiteur cette nuit-là ; une majorité des prises sont des plans larges avec la grande porte ouverte. L’artiste-vidéaste connaît les séquences, il se contente de les citer visuellement. En revanche il va chercher des points de vue originaux et fascinants comme les dessins lumineux qui ondulent sur les piliers ou la contre-plongée sur l’écran qui vibre au courant d’air. Il poursuit son œuvre de créateur visuel, non plus derrière son ordinateur avec ses modèles traduits en pixels majoritairement bleus et blancs,  mais à l’aide de sa caméra comme réalisateur. Sous nos yeux, sans qu’on s’en rende bien compte,  il change de média : des arts numériques il passe au cinéma. Tout est hybride, comme souvent dans l’art contemporain. Cette attention aux effets de l’œuvre est manifeste dans les photos des visiteurs qu’il a prises et que Voir et Dire a montées en vidéo. Une réplication de l’hybride…

Ce film rassemblant  les photos est surtout un témoignage sur la population qui vient cette Nuit : essentiellement des jeunes, souvent des habitués qui savent que Saint-Merry est hors norme et peut être en phase avec leur culture, ici pendant quatre heures.

Et si l’on faisait des Nuits Blanches plus souvent ? Le couvre-feu nous en empêche…

Jean Deuzèmes

  1. Juliette Serlon says:

    Je viens de voir les trois vidéos sur la Nuit Blanche dans l’église Saint-Merry. .
    Toutes belles.
    Les deux premières sont nécessaires pour ceux qui n’ont pu venir ( si nombreux ! ) ou veulent connaître Saint-Merry : ils verront l’oeuvre et l’église qui joue avec.
    Mais celle qui m’a le plus émue est la 3ème car ces photos (dé)montrent ce qui est souvent invisible et non mesurable.
    Ce n’est qu’en voyant quelqu’un boire longuement qu’on comprend qu’il avait soif…
    Ces soifs inconnues, méconnues, non dites, inconscientes, ne se révèlent parfois aux autres, voire à soi-même que quand on a trouvé la source.
    C’est une des vocations du Centre pastoral et de biens d’autres : proposer à boire, proposer de goûter à une eau encore inconnue pour découvrir un autre monde, découvrir si elle correspond à un besoin réel mais encore non reconnu…
    Ces photos montrent ce qui est souvent invisible et non mesurable ; elles remplacent des manifestations avec pancartes.
    Merci à tous ceux, ( la Ville qui a financé cette Nuit Blanche, et plus généralement l’Eglise, les Associations, les artistes, les professionnels, les bénévoles…) qui permettent cela : libérer une source, des sources dans nos déserts sur-occupés. et dans notre temps sur-exploité.
    Ces gens assis sont actifs : ils s’abreuvent et creusent plus profond leur puits pour repartir au matin dans la vie avec de nouvelles forces et pour un monde probablement meilleur où ils vont creuser… d’autres puits .
    Cette concentration de regards, de coeurs, de méditations, ce ressourcement justifient la Nuit Blanche au Centre pastoral de Saint-Merry, la vocation des artistes, leur oeuvre, et ceux qui les accueillent.
    Il n’est pas facile de “faire” sans savoir avec certitude si cela est justifié.
    Ce n’est qu’en ayant vu quelqu’un boire longuement que je comprends qu’il avait soif.

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